Accueillir du patrimoine en péril pour sauver le Louvre-Lens ?

Le musée, dont la fréquentation reste en dessous des objectifs initiaux, accueillera prochainement les réserves du Louvre parisien et peut-être des œuvres en péril de Syrie ou d’Irak.

Des visiteurs moins nombreux qu’espérés, un financement compliqué à garantir… Comment, quatre ans après son inauguration par François Hollande le 4 décembre 2012, le Louvre-Lens peut-il retrouver de l’attrait ? Le Président de la République, en visite ce mardi 1er novembre au musée à l’occasion de l’inauguration de l’exposition “l’Histoire commence en Mésopotamie”, a confirmé la création d’un centre de réserves dont la construction démarrera fin 2017.

François Hollande, lors de sa visite au Louvre-Lens le 1er novembre (AFP - Denis Charlet)
François Hollande, lors de sa visite au Louvre-Lens le 1er novembre (AFP — Denis Charlet)

Cet espace aura vocation à accueillir les réserves du musée parisien, qui ont failli être inondées lors de l’importante crue de la Seine en juin dernier, ainsi éventuellement que des œuvres en péril de Syrie ou d’Irak. “Nous devons mettre en sécurité le patrimoine mondial” menacé par “les terroristes, les barbares”, a estimé François Hollande. En Syrie, les djihadistes de Daech ont notamment saccagé les sites, classés au patrimoine de l’humanité, de la cité antique de Palmyre, avant que la ville ne soit reprise par l’armée syrienne en mars dernier. Depuis est apparu un espoir de pouvoir restaurer certaines œuvres.

Une nouvelle aubaine ?

Cette annonce intervient alors que ce “deuxième Louvre” peine à trouver son public depuis son ouverture. Tandis que l’objectif annuel de 500.000 visiteurs avait été atteint en 2013 et en 2014, la fréquentation a baissé à 400.000 en 2015 et 2016. Les attentats, souvent mis en avant pour expliquer la baisse de visites touristiques en France, n’expliquent pas à eux seuls ce manque d’attractivité. L’économiste et professeur associé à l’université Paris‑I Panthéon-Sorbonne Jean-Michel Tobelem, auteur de “la Culture pour tous”, avait décrit dans une tribune parue cet été dans “le Monde” plusieurs autres facteurs dont “une ville à l’attractivité réduite”, “un manque d’innovation muséographique et éducative” ou encore “une incapacité à atteindre les milieux populaires”.

Le Louvre-Lens avait déjà décidé, lors de son conseil d’administration du 2 octobre dernier, de maintenir la gratuité de l’exposition “la Galerie du Temps”, qui prendra fin en décembre 2017. Les responsables espèrent ainsi que le manque à gagner financier sera, sur la durée, compensé par une hausse de la fréquentation aux autres expositions. Si la nouvelle directrice du musée Marie ­Lavandier se félicite du rôle des quinze médiateurs qui se relaient auprès du public pour présenter les oeuvres de “la Galerie du Temps”, ce qui “marche très bien” selon elle, Jean-Michel Tobelem appelle de son côté à “repenser la stratégie de médiation”. Pour que le lieu retrouve de l’attractivité, ce spécialiste de l’économie des musées propose également de “l’ancrer davantage dans son environnement en s’appuyant sur le patrimoine minier” et de “travailler en réseau avec les musées de la région”.

La région garantit le financement

En attendant, la création, sur le site de Lens, du centre de réserves du Louvre coûtera soixante millions d’euros, financés à parts égales par le Louvre parisien et par la région Hauts-de-France. Cette nouvelle charge financière devra être assumée par la région qui garantit déjà chaque année au musée les deux tiers de son budget de financement, avec 10 millions de subventions. Xavier Bertrand, élu aux élections régionales de décembre 2015, avait promis de maintenir ce financement, et son vice-président chargé de la culture François Decoster l’a confirmé le 28 octobre dernier au “Monde” : “C’est un ­budget important, on a voté cette contribution et souhaité poursuivre cet impact pour la région.”

La Pyramide du Louvre parisien, dont les réserves seront transférées dans le futur centre construit à Lens (Lionel Bonaventure - AFP)
La Pyramide du Louvre parisien, dont les réserves seront transférées dans le futur centre construit à Lens (Lionel Bonaventure — AFP)

Cependant, ce financement sera-t-il garanti sur la durée, au cas où la fréquentation ne redécolle pas? Daniel Percheron, l’ancien président socialiste de la région, s’était exclamé en mars dernier : “il faut que le Louvre-Lens se bouge !”. En confirmant la création du centre de réserves et en annonçant que celui-ci pourrait accueillir du patrimoine mondial en péril, François Hollande a voulu donner un petit coup de pouce au musée. D’ici à 2019, année prévue pour l’inauguration de ce nouvel espace, il faudra davantage pour que le musée retrouve son public, au risque que les critiques s’amplifient.

Nicolas Berrod