Présidentielle 2017, Sarkozy

Migrants de Calais et finances publiques : les approximations de Nicolas Sarkozy

Invité de l'émission "C à vous" sur France 5 lundi 24 octobre, Nicolas Sarkozy a multiplié les déclarations sur la "Jungle" de Calais et les finances publiques. Nous avons relevé quelques approximations. 

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Nicolas Sarkozy a beau être rompu à l’exercice de l’interview politique, il a enchaîné les inexactitudes lors de son passage à l’émission d’Anne-Sophie Lapix. Sur l’évacuation de la “Jungle” de Calais et les finances publiques de la France, le candidat à la primaire de la droite et du centre a légèrement déformé la réalité… pour la tourner à son avantage.

Sur la “Jungle” de Calais :

  • Un retour un peu rapide sur le démantèlement de Sangatte

Ce qu’il a dit :

“A Sangatte, il y avait 5000 migrants. Il n’y en a plus eu un seul. Ça a été évacué et la Grande-Bretagne les a accueillis.”

Pourquoi c’est faux :

En décembre 2002, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ferme le centre de la Croix-Rouge à Sangatte. Le hangar avait une capacité d’accueil de 700 personnes et a accueilli jusqu’à 2000 migrants.
La fermeture du centre n’a pas stoppé l’arrivée de migrants, qui se sont rabattus sur des campements de fortune dans le Calaisis.
Suite à un accord signé avec la France, la Grande-Bretagne s’était engagée à accueillir 1000 Irakiens et entre 200 et 300 Afghans. La France, elle, s’était également engagée à accueillir sur son sol des réfugiés, entre 200 et 300.

Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy affirme un peu trop rapidement qu’il a résolu la situation à Sangatte. En déplacement à Calais le 22 septembre, le candidat à la primaire déclarait : “Celui qui a fait ça [démanteler le camp de Sangatte] a quelque légitimité pour parler de Calais.” 

Voir aussi : De Sangatte à la « jungle », comment Calais est devenu un point de fixation
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  • Un chiffre inexact sur les migrants éligibles au droit d’asile

Ce qu’il a dit :

“90% des migrants dans la Jungle veulent aller en Grande-Bretagne. Ils ne sont absolument pas éligibles [au droit d’asile]. 5% des dossiers sont éligibles.”

Pourquoi c’est faux :

Les propos de Nicolas Sarkozy vont à l’encontre de la déclaration de la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, selon laquelle 80% des migrants de Calais peuvent prétendre au droit d’asile.

Le directeur général de l’association France terre d’asile, Pierre Henry, avait également indiqué en septembre sur Arte que 80% des migrants de Calais relevaient du droit d’asile.

  • Une erreur d’appréciation sur l’accueil des migrants en Europe

Ce qu’il a dit :

“La Grande-Bretagne ramène les Soudanais au Soudan, les Erythréens en Erythrée. L’Allemagne fait de même.”

Pourquoi c’est faux :  

Selon un rapport d’Eurostat datant d’avril 2016, les Soudanais et les Erythréens font partie des huit nationalités obtenant le plus souvent l’asile en Europe. 89,9% des Erythréens et 56% des Soudanais l’ont obtenu en première instance en 2015. Le Royaume-Uni et l’Allemagne font partie des 7 pays ayant accepté le plus de demandes d’asile cette même année.

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Sur les finances publiques :

  • Impôts, dépenses publiques, déficits 

Ce qu’il a dit : 

“On a les impôts les plus lourds d’Europe, et les dépenses publiques les plus lourdes d’Europe. Et en même temps les déficits aussi.”

Pourquoi c’est faux :

Nicolas Sarkozy a une bien basse estime du classement de la France par rapport aux autres pays européens. Il affirme que la France est le pays avec les déficits les plus lourds. Peut-être confond-il avec la dette publique… Pourtant nous ne sommes les plus mauvais dans aucun de ces domaines.

Le déficit public :

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En 2015, le déficit public de la France s’élevait à 3,5% du PIB,  au dessus du seuil de 3% recommandé par le pacte de stabilité et de croissance. La Grèce, l’Espagne ou encore le Portugal avaient un déficit public plus important.
Dans son projet de loi de finances pour 2017, le gouvernement prévoit une baisse du déficit public à 3,3% du PIB en 2016 et 2,7% du PIB en 2017.

La dette publique :

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En 2015, la dette publique de la France s’élevait à 95,8% de son PIB, soit moins que des pays comme la Grèce, l’Italie ou encore le Portugal.
Pour l’année 2016, l’Insee prévoit une légère augmentation de la dette française, à 98,4% du PIB.

Les impôts :

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D’après les chiffres de l’OCDE, la France est devancée de 5 points par le Danemark sur les recettes fiscales totales prélevées. Elle n’est donc pas le pays d’Europe à la fiscalité la plus lourde.

Déjà en 2012, dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy affirmait que la France avait les impôts les plus lourds d’Europe.

Un leitmotiv chez l’ancien président, qu’il a repris dans la plupart de ses interviews ces dernières années.

Reste que Nicolas Sarkozy n’a pas tout à fait tort. En mai 2016, la Commission européenne a estimé que le taux de prélèvements obligatoires en France pourrait atteindre 45,7 % cette année. Le pays doublerait ainsi le Danemark et deviendrait numéro 1 en Europe.

Les dépenses publiques :

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Nicolas Sarkozy se trompe lorsqu’il affirme que la France a les dépenses publiques les plus lourdes d’Europe. La Finlande occupe la première place du classement avec des dépenses égales à 58,1% de son PIB (contre 57,3% pour la France).

Il s’agit là aussi d’un classique chez Nicolas Sarkozy. “Si on ne diminue pas les dépenses publiques, on ne s’en sort pas”, affirmait-il sur France Inter le 18 octobre dernier.

De telles déclarations viennent appuyer le programme économique du candidat à la primaire de la droite et du centre, centré autour d’ une baisse des impôts et des dépenses publiques.

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