Erdogan, une certaine idée de la liberté de la presse

L'arrestation du rédacteur en chef du quotidien d'opposition Cumhuriyet, annoncée ce lundiest un nouveau pas dans la longue purge des médias orchestrée par le président Erdogan depuis plusieurs années.

2012 : La Turquie, première prison du monde pour les journalistes

Un rapport du Comité de protection des journalistes (CPJ) indique que la Turquie détient le triste record du nombre de journalistes emprisonnés avec 76 reporters sous les verrous. Avec ce bilan, “le nombre d’emprisonnements (de journalistes) en Turquie dépasse aujourd’hui celui des autres pays les plus répressifs, dont l’Iran, l’Érythrée et la Chine”, décrit le CPJ. Ce dernier estime que “le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a mis en œuvre une des plus vastes opérations de répression de la liberté de la presse de l’histoire récente”.

2014 : Recep Tayyip Erdogan élu président se lance dans une vague de purge contre les médias d’opposition.

En décembre 2014, la police turque interpelle Ekrem Dumanli, le rédacteur en chef de l’un des principaux quotidiens du pays, Zaman, le président de la chaîne de télévision Samanyolu et 23 autres personnes à travers le pays. Des mandats d’arrêt ont été délivrés contre 32 personnes, accusées entre autres de « former un gang pour attenter à la souveraineté de l’Etat ».

Pour le président Erdogan il s’agit d’une riposte « nécessaire » à de « basses manœuvres ». Cette vague d’arrestations marque une escalade dans la bataille que se mènent le président Recep Tayyip Erdogan et son grand rival, le prédicateur islamiste Fethullah Gülen, dont Zaman est proche.

Mars 2016 : “Jour de honte”, le quotidien Zaman est mis sous tutelle

La décision rendue par la justice turque de mise sous tutelle d’un des plus gros quotidiens d’opposition Zaman provoque un scandale en Turquie. La police utilise du gaz et des canons à eau pour repousser des centaines de personnes qui se sont rassemblées devant le siège du quotidien Zaman, à Istanbul. Le lendemain, le journal titrait “Jour de honte pour la presse”.

Mai 2016 : Cinq ans de prison pour deux journalistes de Cumhuriyet

Au terme d’un procès éclair, le rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, Can Dündar, a été reconnu coupable d’”obtention et divulgation de secrets d’Etat” et condamné à cinq ans et dix mois d’emprisonnement. Le représentant du journal à Ankara, Erdem Gül, est condamné à cinq ans de réclusion pour “divulgation de secrets d’Etat”. Les deux hommes risquaient la prison à vie pour avoir divulgué dans leurs articles un trafic d’armes organisé par les services secrets turcs (MIT) à destination de la rébellion en Syrie.

Le journaliste a fui son pays après sa condamnation, dénoncée par des organisations de défense des droits de l’Homme. La Turquie est devenue la plus grande prison de journalistes au monde”, a‐t‐il déclaré la semaine précédente à Strasbourg. Il sera  remplacé par Murat Sabuncu, l’actuel rédacteur en chef du quotidien, arrêté ce lundi.

Juin 2016 : Erol Önderoglu, le correspondant de RSF en Turquie arrêté

Erol Önderoglu, journaliste franco‐turc et correspondant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie, est arrêté le 20 juin à la suite de son audition par un tribunal d’Istanbul dans le cadre d’une enquête lancée à son encontre pour « propagande terroriste ». M. Önderoglu a été incarcéré en même temps que deux autres personnalités visées par le même chef d’accusation, le journaliste et écrivain Ahmet Nesin et la présidente de la Fondation pour les droits de l’homme de Turquie, Sebnem Korur Fincanci.

Juillet 2016 : Coup d’Etat raté en Turquie, Erdogan lance une répression de grande ampleur contre les médias

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, l’armée turque investit différents locaux de différents groupes de presse et grands médias. Après de vives altercations, les journalistes du quotidien Hürriyet et les chaines CNN Türk et Kanal D sont forcés d’évacuer sous la menace des armes et les émissions interrompues.

Deux semaines après l’instauration de l’Etat d’urgence en Turquie, le 27 juillet 2016,131 médias et maisons d’édition sont fermés et plus de 40 journalistes arrêtés.

La Turquie est aujourd’hui 151e au Classement mondial de la liberté de la presse 2016 établi par RSF.