Evacuation sans espoir de la “jungle” de Calais

Le processus de démantèlement de la « jungle » a été lancé ce lundi dans le calme et les meilleures conditions possibles selon Bernard Cazeneuve. Mais cette évacuation ne semble pas donner de solutions aux migrants.

Dès 6 heures du matin, lundi 24 octobre, près de 500 journalistes accrédités attendaient le commencement du dispositif d’évacuation de la “jungle” de Calais lancé par le gouvernement. Les milliers de migrants qui occupaient le camp sont répartis puis dirigés vers des cars qui les emmèneront dans les Centres d’Accueil et d’Orientation de toute la France (à l’exception de la Corse), au nombre de 280 pour une capacité de 7500 personnes.

Infographie du gouvernement expliquant le fonctionnement des CAO
Crédit : gouvernement

Violences en marge de l’évacuation

Un hangar de 3000 m² loué par le gouvernement fait office de “sas” dans lequel les migrants choisissent leur destination à l’aide d’une carte de la France. Puis ils sont acheminés dans des tentes correspondant à la destination de leur choix grâce à un bracelet de couleur. Une fois la tente remplie, le bus prend la route.

Les 1250 policiers mobilisés à l’occasion ainsi que les 2100 agents déjà présents sur le terrain auraient pour consigne de laisser partir les migrants qui souhaitent quitter le camp par leurs propres moyens. A nouveau poussés vers des lieux inconnus pour une durée indéterminée ou condamnés à l’incertitude en espérant traverser la Manche, le choix reste insatisfaisant.

Mohammad est un Iranien de 28 ans et dessinateur en architecture. Il s’apprête à monter dans un des premiers cars et dénonce le traitement infligé aux migrants par les forces de l’ordre durant son séjour de quatre mois dans la “jungle” : “Je veux quitter au plus vite ce pays. Je viens de passer un an dans la jungle. On nous parle de droits de l’homme, où ça ? J’ai été frappé par la police française à deux reprises sans raison. La deuxième fois je me suis retrouvé à l’hôpital.”

La fin de la “jungle” en question

Le gouvernement a prévu d’évacuer 2400 personnes avec 60 cars aujourd’hui. Hommes seuls, familles, “vulnérables” et mineurs rassemblés en petits groupes venant du même pays ont occupé dès 6 heures du matin les files d’attentes qui leur sont dédiées. Certains sont encore emmitouflés dans leurs duvets, comme “tirés du lit”.

La préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio a assisté au premier départ : 50 Soudanais se dirigaient alors vers la Bourgogne.

Dans les files d’attentes, une majorité de Soudanais, Erythréens ou Afghans au visage le plus souvent masqué devant les photographes. En fin de matinée, les forces de l’ordre doivent interrompre quelques heurts et bousculades.

L’évacuation fonctionne, froidement et rapidement, mais les sceptiques n’imaginent pas la disparition de la “jungle” : “Une bonne partie des gens qui vont partir reviendront, sans compter qu’il y a toujours de nouveaux arrivants, environ 30 par jour”, affirme François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants.

2000 migrants persistent à vouloir rester dans la “jungle” de Calais en espérant pouvoir rejoindre l’Angleterre selon Christian Salomé, responsable de l’association : “Pour le moment ça se passe bien parce que ce sont des gens qui attendaient avec impatience de partir, précise-t-il. Mais je suis beaucoup plus inquiet pour la fin de la semaine, quand il ne restera que les gens qui ne veulent pas partir et qui veulent persister à rejoindre l’Angleterre.”

Aux 60 bus d’aujourd’hui succèderont les départs de 45 appareils mardi et 40 le mercredi. Il semble cependant que les tentes vides se rempliront de nouveaux arrivants rapidement. Au bout du trajet, l’incendie volontaire déclenché ce midi dans le CAO de Loubeyrat (Puy-de-Dôme) laisse planer la menace d’autres actions anti-migrants sur le territoire.