Divorce avec le SIEL : aubaine ou mauvaise nouvelle pour le FN ?

Avec le départ du SIEL, le Rassemblement Bleu Marine n’est plus constitué que de collectifs associés au Front National. Un échec pour cette structure créée il y quatre ans pour élargir la base du FN et un nouveau symbole des tensions internes au parti.

S’il est assez peu connu du grand public, le parti souverainiste Souveraineté, identité et libertés (SIEL) était jusque là le seul allié du Front National dans la galaxie politique française. Rassemblées depuis 2012 et le lancement du “Rassemblement Bleu Marine”, une structure dont l’objectif est de désenclaver le FN, les deux formations s’apprêtent à divorcer ce samedi à l’occasion du comité directeur du SIEL.

Alors que le secrétaire général du RBM Gilbert Collard vantait en 2012 un “lieu d’expression, où l’on puisse parler librement, voire ne pas être d’accord”, Karim Ouchick, le président du SIEL, déplore à l’inverse aujourd’hui : “il n’y a au sein du RBM aucune réunion, aucun échange.”

Le dirigeant a expliqué dans un entretien à l’hebdomadaire d’extrème-droite “Minute” paru ce jeudi 3 novembre que sa “capacité à avaler des couleuvres a atteint ses limites”. Karim Ouchick expose une longue liste de griefs qu’il reproche au FN, au premier rang desquels on retrouve des “désaccords idéologiques”, une “stratégie d’enfermement électoral” et un “rapport indigent à la politique, qui se réduirait au seul clivage mondialiste/patriote”.

Souverainisme contre identité

Créé fin 2011 par Paul-Marie Coûteaux, dans le but d’attirer à l’extrême droite des membres de la droite classique, le SIEL s’est rapproché d’une ligne plus identitaire et moins souverainiste depuis l’élection à sa tête de Karim Ouchick, en 2014.

Karim Ouchikh (DR)
Karim Ouchikh (DR)

Cette tendance s’est confirmée en novembre 2015, avec l’adhésion de Renaud Camus, idéologue d’extrême droite et partisan de la théorie du “grand remplacement”. L’actuel président du Siel considère aujourd’hui que le discours “aseptisé” de “gauche chevénementiste”, impulsé par Florian Philippot, est dominant au sein du FN, comme il le déplore auprès du “Monde”.

La séparation entre le Siel et le Front National, si elle ne devrait pas entraîner de fortes conséquences sur le plan électoral pour le parti dirigé par Marine le Pen, est révélateur des tensions qui sont apparues depuis des mois au sein du FN. Portée par le vice-président Florian Philippot, la ligne souverainiste et moins libérale a pris de plus en plus d’importance. Plusieurs personnalités du parti, comme Marion Maréchal le Pen ou Louis Alliot, partisans d’une ligne politique plus axée sur l’identité, n’hésitent pas à faire part publiquement de leurs désaccords.

Florian Philippot et Marion Maréchal Le Pen, le 1er mai 2013. (ERICFEFERBERG/AFP)
Florian Philippot et Marion Maréchal Le Pen, le 1er mai 2013. (ERICFEFERBERG/AFP)

Des signes annonciateurs de la fracture

La séparation entre le FN et le Siel a été précédée en 2016 par deux événements qui avaient déjà révélé les fractures  entre les deux partis. En février dernier, à l’occasion d’un séminaire du FN à Etiolles, Karim Ouchikh et le maire de Béziers Robert Ménard avaient livré leur analyse et affirmé leur volonté d’aller chercher de nouveaux électeurs encore plus à droite. “La marge de progression électorale du Front national se situe plus à droite qu’à gauche”, expliquait le président du SIEL.

Trois mois plus tard, lors des “Rendez-vous de Béziers” organisés dans sa ville par Robert Ménard, l’ancien président de Reporters Sans Frontières avait souhaité rassemblé les partisans d’un “rassemblement des droites”. Au final, le week-end aura surtout été marqué par la brouille avec les dirigeants du FN présents, dont Marion-Maréchal le Pen, qui n’avaient pas apprécié certaines envolées anti-FN tenues par des orateurs.

Le maire de Béziers Robert Ménard (Sylvain Thomas - AFP)
Le maire de Béziers Robert Ménard (Sylvain Thomas — AFP)

Avant une prochaine réunion le 3 décembre prochain autour de Robert Ménard et de Karim Ouchick (et dont le candidat à la primaire de la droite Jean-Frédéric Poisson s’est finalement décommandé), l’épisode de cette semaine ne semble pas déranger les dirigeants du FN. “Nous souhaitions la loyauté, nous avons eu une querelle d’ego”, a indiqué au “Monde” Louis Alliot, un de ses vice-présidents.

Nicolas Berrod