Australie : des réfugiés bientôt interdits à vie d’entrée sur le territoire ?

L’annonce du gouvernement conservateur de M.Turnbull d’interdire à vie l’entrée sur le territoire pour les réfugiés clandestins s’inscrit dans une dynamique particulièrement acharnée en matière d’immigration. L’Australie dispose de l’une des politiques les plus autoritaires du monde à l’encontre des demandeurs d’asile et ne compte pas s’arrêter là.

Le gouvernement conservateur du Premier ministre Malcom Turnbull, qui a succédé en septembre 2015 au décrié Tony Abott, persévère dans sa politique anti-immigration. Le projet de loi, qui doit être présenté au Sénat australien, compte interdire de séjour à vie les réfugiés qui tentent de débarquer clandestinement sur les côtes du pays. Officiellement, la mesure aurait pour but de s’attaquer aux trafiquants d’êtres humains, « les pires criminels imaginables » selon les mots du Premier ministre. Cette interdiction devrait s’appliquer à des milliers de personnes interceptées en mer et internées dans les centres de détention offshore situés sur l’île de Manus en Papouasie Nouvelle Guinée et sur l’îlot de Nauru. Les réfugiés qui peuplent ces camps sont pour la plupart syriens, irakiens, afghans ou encore soudanais.

« No way. You will not make Australia home. »

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Le texte du projet de loi vise les adultes de plus de 18 ans, et cela même si le statut de réfugié leur est attribué. Sont aussi concernés par ce texte les individus qui sont retournés dans leur pays d’origine. Ils ne pourront pas non plus obtenir de visas touristiques, ni de visas d’affaires et même en cas de mariage avec un individu australien ils seront interdits d’entrée sur le territoire. La mesure est drastique et symbolique du contexte politique australien. Elle reflète le message martelé depuis des mois par le gouvernement pour dissuader les réfugiés : “No way. You will not make Australia home.”

L’opposition n’a pas attendu longtemps pour critiquer vertement l’annonce de Malcom Turnbull. « Cela me semble ridicule qu’un réfugié installé aux USA ou au Canada, qui est devenu citoyen américain ou canadien, soit interdit d’entrer en Australie en tant que touriste ou hommes d’affaires, même 40 ans plus tard » a déclaré Bill Shorten, le chef de l’opposition travailliste.

“Illégal et anticonstitutionnel”

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En avril 2016, la cour suprême de Papouasie Nouvelle Guinée avait jugé « illégal et anticonstitutionnel » l’accord permettant à l’Australie de placer en détention sur le territoire papouasien des demandeurs d’asile jugés indésirables. Le ministre australien de l’Immigration, Peter Dutton, avait alors affirmé que le verdict papouasien serait sans effet sur la politique australienne de protection des frontières. Depuis le 19 juillet 2013, tout demandeur d’asile arrivé clandestinement par bateau est automatiquement interné au camp de Manus ou à Naru. Les conditions de vie y sont déplorables et les ONG ne cessent de s’alarmer de la situation. Les réfugiés sont pour la plupart syriens, irakiens, afghans ou encore soudanais.

En janvier 2016, un rapport publié par la société australienne Fairfax Media avait fait mention des protestations des réfugiés qui se manifestaient par des actes d’automutilation, de tentatives de pendaison, d’empoisonnement ou d’étouffement. Les détenus sont livrés à eux-mêmes et l’absence de perspective est totale.

L’accès aux camps d’internements de Nauru et de Manus est interdit aux journalistes et aux ONG. En 2015, le réalisateur Lukas Schrank avait pu rentrer en contact avec deux migrants iraniens détenus illégalement par les autorités australiennes sur l’île de Manus. Il en a fait un film d’animation qui raconte les vies brisées de ces réfugiés et leurs conditions d’internements indignes.

Pour Amnesty International, « la politique du gouvernement australien est à l’opposé de ce que les Etats du globe devraient s’efforcer de faire. » Cette dernière annonce souligne donc la volonté du gouvernement de M.Turnbull de dissuader les candidats à la traversée clandestine. « Il y a 6 ans, avec la signature du gouvernement australien, la Convention relative au statut des réfugiés entrait en vigueur. Aujourd’hui, ironie du sort, un pays qui doit tant aux réfugiés bafoue de manière flagrante le droit international et incite d’autres Etats à l’imiter » a déclaré dans un article Anna Neistat, directrice des recherches à Amnesty International.

Le projet de loi du gouvernement australien doit être proposé au Sénat dans les semaines à venir. Il n’est toutefois pas garanti d’obtenir une majorité.