Prison : les unités dédiées aux radicalisés enterrées

Jean-Jacques Urvoas a annoncé l’abandon des unités de prévention de la radicalisation (UPRA) présentes dans cinq prisons françaises et créées en janvier dernier.

L’agression de deux surveillants par un détenu placé dans une unité dédiée aux radicalisés, à Osny, le 4 septembre dernier, a sonné l’alerte. Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas a annoncé mardi 25 octobre la fin des UPRA, ces structures qui prévoient le regroupement des détenus jugés radicalisés au sein des prisons.

« Nous allons faire face à une déferlante d’affaires de terrorisme », a prévenu le garde des Sceaux lors d’une conférence de presse à la Chancellerie. L’augmentation très rapide du nombre de détenus radicalisés inquiète quant à la propagation d’un prosélytisme radical et pose des problèmes de sécurité à l’intérieur des prisons.

Combien de détenus radicalisés aujourd’hui ?

Selon Jean-Jacques Urvoas, 349 personnes sont incarcérées, condamnées ou dans l’attente d’un procès, pour des faits de terrorisme (dont 31 femmes et 18 mineurs). Il y en avait 90 en 2014.

1336 détenus sont considérés comme radicalisés ou en cours de radicalisation (une notion qui reste difficile à définir) dans les établissements pénitentiaires contre 700 en 2015. Pour le ministre, « il y a des détenus radicalisés dans quasiment tous les établissements pénitentiaires. »

Pourquoi mettre fin aux UPRA ?

Les premières unités de prévention de la radicalisation avaient ouvert fin janvier dernier, dans la lignée du programme national décidé après les attentats de janvier 2015.

La question centrale : le regroupement des détenus radicaux. Pour les uns, cela permet de protéger physiquement le reste de la population carcérale et de l’éloigner d’un possible embrigadement. Pour les autres, le regroupement constitue un terrain fertile pour la constitution de réseaux jihadistes.

Un rapport du 7 juin 2016 du contrôleur général des lieux de privation de liberté concluait déjà que « le principe de regroupement présente plus d’inconvénients que d’avantages ».

Le 13 septembre dernier, sur les ondes de France info, Jean-François Forget, secrétaire général de l’UFAP UNSA, premier syndicat de l’administration pénitentiaire, avait déclaré n’avoir « aucun retour positif visant à dire que l’on avait réussi à déradicaliser le moindre individu ».

Jean-Jacques Urvoas s’en est pourtant défendu ce mardi : « Le principe de regroupement a apaisé la détention et entravé le prosélytisme ». Le ministre reconnaît toutefois que « la surpopulation complexifie tout ».

« Les unités dédiées sont-elles un échec ? », lui demande un journaliste présent à la conférence de presse. « Non, il fallait le faire, c’était courageux ».

Pourtant, l’absence de résultat des UPRA oblige Jean-Jacques Urvoas à revoir ses prétentions à la baisse : « Je ne parle pas de déradicalisation car on ne peut inventer un vaccin contre la radicalisation, je parle de désengagement de la violence. »

Quelle solution alternative ?  

Le garde des Sceaux a annoncé la création de six quartiers d’évaluation de la radicalisation. La dangerosité de quelque 120 détenus, même ceux qui ne sont pas encore jugés, sera évaluée pendant 4 mois. Fleury abritera le seul quartier d’évaluation pour femmes.

De plus, les 300 détenus les plus “durs” seront soumis à un régime de détention proche de l’isolement. Ils seront fouillés et déplacés régulièrement.

Néanmoins, pour le ministre de la justice « il faut concentrer les moyens sur ceux dont la radicalisation est la moins construite, la moins aboutie ». De nouveaux moyens vont donc être alloués à l’administration pénitentiaire.

Une sous direction de la sécurité pénitentiaire sera ainsi créée à partir de février 2017. Les équipes de sécurité seront renforcées et autorisées à porter une arme lorsqu’elles seront à l’extérieur des établissements. Enfin 51 postes chargés du renseignement pénitentiaire vont être créés.

« Je revendique la dimension d’expérimentation, je n’ai pas la prétention d’avoir découvert la pierre philosophale », a concédé le ministre.