La mouvance évangélique gagne du terrain au Brésil

Grâce à l'élection de Marcelo Crivella à la mairie de Rio, le mouvement politique des évangéliques a fait une percée historique au sein du pouvoir exécutif. Derrière lui, la puissante organisation de L'Eglise Universelle du Royaume de Dieu profite de la déroute des partis traditionnels pour tirer son épingle du jeu.

Rio ne répond plus… à l’appel des partis traditionnels. Aux élections municipales, c’est un pasteur évangélique de droite, le sénateur Marcelo Crivella, qui a été élu avec 60% des voix. Il n’est autre que le neveu du controversé fondateur de l’Eglise universelle du royaume de Dieu (EURD), l’un des avatars les plus puissants de l’Evangélisme pentecôtiste. Sa victoire dans l’une des plus grandes villes brésiliennes marque une percée historique dans l’exécutif pour cette mouvance religieuse.

Les évangéliques: une ascension fulgurante au Brésil

Et si l’on se dirigeait progressivement vers la fin de l’hégémonie catholique au Brésil? Le pays est toujours celui qui compte le plus de catholiques au monde, mais la croissance de la mouvance évangélique est flagrante: +61% entre 2000 et 2010, selon l’Institut brésilien de géographie et statistique. Au dernier recensement religieux en 2010, il y avait 194 millions de protestants au Brésil, soit 22% de la population, dont l’écrasante majorité est évangélique. Par ailleurs, leur répartition est inégale selon les régions: dans l’Etat de Rio, près de 40% de la population se dit évangélique, selon une source citée par le Monde.

Deux grandes organisations religieuses rassemblent les évangéliques: d’une part, l’Assemblée de Dieu, mais surtout, l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, qui a progressivement assumé ses ambitions politiques. Fondée par Edir Macedo en 1977, c’est l’une des succursales les plus puissantes de l’Evangélisme dans le monde. Son influence au Brésil est assurée par le deuxième plus grand groupe médiatique du pays, la Record, détenue par Macedo. Symbole de cette influence grandissante: l’inauguration, en présence de Dilma Rousseff, d’une colossale réplique du Temple de Salomon à Sao Paulo fin 2014. Son coût? 230 millions d’euros, selon les chiffres de l’Obs.

L'inauguration de la réplique du Temple de Salomon en octobre 2014 à Sao Paulo (source: La Croix)
L’inauguration de la réplique du Temple de Salomon en octobre 2014 à Sao Paulo (source: La Croix)

La “bancada evangelica”, un soutien précieux pour les partis traditionnels

Surnommés la “bancada evangelica” (banc évangélique), les évangélistes font office de swing voters aux présidentielles, tant leur position est changeante. En 2002, les évangéliques se sont ralliés à la coalition de centre et gauche de Lula. C’est seulement depuis 2005 que l’EURD a son propre parti: en 2010, le PBR soutenait encore Dilma Rousseff. A gauche, le Parti Social Chrétien a accueilli aussi quelques évangéliques, comme Marina Silva ou Marco Feliciano.

Marcelo Crivella et Dilma Rousseff en 2012. Photo: Roberto Stuckert Filho/PR.Marcelo Crivella et Dilma Rousseff en 2012. Photo: Roberto Stuckert Filho/PR.

Dans le contexte de crise politique qui a suivi la destitution de la présidente Dilma Rousseff, la montée en puissance des évangéliques est cruciale. La déroute récente du parti des Travailleurs a plongé la gauche dans la débâcle. C’est donc le moment que le PBR a choisi pour virer à droite.


Marcelo Crivella, évêque‐chanteur‐missionnaire… et maintenant, maire de Rio

La troisième fois aura été la bonne pour Marcelo Crivella. Le 30 octobre 2016, il a enfin été élu maire de Rio à 58 ans. Mais son premier métier est celui d’évêque. Né catholique, il a été très influencé par son illustre oncle, Edir Macedo, et s’est converti au protestantisme avant de partir en mission évangéliste en Afrique en 1992 pendant 10 ans. Sa seconde carrière est dans la musique: chanteur de gospel, il a sorti pas moins de 13 albums. C’est tardivement qu’il rejoint la vie politique, élu sénateur de l’Etat de Rio en 2002, puis Ministre de la pêche sous le mandat de Dilma Roussef, de 2012 à 2014. Les discours ultra‐conservateurs qu’il a tenus par le passé ont souvent sombré dans l’homophobie (il a notamment définit l’homosexualité comme “un mal terrible”) ou dans le sexisme. Il est récemment revenu sur ses propos, les qualifiant d’erreurs de jeunesse lors de sa campagne, durant laquelle il a témoigné d’une volonté de se modérer. La polémique ne semble pas avoir eu d’impact sur sa côte de popularité auprès des électeurs.