Standing Rock, le dernier combat des Sioux pour leurs terres

Le projet de construction d'un oléoduc géant dans le Dakota suscite l'opposition du peuple Sioux, qui dénonce l'emplacement du pipeline sur des terres sacrées et son impact écologique.

 

Ils sont là depuis le mois d’avril. Ils ont mobilisé les médias, attiré des sympathisants venant de tout le pays, et même de l’étranger. Leur objectif : empêcher la construction d’un immense oléoduc qui devrait traverser une réserve de la tribu des Sioux, l’une des plus importantes aux Etats-Unis en termes d’effectif. Le pipeline, financé par le groupe texan Energy Transfer Partners, devrait partir des champs de pétrole de Bakken, dans le Dakota du Nord, traverser le Dakota du Sud et l’Iowa pour atteindre un autre oléoduc vers les raffineries du golfe du Mexique.

Longtemps discriminés, les Amérindiens se sont battus pour la reconnaissance de leurs droits et de leur culture, mais aussi de leurs terres. A la fin du XIXe siècle, le gouvernement américain leur a octroyé des terres, appelées réserves. C’est par une de ces réserves, celle de Standing Rock, de la tribu Sioux, que devrait passer le Dakota Access Pipeline si le projet d’oléoduc, évalué à 3,8 milliards de dollars, est mené à son terme.

Les territoires des populations amérindiennes au fil de l’histoire

Des préoccupations environnementales

Les revendications sont multiples, et ne se cantonnent pas à la protection des intérêts des Amérindiens. Certes, l’un des enjeux concerne des sites sacrés et des lieux de recueillement. Mais c’est surtout l’impact écologique du projet qui inquiète. La proximité du fleuve Missouri et de réserves aquatiques amérindiens (Sioux, mais aussi Cheyenne) suscitent l’opposition : Winona Laduke, figure des mouvements amérindiens et écologistes souligne que l’oléoduc pourrait polluer l’eau et par conséquent les ressources, halieutiques entre autres, indispensables aux tribus qui vivent sur place. Ces motivations écologiques ont permis d’amplifier un mouvement au départ circonscrit au peuple Sioux.

Bernie Sanders s’exprime en solidarité au mouvement lors d’une manifestation contre le Dakota Access à Washington en septembre. Source : RT.com

La mobilisation grossit donc depuis avril, date de l’installation d’un campement à Cannon Ball comme siège de la protestation. L’organisation d’un camp cet été a attiré des foules de sympathisants et fait monter les tensions, après l’arrestation du président tribal Archambault en août. Des mouvements politiques et des personnalités publiques ont pris parti, comme Black Lives Matter, Bernie Sanders ou encore l’actrice Shailene Woodley (Divergente), qui a même été arrêtée au cours d’une manifestation. Dans les dernières semaines, l’action de la police a été particulièrement critiquée. L’utilisation de chiens et de balles en caoutchouc contre les manifestants ont suscité l’indignation. Un bref mouvement de solidarité en ligne s’est déclenché sur Facebook fin octobre, consistant à s’identifier à Standing Rock sur son profil pour brouiller les pistes et empêcher les autorités de repérer les activistes.

Des images des manifestations et des confrontations avec la police (à 3’20).

Barack Obama a été appelé à réagir à plusieurs reprises. Des activistes ont rassemblé plus de 100 000 signatures sur une pétition pour faire stopper le projet mais ils n’ont jamais été reçus à la Maison Blanche. Face à la montée des tensions, le chef de l’Etat a proposé le 2 novembre de faire dévier le parcours de l’oléoduc et s’est réservé plusieurs semaines avant de prendre une décision. Si le problème n’est pas résolu avant la fin de son mandat, la décision reviendra au prochain président. Ni Hillary Clinton, dont la position est encore incertaine, ni Donald Trump, qui aurait des intérêts financiers dans le projet, ne semblent pour le moment prêts à accéder aux revendications des Sioux.

Les “Native Americans”, Américains natifs comme on les appelle aux Etats-Unis, sont habitués à ne pas être au centre du débat politique. Victimes, entre autres, de l’introduction de maladies et de meurtres de masse de lors de l’arrivée des premiers colons, les populations autochtones ont considérablement diminué au XIXe siècle. Aujourd’hui, on estime à près de trois millions le nombre d’Amérindiens aux Etats-Unis. Ce chiffre monte à cinq millions si l’on prend en compte les personnes ayant une ascendance mixte.