A Stalingrad, la solidarité s’organise pour les réfugiés

Entre les stations Jaurès et Stalingrad, de nouvelles tentes fleurissent chaque jour, de plus en plus loin le long des quais et des avenues. Débordés, bénévoles et associations s'affairent et organisent tant bien que mal l'aide aux réfugiés.

Une Mini Cooper se gare sur le quai de Jemmapes. La carrosserie, d’un noir flambant neuf, brille. Elégant, avec une veste de costume, un homme sort de la voiture et traverse la route sans jeter un œil aux dizaines de tentes qui se succèdent le long du quai, ni aux vêtements qui sèchent sur des grillages. C’est le coin des Afghans.

Mercredi, 13 heures. Entre les stations de métro Jaurès et Stalingrad, les passants côtoient toute la journée les réfugiés, et semblent s’être habitués aux tentes igloo bleues et vertes. De temps en temps, on aperçoit un gilet fluo, libellé d’un nom d’association, s’affairer dans ces campements de fortune. Osman, 26 ans, est arrivé à Paris il y a dix jours. Expulsé de Norvège après un an et demi, il est allé en Suède, au Danemark, en Allemagne, mais c’est en France qu’il veut rester. “Les gens sont très gentils. Ils apportent de la nourriture. Si on arrête quelqu’un dans la rue, il répond, il nous aide “, sourit-il, assis sur un tabouret en face de sa tente. A  côté de lui, trois hommes jouent aux cartes, bonnets enfoncés sur leurs crânes, cols relevés.

Souriants, les réfugiés saluent les rares Parisiens qui s’aventurent parmi eux, leur lancent les rares mots qu’ils connaissent en français. Ils viennent manger un repas chaud, fourni par l’ONG ADRA. Un mélange de blé et de riz, avec une pomme en dessert. La petite dizaine de bénévoles s’est trouvée rapidement débordée pendant le service, dans le désordre ambiant et la foule discontinue. A quelques mètres de la distribution, Ilias, 18 ans, ouvre sa tente : un lit de fortune est fait au carré, par-dessus un carton. Ses rares effets personnels sont bien ordonnés,une paire de baskets rouges est rangée dans un coin. “Il a la meilleure maison !” s’exclame un ami en riant. Parmi les tentes igloo, certaines s’élèvent, en forme de tipi, et arborent, ironiquement, l’inscription “Isle of Dreams”.

Un homme a installé un petit tabouret devant l’entrée du campement des Soudanais et des Somaliens. Muni d’une tondeuse, il offre de couper les cheveux des réfugiés qui le souhaitent. Ils échangent gaiement en arabe, sous l’objectif d’une caméra. Mohamed, 20 ans, vient de quitter la jungle de Calais. “J’ai de la famille en Angleterre, mais je vais rester en France”. Il attend que sa demande d’asile soit acceptée, et il peut manger tous les jours. Il ne veut pas aller dans les centres d’accueil. “Ils vous donne une chambre, mais c’est tout. On n’a pas le droit de sortir, d’aller dehors, et ils ne vous donnent pas de nourriture. C’est mieux ici.”

Abdi et David, réfugiés légaux, boivent une bière sur un banc, au-dessus du bassin de la Villette. Quand on leur demande où ils dorment, ils montrent le même banc : “Quand il fait trop froid, on est obligés de marcher, la nuit, pour ne pas geler”. Abdi ne se souvient pas de son âge exact. Il a été journaliste à Mogadiscio pendant 10 ans, et est arrivé à Paris le mois dernier. “En France, au moins, on est libre”, explique-t-il. Lui aussi, il trouve les Français solidaires.

Une dame se penche vers une tente igloo, sous les arcades de la station Stalingrad. Elle coupe des lichettes de beurre pour en donner à une femme et sa fille. A deux pas, les Parisiens sortent du métro et (re)découvrent la misère des campements, juste en sortant de l’escalator. Certains se contentent de prendre un cliché rapide avec leur smartphone, d’autres, touchés, dépités, attardent leur regard plus longuement. De nombreuses initiatives citoyennes, en plus des associations, sont mises en place pour orienter les citadins désireux de venir en aide aux réfugiés. L’occasion de rapprocher, voire de mélanger deux mondes encore bien distincts.