Avant “Snowden”, quand le cinéma américain s’empare de l’actualité

Cette semaine sort en salles “Snowden”, le nouveau film d’Oliver Stone qui retrace l’histoire du lanceur d’alerte Edward Snowden en prenant son parti pris. Un nouvel épisode des relations anciennes entre cinéma et actualité américaine.

Revoilà au cinéma Edward Snowden, le lanceur d’alerte le plus médiatisé du monde. Après avoir été à l’affiche en 2014 de “Citizenfour”, un documentaire qui retrace son histoire et notamment sa rencontre à Hong Kong avec le journaliste du “Guardian” Gleen Greenwald, l’ancien agent de la NSA est cette semaine à l’affiche du film “Snowden” dans lequel son rôle est interprété par Joseph Gordon-Lewitt. Une nouvelle tentative de “réhabilitation”, note le site Slate, qui indique que “depuis trois ans, Edward Snowden et ses soutiens essaient de lui ouvrir la voie vers un retour au pays”.

L’histoire de Wikileaks à l’écran

Edward Snowden n’est pas le premier lanceur d’alerte dont les aventures ont été racontées au cinéma. Inspiré de la vie de Jullian Assange, le fondateur du site Wikileaks et réfugié depuis 2013 à l’ambassade d’Equateur de Londres, “Le cinquième pouvoir” est un récit de l’histoire du site qui a notamment dévoilé à partir de 2010 des centaines de milliers de documents diplomatiques américains.

Critiqué pour sa mauvaise représentation cinématographique, “le Monde” y voyant “un récit anecdotique dans une mise en scène désuète”, le film a voulu se rapprocher au plus près de la réalité des faits. Télérama note cependant qu’il s’agit d’une “version des événéments qui ne chatouille pas trop le Pentagone, la Maison-Blanche ou le Département d’Etat”, et que Le Cinquième Pouvoir “oublie de poser les vraies questions sur les implications de WikiLeaks, se contentant de bégayer des arguments entendus mille fois sur la mise en danger d’individus cités dans les documents.”

Julian Assange a lui-même fortement critiqué le film, basé sur le livre de Daniel Domscheit-Berg, l’ancien porte-parole de Wikileaks qui a quitté le site en 2010, sur fond de conflits avec l’Australien sur la protection des sources.  Assange a estimé dans une lettre adressée à l’acteur Benedict Cumberbacht qui joue son rôle que le film étouffe “la véritable version des événements, au moment où on a plus que besoin de la vérité”.

Peser sur une campagne présidentielle

Tandis que ces affaires de lanceurs d’alerte portées à l’écran sont l’occasion de s’immiscer dans la politique (Oliver Stone estime par exemple que “si Obama graciait Snowden, ce serait magnifique”), certains réalisateurs s’étaient déjà clairement engagés dans des campagnes présidentielles. En 2004, avec “Fahrenheit 9/11″, Michael Moore, partisan de la non-réélection de Georges W. Bush,  a voulu montrer les errements de la politique de l’ancien Président des Etats-Unis, notamment dans la gestion de l’après 11 septembre.

Le documentaire, à charge et moyennement accueilli par la presse (un “mélange entre cinéma militant et techniques télévisuelles spectaculaires, cumulant les défauts de ces deux genres”, selon “les Inrocks”), a connu à son lancement des difficultés de diffusion à cause du blocage de Disney. Le distributeur initial avait choisi d’utiliser une clause pour se retirer au dernier moment du projet, pour des raisons d’image, expliquait-on en coulisses. Il a finalement reçu un très bon accueil du public puisqu’il généré 60 milliards de dollars lors des deux premières semaines. Lauréat de la Palme d’Or au festival de Cannes de 2004, le film n’aura pas eu l’influence que le réalisateur espérait puisque Georges W. Bush a été réélu pour un second mandat.

Michael Moore s’est à nouveau immiscé dans une campagne présidentielle américaine en sortant le 18 octobre dernier “Michael Moore in Trumpland. Davantage qu’un nouveau brûlot contre un candidat républicain, en l’occurrence cette fois-ci Donald Trump, le film consiste plutôt à “donner des raisons objectives de voler pour Hilary Clinton”, selon “le Monde”. L’élection présidentielle américaine aura lieu le mardi 8 novembre prochain.

Nicolas Berrod