Programmer sa mort virtuelle

Même morts, nous continuons à vivre en ligne. Pour résoudre ce paradoxe, la société Newmanity nous permettra bientôt d'exprimer nos dernières volontés concernant notre devenir numérique post-mortem.

Chaque jour, 1,5 milliard de vivants y côtoient 90 millions de morts. Facebook est désormais le plus grand cimetière du monde : en 2098, plus d’un profil sur deux appartiendra à une personne décédée. Ces cadavres 2.0 viennent parfois hanter leurs proches en continuant d’apparaître dans leurs photos, rappels d’anniversaire et suggestions, comme si rien ne leur était arrivé. Pour que le numérique ne dépasse plus la réalité, la start‐up parisienne Newmanity a décidé de lancer en novembre un service post‐mortem qui permettra aux internautes d’anticiper leur mort virtuelle.

La société, opposée à l’exploitation commerciale des données, propose déjà un service de mails respectueux de la vie privée des utilisateurs. Elle s’apprête à franchir un pas supplémentaire : chaque internaute pourra bientôt stocker sur son compte Newmanity toutes ses données numériques, qu’elles proviennent de boîtes mail ou de réseaux sociaux. Il désignera ensuite une personne de confiance qui, à sa mort, héritera de ses données et pourra fermer le compte. Ce nouveau service est actuellement en test auprès de 3 000 utilisateurs.

Le droit de choisir sa mort numérique

Si, en France, la succession des biens matériels est clairement réglementée, la question des données en ligne a longtemps fait l’objet d’un flou juridique. La loi pour une République numérique, promulguée le 7 octobre, a permis de poser un premier cadre législatif : désormais, chacun pourra exprimer, de son vivant, ses volontés sur “la conservation, l’effacement et la communication de ses données à caractère personnel” après son décès. En l’absence de directives, les héritiers seront chargés de récupérer les données et de supprimer le compte du défunt. En somme, comme le don d’organes, la mort numérique ne doit pas être un tabou.

Quelques entreprises françaises en ont même fait un business florissant. Le site If I die propose par exemple aux internautes d’enregistrer un message vidéo qui sera automatiquement publié sur les réseaux sociaux à leur mort. La start‐up Newmanity devrait quant à elle lancer son service post‐mortem le 15 novembre.

 


Ce que prévoit Facebook en cas de décès

Facebook donne déjà à ses utilisateurs la possibilité de programmer leur mort en ligne. Ils ont le choix entre deux options qui prendront effet après leur décès :

• La suppression définitive du compte.
• Sa transformation en “compte de commémoration” : plus personne ne peut se connecter au compte, la motion “en souvenir de” apparaît à côté du nom de l’utilisateur, ses amis peuvent partager des souvenirs sur son journal et son profil n’apparaît plus dans les suggestions ou les rappels d’anniversaire.

Les proches de la personne décédée peuvent elles aussi demander le retrait du compte ou sa transformation en compte de commémoration.