Mauvais traitements dans les abattoirs: tout reste à faire

Animaux torturés, saignés vivants, le quotidien de certains abattoirs français continue de faire scandale. Après la publication de la dernière vidéo de l'association l214 tournée à l'abattoir de Limoges, quel est l'état de la réglementation en vigueur en France concernant les mauvais traitements infligés aux animaux de boucherie ? Les moyens d'action sont actuellement peu nombreux mais les choses sont en train d'évoluer. 

Les images sont insoutenables. Dans sa dernière vidéo tournée au sein de l’abattoir de Limoges et publiée jeudi, l’association L214 révèle, entre autres, le traitement infligé aux foetus des vaches en gestation. Des veaux parfois prêts à naitre sont extraits du ventre de leurs mères et jetés dans des bennes à viscères avec les autres déchets et abats. La vidéo a été filmée en caméra cachée par Mauricio Garcia Perrera, salarié de l’abattoir et désormais lanceur d’alerte. Dans un entretien au journal Le Monde, il énonce: “on jette le veau dans une poubelle pleine de merde. Parfois il bouge, comme s’il était vivant. On fait ça tous les jours, au moins cinquante fois par semaine”.

Des animaux hors du droit

Après les abattoirs d’Alès et celui du Vigan, fermés puis partiellement rouverts, c’est un nouveau scandale qui ébranle le secteur de la viande en France. La date est symbolique puisque c’est ce jeudi que le Sénat examine en nouvelle lecture le projet de loi prévoyant la création un délit de maltraitance animale en milieu industriel. Aujourd’hui, la maltraitance animale ne s’applique qu’aux animaux domestiques. Au regard du droit, les animaux restent des “biens objets de propriété” sans véritable personnalité juridique. Une loi de février 2015 a reconnu que les animaux étaient dotés d’une sensibilité mais cela n’a concrètement rien changé. Sur le plan pénal comme civil, les dirigeants d’abattoirs ne peuvent aujourd’hui pas être inquiétés personnellement.

vache

Une réglementation parcellaire

Pour l’heure, la seule réglementation applicable aux abattoirs se trouve dans le droit européen. Un règlement en date de septembre 2009 prévoit l’obligation d’étourdir les animaux avant de les abattre, afin qu’aucun ne soit conscient au moment de la mise à mort. Bémol: La plupart des mesures préconisées par le règlement européen doivent être mises en place par les Etats membres qui tardent à le faire. Une commission d’enquête présidé par le député des Charentes-Maritimes Olivier Falorni a été diligentée en mars dernier et à rendu son rapport début octobre. La vidéosurveillance des les abattoirs y est préconisée, tout comme la formation du personnel au bonnes pratiques. Un projet de loi devrait être bientôt porté devant le Parlement, afin de remédier à cette réglementation parcellaire.

Les abattoirs français sont en grande difficultés depuis des années et ces scandales à répétition ne vont pas faire changer les choses, d’autant plus qu’une véritable omerta règne autour de ces établissements dans lesquels il est impossible de filmer. Après la fermeture de l’abattoir d’Alès suite à la vidéo publié par L214, les ventes de viande avaient baissé de 15% en à peine deux mois. L’association de lutte contre la maltraitance animale voit ses effectifs grossir depuis ces derniers mois, avec aujourd’hui plus de 14 000 adhérents, selon son président Antoine Comiti.

Au nombre de 960, les abattoirs français connaissent des fortunes bien diverses. Il y a de moins en moins d’établissements publics (ils étaient au nombre de 600 en 1980, il n’en reste plus que 97 aujourd’hui). Ces abattoirs, bien souvent municipaux ou cantonaux, sont susceptibles de subir une fermeture administrative en cas de mauvais traitements, comme ce fut le cas pour l’abattoir du Vigan l’an dernier. En attendant, la grande majorité des établissements ne risquent pas de sanction. Une certaine impunité qui devrait cependant ne pas durer.