Primaire à droite : pourquoi Fillon y croit toujours ?

Distancé dans les sondages, l’ancien Premier ministre affiche toujours son intention d’être au second tour, à quelques heures du second débat entre les sept candidats à la primaire. Quelques raisons concrètes peuvent justifier qu’il garde espoir.

Déjà eliminé, François Fillon ? A en croire les sondages de la primaire de la droite, qui évaluent les intentions de vote pour chacun des sept candidats, le doute n’est pas permis ce jeudi 3 novembre : estimé dans une fourchette de 10 à 15% selon les instituts, le député de Paris reste très loin des deux favoris, Alain Juppé (aux alentours de 40%) et Nicolas Sarkozy (près de 30%), et au coude à coude avec Bruno le Maire.

François Fillon (à gauche), avec Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, à la Baule, le 5 septembre 2015 (JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP)
François Fillon (à gauche), avec Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, à la Baule, le 5 septembre 2015 (JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP)

François Fillon et ses lieutenants continuent pourtant à afficher publiquement la certitude de se qualifier, et même de l’emporter le 27 novembre prochain lors du second tour. “Le duo de tête n’existe que dans les sondages”, ne cesse de répéter Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône et porte-parole du candidat.

Des sondages pas forcément fiables

S’ils critiquent allègrement les sondages, les membres de l’équipe de François Fillon ne se privent pas de relayer les résultats de ces même enquêtes… lorsque ces dernières pointent une amélioration du score de l’ancien Premier ministre. Il en va ainsi de ce sondage Elabe pour BFMTV et l’Opinion, diffusé mercredi 2 novembre et qui attribue à François Fillon un bond de cinq points en un mois dans les intentions de vote. “Il est possible que les courbes se croisent. Sarkozy a cassé sa dynamique, il n’imprime plus, et certains électeurs peuvent penser que François Fillon est le plus capable de battre Juppé au second tour”, estime un parlementaire LR qui le soutient.

Les sondages sont cependant à prendre avec précaution. D’abord, l’échantillon, constitué uniquement de Français qui se disent “certains d’aller voter à la primaire” (soit environ 10% des personnes interrogées), est assez réduit, ce qui augmente la marge d’erreur. Ensuite, les enquêtes effectuées pendant la primaire de gauche en 2011 n’avaient pas anticipé la percée de Montebourg ni la baisse de Ségolène Royal. Les deux favoris, François Hollande et Martine Aubry, avaient cependant réalisé des scores conformes aux prévisions.

Une “majorité silencieuse” ?

Au-delà des sondages, les fillonistes estiment que beaucoup de Français s’apprêteraient à aller voter pour leur champion sans exprimer publiquement une telle intention. “Je pense profondément qu’il y a une majorité silencieuse qui va aller voter à la primaire et qui ne se sent pas, aujourd’hui, totalement concernée par le débat”, assurait le candidat sur France Inter le 26 septembre dernier. “Je constate que, partout où je vais, l’accueil est très positif”, ajoutait-il.

François Fillon dédicace son livre "Vaincre le terrorisme islamique" à Nice, le 28 octobre dernier (MAXPPP/CYRIL DODERGNY)
François Fillon dédicace son livre “Vaincre le terrorisme islamique” à Nice, le 28 octobre dernier (MAXPPP/CYRIL DODERGNY)

Par ailleurs, même s’il n’a pas obtenu récement le ralliement de “poids lourds” du parti comme Valérie Pécresse ou Hervé Mariton, qui ont tous les deux choisi Alain Juppé, François Fillon est soutenu par Sens Commun, l’émanation politique de la Manif pour Tous. Cela pourrait lui permettre de disputer à Jean-Frédéric Poisson, l’autre candidat à la primaire très proche des idées de la Manif pour tous, une part importante des voix dans l’électorat catholique de droite.

Miser sur le projet

Les partisans de l’ancien Premier ministre ont également regardé attentivement les audiences de l’Émission Politique, qui a vu défiler sur France 2 depuis la rentrée les quatre principaux candidats. François Fillon a attiré deux millions de téléspectateurs, davantage que Bruno le Maire (1,8 million) même s’il reste loin des scores de Nicolas Sarkozy ou d’Alain Juppé (2,8 millions chacun). “C’est tout de même la preuve qu’il est en train de gagner sur le terrain du projet et de la crédibilité”, estime son porte-parole Jérôme Chartier. L’ancien Premier ministre avait d’ailleurs été le premier à dévoiler dès l’été 2015 son projet, qu’il promet d’appliquer en cas de victoire à l’élection présidentielle de 2017.

Des préconisations pour “remettre le pays en marche” qu’il aura à nouveau l’occasion de défendre ce jeudi soir, à l’occasion du second débat de la primaire diffusé sur BFMTV et iTélé, à condition toutefois de se faire entendre entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Les deux favoris s’adressent depuis plusieurs jours de violentes charges, sur fond de divergences de vue sur la stratégie avec le centre, et qui monopolisent l’attention médiatique.

Nicolas Berrod