Le parlement de Wallonie, cet irréductible qui paralyse l’Europe.

Quatre mois après le oui au Brexit, l’Union Européenne apparaît encore paralysée par ses divisions internes. En cause, le blocage par le Parlement fédéral de Wallonie-Bruxelles de la ratification du CETA.

Il y a sept ans commençaient les négociations entre le Canada et l’Union Européenne, autour de l’accord de libre-échange CETA. Une première version de l’accord avait été signée en septembre 2014, et tout semblait indiquer que l’accord allait être ratifié, ce jeudi 26 octobre. C’était sans compter le blocage issu du coeur même de l’Europe : la Belgique, et plus précisément le Parlement fédéral de Wallonie.

En déposant son véto, vendredi 14 octobre, à la ratification par la Belgique du traité, la Wallonie plonge l’Union Européenne dans l’impasse. La petite région francophone, comptant 3,6 millions d’habitants, pourrait faire avorter un accord négocié par la Commission, et impliquant l’ensemble de l’Union Européenne. Et menace la venue de Justin Trudeau à Bruxelles, prévue jeudi 27 octobre, pour la ratification finale du traité.

Infographie idé
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Pour les institutions européennes, le camouflet est monumental. Notamment pour la Commission Européenne. En ce mois d’octobre 2016, c’est bel et bien le fer de lance de l’UE qui part en lambeaux : la gestion d’une politique commerciale commune.

Sur la scène internationale, il en va de la crédibilité de l’Union Européenne comme puissance capable de jouer à armes égales avec la Chine ou les États-Unis. Et en 2016, cette crédibilité s’est bien émoussée, entre l’enlisement du TTIP et l’échec du Brexit.

Du côté du Canada, la douche est froide. Justin Trudeau, le premier ministre superstar avait estimé qu’un échec du traité mettrait sérieusement en question “l’utilité” de l’Europe sur la scène internationale. Vendredi dernier, tandis que l’accord semblait de plus en plus compromis, c’est au tour de la ministre du commerce du Canada, Chrystia Freeland, de déclarer, le trémolo dans la voix : “ Il semble évident que l’Union européenne n’est pas capable d’avoir un accord international avec un pays, même avec un pays qui a des valeurs si européennes comme le Canada”.

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Les conséquences pourraient en outre s’étendre au delà de la simple relation UE-Canada. Le spectre du brexit hante.

La commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström avait ainsi prévenue, toujours suite au veto du Parlement wallon que “si l’on n’arrive pas à un accord avec le Canada, je ne suis pas sûre que nous arriverons à un accord avec le Royaume-Uni”.

Rien n’y a fait, le Parlement wallon a campé sur ses positions, en demandant non pas un arrêt net des négociations, mais de re-discuter de certains points du traité.

Une semaine à haut risque

Le chef du gouvernement de Wallonie, Paul Magnette (PS), a ainsi déclaré dimanche dans un tweet :

L’issue à la crise pourrait être la renégociation du traité, et notamment de l’aspect du texte qui irrite le plus le parlement Wallon : la protection des investissements. Ou dit autrement, la mise en place d’un tribunal à l’échelle de l’UE, auprès duquel les multinationales pourraient porter plainte contre un État ne respectant pas leurs intérêts.

Autaut dire que la fronde menée par Paul Magnette reçoit un fort soutien populaire. Une pétition a ainsi été mise en ligne sur la plateforme change.org, dès vendredi 21 octobre, pour soutenir le président du parlement Wallon. En ce lundi 24 octobre, elle avait déjà reçu environ 17 207 signatures.