« Non au harcèlement » : une journée pour s’en sortir ?

Pour sa deuxième édition, Najat Vallaud-Belkacem a décidé de consacrer la journée nationale de lutte contre le harcèlement au « cyberharcèlement ». Car internet facilite ce fléau, mais peut aussi offrir des solutions. Du coup, une journée, quand on est harcelé, c’est suffisant pour s’en sortir ? Nous nous sommes glissés dans la peau d'une collégienne d'une quinzaine d'année pour découvrir les dispositifs qui s'offrent à elle.

Nous sommes le premier jeudi de novembre, c’est la deuxième journée de lutte contre le harcèlement. J’ai lu qu’il avait reculé à l’école ces dernières années. Une diminution de 15% entre 2010 et 2014 selon une enquête HBSC. Mais tous les ans, il y a encore des morts, des suicides très souvent. Et en 2016, on est encore 10% de collégiens à être des victimes. En Île-de-France, c’est deux fois plus pour les filles. Comme beaucoup d’entre elles, je n’ai jamais osé parler à mes parents de mes problèmes. Et puis, ce n’est pas bien grave de se faire insulter sur facebook …

Mais aujourd’hui, j’en ai marre. J’ai besoin d’aide. J’ai cherché sur Google « Aide harcèlement collège facebook ». Les premiers résultats sont des pages Facebook. Je clique sur la première, « Non au harcèlement à l’école ».

harcelementJ’ai également vu plus bas un site de signalement du Gouvernement, mais il ne me m’attirait pas vraiment. J’ai besoin de parler à quelqu’un, pas un à un formulaire en ligne. Je reviens donc à mes liens Facebook, je clique sur le premier. Je vois que c’est une page du Ministère de l’Education nationale. Je pense à mes professeurs qui ne savent rien de mes problèmes, mais je sais ce qu’ils me diraient : « Ça va passer, c’est pas bien grave, va parler avec les personnes qui t’embêtent ». Mais sur la page, une phrase attire mon attention. « Le harcèlement, si on n’en parle pas, ça ne s’arrête pas ». Cela me fait peur. Je vois sur la page des numéros de téléphone. L’un pour faire face au harcèlement, l’autre au cyberharcèlement. Ils sont gratuits. J’appelle celui contre le harcèlement, parce que mes problèmes ne se limitent pas à internet … Et puis c’est le plus court. Le 30 20. Après quelques tonalités, une jeune voix féminine me répond.

2015_affichette_a4_489855Un peu coupable et hésitante, je lui dis que j’ai besoin d’aide. Elle me demande de lui expliquer la nature de mon problème. Je m’exécute. Elle veut ensuite savoir depuis combien de temps cela dure. Quelques semaines, au moins. Elle reprend alors ma situation depuis le début. Puis elle m’explique que le harcèlement, c’est simplement des actes blessant qui sont répétés volontairement et longtemps. Calmement, et sur un ton rassurant, elle m’exprime la nécessité de nommer les choses. Je suis victime de harcèlement moral. Je me sens honteuse. Mais en même temps rassurée de savoir que cette personne me soutient en ce moment. Elle ne veut pas me dire son prénom, elle doit rester anonyme me dit-elle.

Elle m’encourage à en parler à mes parents, ce sont les mieux placés pour m’aider. Et il faut que je me débarrasse de ce sentiment de honte, je n’ai rien à me reprocher. Mais ce n’est pas évident. Si je n’ose toujours pas, elle me conseille d’en parler à quelqu’un à l’école. Un CPE, la proviseure ou l’infirmière scolaire. Avec eux, je pourrai trouver quoi faire pour résoudre mon problème. Même si ce serait encore mieux avec mes parents. Et si jamais à l’école personne ne trouve de solution, où s’ils ne comprennent pas mon problème, il faut que je la rappelle sur ce numéro. Ça ne sert à rien d’utiliser celui pour faire face au cyberharcèlement, ils ne sont pas assez, ils ont du mal à répondre à tout le monde lâche-t-elle, apparemment frustrée. Si je la recontacte, elle me fera joindre un « référant académique ». Apparemment, c’est quelqu’un spécialisé, qui pourrait me suivre régulièrement, et surtout trouver et mettre en place la solution dont j’ai besoin. En tout cas, elle insiste sur la nécessité de ne pas avoir honte, parce que c’est à cause de ce sentiment que je risque garder le silence, et donc de ne pas trouver de solution. Nous nous quittons là-dessus. Tout dépend de moi maintenant.

Une journée, ça ne suffit donc pas pour se sortir du harcèlement. Mais ça permet de sortir du silence, est c’est le premier pas à accomplir. Sûrement le plus effrayant.