Sakharov : le prix “diplomatique” de l’Union européenne

Le prix décerné jeudi à deux jeunes Yézidies d'Irak reflète, depuis sa création à la fin de la guerre froide, les prises de position de la diplomatie européenne au sein des conflits du monde.

Le prix Sakharov a été remis jeudi à deux jeunes Irakiennes de 23 et 18 ans, Nadia Murad Basee et Lamia Haji Bachar. Issues de la communauté yézidie, elles ont été faites esclaves sexuelles par l’organisation Etat islamique en 2014. Une distinction qui va à l’encontre de la tendance confirmée depuis la création de ce prix en 1985.

En effet, ce prix récompense majoritairement des hommes, deux fois plus que de femmes. Ces dernières sont le plus souvent récompensées, exception faite de la chef d’Etat birmane Aung San Suu Kyi, dans le cadre d’une action (ou d’une situation dont elles sont victimes) liées aux femmes. Cette édition ne fait pas exception.

Pour étudier les catégories récompensées par le prix Sakharov, nous avons classer les “motifs” d’attribution en sept catégories : les deux premières recoupent les thèmes des droits de l’homme et de la liberté d’expression.

Les “activistes” couronnés

Sans surprise, les origines géographiques des lauréats relient la remise de la récompense à des contextes de guerre, de conflits ou de crise humanitaire.

Le profil d’ ”activiste”, comme les leaders du printemps arabe, rafle la majorité des prix. Les personnes distinguées pour une action spécifique (défense des droits des femmes, de leur intégrité physique, de leur accès à l’éducation) restent minoritaires.

Le prix Sakharov depuis sa création

Créé à la fin de la guerre froide par le Parlement européen en défense de l’opposant russe au Kremlin, Andreï Sakharov, ce prix reflète l’histoire mondiale et ses soubresauts, et témoigne des choix géopolitiques que fait l’Union européenne.

Stratégie diplomatique

Prix Nobel de la paix en 1975 et fervent défenseur des libertés civiles et de la réforme de l’Union soviétique, Andreï Sakharov a donné son nom au prix. Le prix est alors un symbole nouveau de la coopération entre l’Union Soviétique et l’Europe occidentale dans le domaine des libertés d’esprit et d’expression.

Archive du Monde 1986
Archive du Monde 1986

Entre sa création en 1985 et la première cérémonie de remise en 1988, la vocation du prix évolue. Le Parlement européen élargit les conditions d’attribution : l’Europe n’est plus seulement concernée, et il s’agit également d’ « honorer des engagements, activités ou réalisations » dans le domaine des droits de l’Homme.

Dont acte. En 1988, Nelson Mandela est le premier lauréat du prix Sakharov. Le Parlement européen profite de cette première cérémonie pour rendre hommage au dissident soviétique mort d’une grève de la faim en prison, Anatoli Martchenko. Cette attribution posthume est une façon pour la diplomatie occidentale d’exprimer pacifiquement son opposition au régime soviétique, tout en attirant l’attention de ses citoyens sur l’oppression de leurs homologues en Russie. Stratégie diplomatique dont elle use encore aujourd’hui.