Valérie Pécresse et François Baroin, destins croisés

Avec son ralliement à Alain Juppé, Valérie Pécresse est d’emblée pressentie pour le poste de premier ministre en cas d’élection du maire de Bordeaux, un poste également promis à François Baroin par Nicolas Sarkozy. Derrière le match pour la présidence, la lutte pour Matignon ne fait que commencer entre deux personnalités politiques aux parcours qui s’entremêlent.

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a annoncé hier son ralliement à Alain Juppé pour la primaire de la droite et du centre. Dans le camp du maire de Bordeaux, on salue cette décision, et l’idée de voir Valérie Pécresse comme premier ministre en 2017 commence à faire son chemin. De son côté Nicolas Sarkozy, distancé dans les sondages, dispose d’un atout politique de poids en la personne de François Baroin, à qui il a d’ores et déjà promis Matignon.

Avec cette annonce, on pourrait assister à un combat à distance pour le fauteuil de premier ministre entre deux personnalités politiques aux parcours très proches.

Des « bébés Chirac »

Tous deux ont débuté leurs carrières politiques sous l’égide de Jacques Chirac, en même temps qu’un certain nombre d’hommes et de femmes politiques de droite de premier plan aujourd’hui, comme Bruno Le Maire, Christian Jacob ou encore Jean-François Coppé.

Élu député pour la première fois en 1993 sous l’étiquette RPR, François Baroin devient en 1995 le porte-parole du gouvernement d’Alain Juppé. Pour sa part, Valérie Pécresse est arrivée aux côtés de Jacques Chirac en 1998, à la suite de l’échec de la dissolution de l’Assemblée nationale, au poste de conseillère chargée des études et de la prospective à l’Elysée.

Valérie Pécresse et François Baroin ont donc été « biberonnés » par le même mentor. Si le choix de la présidente de la région Île-de-France peut donc sembler logique – Alain Juppé est un chiraquien historique – celui de François Baroin est plus compliqué à interpréter. Le choix de Nicolas Sarkozy paraît davantage déterminé par une opposition aux autres candidats qu’un véritable ralliement idéologique à l’ancien président.

Ministres de Nicolas Sarkozy

Jacques Chirac à la retraite, c’est Nicolas Sarkozy qui est à la tête de la droite entre 2007 et 2012. Les deux « bébés Chirac » ont grandi, et occupent des postes importants au sein des différents gouvernements de François Fillon. Une nouvelle fois, leurs chemins s’entrecroisent.

Dès 2007, Valérie Pécresse est nommée ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche. François Baroin, lui, n’arrive au gouvernement qu’en 2010 en tant que ministre du Budget, des comptes publics et de la réforme de l’Etat. Il devient également Porte-parole du gouvernement. En 2011, un remaniement propulse François Baroin au poste de ministre de l’Économie et des finances. Qui le remplace alors en tant que ministre du Budget, des comptes publics et de la réforme de l’Etat, et comme Porte-parole ? Évidemment, Valérie Pécresse.

Depuis 2012, proches dans l’opposition ?

Après la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, l’UMP se cherche un nouveau chef. Le match se joue entre François Fillon, alors premier ministre depuis cinq ans, et Jean-François Coppé. Valérie Pécresse annonce d’emblée soutenir François Fillon. Un nouveau point commun avec François Baroin. En février 2013, elle annonce même son intention de se rallier à François Fillon pour la présidentielle de 2017 : “Je pense qu’aujourd’hui, celui qui peut nous faire gagner en 2017, il s’appelle François Fillon”, déclarait-elle alors.

Aujourd’hui, fini Fillon, fini Sarkozy, c’est donc Alain Juppé qui obtient ses faveurs. Pour elle, « après cinq ans de mandat de François Hollande, il est impératif de relever la fonction présidentielle, qui a été abaissée. Il est l’homme pour cela ». Détail cocasse, Valérie Pécresse a annoncé avoir envoyé une lettre à tous les candidats de la primaire, détaillant son programme de réforme. Le premier à avoir répondu ? Alain Juppé, et de manière manuscrite. De son côté, Nicolas Sarkozy n’a jamais donné suite.

Début octobre, Alain Juppé déclarait : « Pourquoi pas une femme Premier Ministre ? ». Visée, Valérie Pécresse ? Sur RTL, ce matin, elle a écarté l’hypothèse. « La question aujourd’hui ne se pose pas ». «Je ne le souhaite pas, je ne le demande pas et on ne m’a rien promis de ce type », a-t-elle répondu, tout en réaffirmant « ne pas vouloir quitter l’Île-de-France ». Soulignons l’importance du terme “aujoud’hui”, notion cruciale en politique.

Adrien Beria