L’Irak ne veut pas de la Turquie à Mossoul

L’Irak a refusé lundi 24 octobre de reconnaître la participation de la Turquie dans la bataille de Mossoul, après avoir critiqué la présence militaire de son voisin dans la région.

Le torchon brûle entre la Turquie et l’Irak. La bataille de Mossoul a également commencé sur le terrain diplomatique : l’Irak refuse catégoriquement la participation de la Turquie à la coalition internationale qui a lancé une offensive le 17 octobre pour reprendre Mossoul aux mains de l’Etat islamique.

“Le porte-parole du commandement conjoint (irakien) des opérations dément que la Turquie participe sous quelle forme que ce soit aux opérations pour la libération de Ninive”. Avec ce communiqué lapidaire, l’Irak dément les propos du premier ministre turc Binali Yildirim qui rapportait dimanche 23 octobre des tirs d’artilleries turcs contre les positions de Daech à Bashiqa, à 25km au nord de Mossoul. Cette nouvelle déclaration s’ajoute au conflit diplomatique grandissant entre Bagdad et Ankara autour de la bataille de Mossoul.

L’escalade diplomatique

La présence militaire de la Turquie dans la région de Ninive, autour de Mossoul, énerve l’Irak qui crie à l’ingérence depuis le début du mois d’octobre. Le 22 octobre, le premier ministre irakien Haïder Al-Abadi a officiellement refusé la proposition de la Turquie de prendre part à l’offensive : « Je sais que les Turcs veulent y participer, nous leur disons merci, mais c’est quelque chose que nous, Irakiens, allons gérer nous-mêmes », a‑t-il déclaré aux journalistes à Bagdad.

Cette position a provoqué la colère du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a violemment critiqué le premier ministre irakien dans une intervention au 9e congrès de l’Organisation islamiste eurasienne à Istanbul, le 11 octobre : “Peu importe ce que dit le gouvernement irakien, la présence turque sera maintenue pour combattre Daech et pour éviter une modification par la force de la composition démographique dans la région”.

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Le président turc lors d’une conférence le 25 décembre, à Ankara. AP

La Turquie s’inquiète du futur équilibre entre sunnite et chiite à Mossoul, la ville irakienne la plus proche de sa frontière. La ville est à majorité sunnite, mais les membres chiites de l’armée irakienne ainsi que les milices chiites qui participent à sa libération pourrait s’emparer du pouvoir politique.. La diplomatie turque s’est donc opposée à la participation des milices chiites et des groupes armés affiliés au PKK, parti des travailleurs kurdes, dans la libération de la ville.

La Turquie veut absolument éviter la constitution d’une grande ville chiite, ou acquise à la cause du PKK, si proche de sa frontière.

Une présence turque sur le terrain

La Turquie possède une base militaire de 700 soldats à Bashiqa. L’état-major turc justifie sa présence en affirmant avoir répondu à l’appel des peshmergas, les combattants kurdes irakiens. Les soldats turcs n’interviennent pas directement mais conseillent et forment les combattants.

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Les 2000 hommes de la Garde de Ninive, entraînés par l’armée turque, tentent ainsi de se faire une place au sein de la coalition de plus de 30.000 hommes. La garde est commandée par l’ancien gouverneur de Mossoul, Atheel Nujaifi.

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L’ancien ministre de la Défense Khaled al-Obaidi et l’ancien gouverneur de Mossoul, Atheel Nujaifi, qui commande aujourd’hui la Garde de Ninive, au sud d’Erbil, le 9 janvier 2015. SAFIN HAMED / AFP

Cet homme politique puissant a été désavoué par le gouvernement irakien après avoir perdu Mossoul face à l’EI en juin 2014. Depuis, il a trouvé de nouveaux soutiens à Ankara. Sa garde est composée uniquement de sunnites.

La Turquie et ses alliés sunnites comptent bien s’opposer aux milices chiites qui tenteraient de prendre le contrôle de Mossoul, s’il le faut par les armes.