Bayrou et Sarkozy: la passe d’armes qui n’en finit pas

Nicolas Sarkozy considère "injustifiable" une alliance entre le Modem et le vainqueur de la primaire de droite et du centre. L'ex-Président a été piqué au vif par les critiques acerbes que François Bayrou, soutien d'Alain Juppé, lui a assénées samedi 31 octobre.

Voilà des années que le torchon brûle entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter. Ce matin, dans un entretien à l’Est Républicain, Nicolas Sarkozy a jeté un peu plus d’huile sur le feu, jugeant désormais « injustifiable une quelconque alliance » entre le vainqueur de la primaire de la droite et du président du Modem.

Depuis que le maire de Pau a affiché son soutien à Alain Juppé pour la primaire de la droite et du centre, il s’est retrouvé sous le feu d’attaques régulières en provenance du clan sarkozyste. Le président du Modem s’est finalement fendu d’une riposte musclée samedi 31 octobre sur sa page Facebook. Il ne mâche pas ses mots et brosse un portrait au vitriol de l’ex-Président. Il critique sa stratégie de séduction de la droite dure, dans laquelle il croit lire du Machiavel : “Pour Nicolas Sarkozy, visiblement, la fin justifie toujours les moyens. Pour moi, je crois que les moyens utilisés, quand ils sont bas, contaminent le but qu’on prétend atteindre”, écrit-il. Pour Bayrou, tout son style de campagne repose sur sur la division plutôt que sur le rassemblement: “il a fait feu de tout bois : les partis, la gauche, la droite, la nationalité, l’origine, la religion, le vêtement, la nourriture, l’Islam toujours.” Le président du Modem va même jusqu’à attaquer le caractère de l’ex-Président, qui, selon lui, cache mal un profond mépris du peuple qu’il prétend défendre: « Nicolas Sarkozy, abusé par sa propre angoisse et sa propre fuite en avant, passe à côté de l’essentiel ». Dans une rhétorique très virulente, il dénonce la violence du style de l’ex-Président: “Comment quelqu’un qui a été président de la République et qui aspire à le redevenir peut-il se comporter de la sorte ? Comment peut-il en arriver à cette violence de chaque minute, lâchant des insultes avec un mépris affiché, crachant sur ceux qui ne votent pas pour lui, n’hésitant pas à leur enjoindre sans crainte du ridicule de « se taire », n’hésitant pas en un moment où la sécurité est menacée et la police déstabilisée à qualifier Bernard Cazeneuve de « ce qui nous sert de ministre de l’intérieur » ?”

Le début de la tribune postée sur Facebook par François Bayrou le 31/10
Le début de la tribune postée sur Facebook par François Bayrou le 31/10

La riposte du clan Sarkozy: de vieux comptes à régler?

En réaction, les soutiens de Nicolas Sarkozy sont montés au créneau, comme Véronique Waché ou encore Eric Ciotti, le Président du département des Alpes-Maritimes.

Tweet de Véronique Waché, conseillère de Nicolas Sarkozy
Tweet de Véronique Waché, conseillère de Nicolas Sarkozy
Tweets d'Eric Ciotti, président du département des Alpes Maritimes
Tweets d’Eric Ciotti, président du département des Alpes Maritimes

La réponse ne s’est pas faite attendre du côté du principal concerné. Les deux hommes semblent s’adonner au fameux jeu du “c’est celui qui dit qui l’est”. Bayrou a voulu dénoncer la violence du style politique de l’ex-Président, et c’est précisément le même argument que Nicolas Sarkozy lui a assené ce matin dans l’Est Républicain:« La violence de la charge dont il a fait preuve à mon égard ce weekend démontre à quel point il utilise le langage de la gauche et rend désormais injustifiable une quelconque alliance entre le vainqueur de l’élection primaire et François Bayrou.” Car en effet, les hostilités entre les deux hommes ne datent pas d’hier. Pour Bayrou, Sarkozy n’a plus rien à voir avec l’homme pour lequel il a voté en 2007. Il lui a donc préféré Hollande en 2012 : une trahison que les sarkozystes n’ont toujours pas digérée. Ainsi, en refusant tout alliance entre la droite et le Modem, Sarkozy vise son principal adversaire à la primaire. Le soutien de Bayrou à Alain Juppé offre à Sarkozy l’occasion de fustiger une “alternance molle”.

Tweet de Nicolas Sarkozy

C’est finalement la fuite des centristes vers Juppé qui inquiète Sarkozy, car le maire de Bordeaux a aussi rallié à lui l’UDI de Jean-Christophe Lagarde. Il y a une dizaine de jours, Sarkozy avait déjà sommé Bayrou et Lagarde de “respecter la règles de la primaire” et de se ranger derrière le vainqueur même dans le cas d’une défaite de Juppé. Ce dernier continue de dominer dans tous les sondages. Le dernier en date, mené par Harris Interactive pour France Télévisions, le donne vainqueur à 58% face à Sarkozy au second tour de la primaire.