Le bruit et la lenteur: l’open-space, entrave à la productivité?

23 milliards d'euros: c'est le coût annuel des nuisances sonores estimé pour les entreprises françaises. Selon une étude de l'Ifop, le bruit dans l'espace de travail fait perdre 30 minutes de travail à un salarié: de quoi remettre en question la mode de l'open-space, qui favorise les interactions et donc le bruit en entreprise.

Le claquement des talons de votre voisine, le vibreur incessant du téléphone de votre patron, le ronronnement nerveux de l’imprimante… si la liste des nuisances sonores au bureau vous paraît infinie, alors vous faites probablement partie des 6 millions de Français qui perdent 30 minutes de travail par jour à cause du bruit. La toute première semaine de la santé auditive au travail vient de s’achever, et à cette occasion, une enquête menée par l’Ifop pour l’association Journée mondiale de l’audition (JAM) a révélé un chiffre qui va faire pâlir les entreprises. Chaque année, elles perdent 23 milliards d’euros à cause de la baisse de productivité de ses salariés.

L’open-space, une invention américaine censée optimiser le mode de travail

Selon une étude de l’observatoire Actineo menée en 2014, en France, 55% des actifs partagent leur espace de travail. C’est très peu, comparé au Royaume-Uni ou en Espagne, où ce taux représente plus de 70%. La mode de l’open-space, ces bureaux sans cloisons qui rassemblent un grand nombre de salariés dans une même grande salle, a le vent en poupe. Dans les années 1960, Herman Miller et Robert Propst inventent le “action office”, l’ancêtre du petit carré individuel (ou “cubicle” en anglais) qui compose chaque poste de la salle où tous les salariés sont réunis. L’objectif? Optimiser l’espace de travail.

Les cubicles à l'américaine, dans les années 1960.
Les cubicles à l’américaine, dans les années 1960.

Avec l’avènement du numérique dans les années 2000, les cloisons se sont peu à peu effacées pour laisser place à l’open-space aux Etats-Unis. Youssef, chef d’entreprise, a réorganisé ses bureaux individuels en trois plateaux ouverts et il en est très satisfait: “C’est pratique pour le gain de place, l’échange entre les équipes. C’est aussi plus efficace pour le management: je détecte plus facilement les absences, et je peux surveiller le travail. Mais l’inconvénient principal reste le bruit.” Pour Mehdi, banquier de 27 ans, c’est un vrai problème lié à la configuration “ouverte” des bureaux: “je ne peux pas m’empêcher de suivre les conversations autour de moi, et ça me ralentit. Du matin au soir, j’écoute de la musique sans paroles pour couvrir le bruit. Et quand j’ai vraiment besoin de toute ma concentration, je mets des boules Quiès.”

En effet, le bruit est considéré comme l’un des maux qui affecte le plus la qualité de vie au travail, selon une enquête d’Actineo menée en 2013.

Source: Actineo http://bit.ly/2eYp21I
Source: Actineo http://bit.ly/2eYp21I

Le bruit, un mal irréductible au travail?

L’open-space serait-il alors contre-productif? Lina, jeune consultante de 23 ans, a l’habitude de fonctionner dans ce genre d’environnement. Le bruit, c’est pour elle un moindre mal: “c’est vrai que le bruit réduit ma productivité, mais si j’étais seule dans un bureau, je serais encore moins productive, parce que j’aurais plus de distractions. Le fait d’être en open-space me met plus dans une situation de concentration.”

De même, pour Jeanne, 24 ans, qui a son propre bureau, et qui rêve quand même parfois de travailler seule chez elle. “Les deux personnes qui ont des bureaux collés au mien parlent très fort, c’est infernal. Aussi, le bruit des talons me rend folle. Evidemment, cela me fait perdre du temps: j’ai beau être seule, j’ai franchement du mal à faire abstraction. Comme je travaille dans l’édition, je passe le plus clair de mon temps à lire. Le bruit me fait facilement perdre le fil de ma lecture.” Avoir son propre bureau ne serait donc pas toujours la panacée.

Faut-il jeter la pierre sur l’open-space? Difficile de le dire. En tout cas, 81% des 18–35 ans indiquent être gênés par le bruit sur leur lieu de travail.