Politique, Présidentielle 2017

Le “ni-ni”, casse-tête des candidats de droite

Nicolas Sarkozy l'a lâché ce matin au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV : Si François Hollande et Marine Le Pen atteignent le second tour de la présidentielle 2017, l'ancien président de la République donnera sa voix à la gauche, sans «gaieté de cœur». Ainsi, il abandonne la stratégie du «ni-ni» pour les élections, dessinant une nette opposition entre Les Républicains et le FN.

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La droite se déchire depuis l’époque du RPR sur la question du “ni-ni”, consigne électorale destinée à influencer le vote du second tour de la présidentielle. Gilles Boyer, le directeur de campagne d’Alain Juppé, a félicité l’intervention de Sarkozy dans la foulée. Nathalie Kosciusko-Morizet ironise la situation dans un tweet évoquant son départ forcé de la direction des Républicains après avoir défendu l’abandon du “ni-ni”.

Tous les candidats à la primaire des Républicains se sont exprimés au sujet de cette stratégie : elle fait partie des arguments de présidentielle, nourrie par des décennies de prises de positions que les médias n’hésitent pas à invoquer.

En 1986, le “cordon sanitaire” popularisé par le Premier ministre Jacques Chirac décrit une barrière visant à éloigner le RPR le plus possible du FN. Cette barrière est plus que jamais mise en évidence lors du second tour de la présidentielle 2002 qui l’oppose à Jean-Marie Le Pen.

 En 2011, c’est Sarkozy, encore président de la République, qui emploie la formule ni vote pour le Front national ni vote pour la gauche” auprès des membres de l’UMP en prévision de la présidentielle 2012. Une opinion non partagée par Christian Estrosi (LR), actuel président de la région PACA, au lendemain des régionales de 2015 : “Si les électeurs avaient adopté la ligne du ni-ni, Xavier Bertrand et moi-même n’aurions pas été élus. Il y aurait aujourd’hui une Le Pen élue dans le Nord et une Le Pen élue dans le Sud. Cela aurait été la débâcle !”
Alors que le FN trépigne en attendant 2017 , le grand favori des primaires de la droite, Alain Juppé, ne donne pas l’impression de s’embarrasser du “ni-ni”.

Les candidats de la primaire de droite face au “ni-ni”

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Juin 1990 :
le Juppé patron du RPR exclut du parti Alain Carignon, maire de Grenoble. L’homme avait appelé à voter à gauche lors des cantonales de Villeurbanne.
Juin 2012 :  fidèle au “cordon sanitaire” de Jacques Chirac, Alain Juppé dit sur son blog : “nous continuerons à refuser tout accord sous quelque forme que ce soit avec le parti d’extrême droite (dont) le passé, la culture, les références historiques, l’idéologie […] sont incompatibles avec les miens et les nôtres”.
Juin 2013 : Juppé opte pour le vote blanc en cas de duel PS-FN aux municipales. Quelques mois plus tôt, il disait soutenir un candidat socialiste à condition qu’il soit “modéré” et “social-démocrate”. Il redoute “la propagande du FN qui veut mettre l’UMP et le PS dans le même sac.”
Mars 2014 : sur son blog, Alain Juppé théorise sur la ligne de conduite à adopter à l’issue du premier tour des élections municipales : “La seule attitude cohérente, c’est de récuser l’un et l’autre choix, en maintenant nos candidats chaque fois que c’est possible ou en refusant de choisir quand le maintien n’est pas possible.” Oubliés le “cordon de sécurité” et la bavure Carignon, Juppé s’impose en grand Résistant devant le “piège tendu à la droite”…  
Février 2015 : …Mais en faisant le choix du PS dans le Doubs à l’heure de la législative partielle, Alain Juppé se dégage de la position majoritaire de l’UMP.

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2011 : Sarkozy invite sa famille politique à ne voter “ni pour le FN, ni pour la gauche” au second tour de la présidentielle 2012.
Février 2015 : il appelle au “ni-ni” lors de la législative partielle du Doubs, et se trouve accusé de bafouer “l’unité républicaine” du 11 janvier après l’attentat de Charlie Hebdo. Impossible de conseiller le vote socialiste : le FN s’en servirait d’argument pour dénoncer “l’UMPS”.
Octobre 2016 : Sarkozy abandonne la stratégie du “ni-ni”.

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Juin 2012 : lors du deuxième tour de l’élection présidentielle, l’ancien président de l’UMP déclare : “Pas question d’appeler à voter pour le Front national ni d’appeler à voter pour le candidat socialiste, qui fait alliance avec le Front de gauche”. Cette position ambigüe contre les extrêmes a apporté encore plus de trouble dans l’UMP déjà affaiblie.



Mai 2013 : “La seule formation politique qui peut apporter une réponse concrète, c’est l’UMP. Cette réponse ne peut évidemment pas être dans des alliances contre nature. Jean-François Copé plaidait et plaide toujours pour le “ni-ni” en cas de duel entre le PS et le FN au second tour d’une élection locale, lors d’un meeting à Nîmes.

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2012 : À l’approche des élections présidentielles, le candidat déclare à la matinale LCP/Radio classique qu’il “soutient cette ligne de conduite définie par Jean-François Copé”, en estimant que “c’est une bonne stratégie pour les élections législatives”. Tout en estimant que “sur le long terme, ça ne marche pas”.
2015 : Législative partielle du Doubs : Maintient sa position favorable à l’égard du “ni-ni”. En estimant, le 2 février 2015, au micro de France Info que le “front républicain” est une “manière de se défausser”.

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Mars 2011 : Premier ministre de Nicolas Sarkozy, il s’oppose à la ligne définie par le Président et par Jean-François Copé, en appelant à voter PS “en cas de duel PS-FN”.
Municipales de 2014 : François Fillon provoque l’ire des responsables socialistes. En cause, son changement radical de position. En appelant à voter, en cas de duel PS/FN pour le “candidat le moins sectaire”.
Régionales de 2015 : Le sarthois accorde son violon avec la ligne du parti, en optant de nouveau pour le “ni-ni”.

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2011 : À l’approche des élections présidentielles, elle publie le livre au titre clair Le Front anti-national et y défend la ligne du front républicain en cas de second tour PS/FN. En attaquant la stratégie de “dédiabolisation” entreprise par le FN de Marine Le Pen : “Le FN se met hors la loi républicaine. Il est antirépublicain.”
2015 : Au lendemain des élections régionales, elle se fait exclure du bureau politique du parti, précisément parce qu’elle s’était opposée quasiment seule contre tous à la ligne “ni-ni”.

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2016 : Le candidat du Parti Chrétien-Démocrate de la primaire de la droite et du centre a clairement estimé, dans un entretien donné à Valeurs Actuelles “qu’il faut en finir avec ce cordon sanitaire qui n’a ni sens ni raison d’être.” Tout en n’excluant pas de voter FN en cas d’un second tour opposant Marine Le Pen à Alain Juppé.

Les tribulations du “ni-ni” montrent les difficultés des Républicains à trouver une stratégie pour contrer le FN dont la présence s’accentue à chaque scrutin. Le débat finit même par contribuer à l’embellie du parti de Marine Le Pen depuis qu’elle en a pris les commandes. Bon gré mal gré, le “ni-ni” fait donc office d’exercice obligatoire pour les candidats à la présidentielle 2017.

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