Brexit : les tabloïds en émoi après la décision rendue par la Haute Cour

Les tabloïds britanniques n'acceptent pas la décision de la Haute Cour obligeant le Premier ministre,Theresa May à consulter le parlement pour sortir de l'UE. Ils lynchent ce vendredi 4 novembre au matin, les trois juges de la Haute Cour et la femme qui a déclenché la procédure de consultation de la juridiction suprême.

Ennemis du peuple”, “Les juges contre le peuple” : les tabloïds n’en démordent pas. Ils accusent les trois juges de la Haute Cour de trahison. Ces juges ont estimé, jeudi 3 novembre, que le gouvernement anglais ne pouvait pas enclencher les négociations sur la sortie de l’UE sans le vote du Parlement britannique. Ils n’y vont pas de main morte en utilisant le populisme comme arme de discréditation massive.

Pourquoi la Haute Cour a‑t-elle été saisie ?

Le Premier ministre, Theresa May souhaite déclencher en mars prochain l’article 50 du traité de Lisbonne pour sortir volontairement et unilatéralement de l’Union Européenne. Mais un groupe de Britanniques opposé au Brexit en a décidé autrement. La chef de file de ce mouvement, la femme d’affaires, Gina Miller a déposé un recours devant la Haute Cour pour demander à ce que le parlement soit saisi sur la question de la sortie de l’Union européenne. Ils partent du constat que le référendum ayant entériné le Brexit, le 23 juin dernier à 51,8%, n’était pas exécutif mais uniquement consultatif. La Haute Cour leur a donné raison par cette décision décriée par les tabloïds britanniques. The sun ne s’est pas privé de donner dans la xénophobie ce matin en parlant de Gina Miller comme “l’élite étrangère”.

Quel impact cette décision peut avoir?

Theresa May a décidé de faire appel. Cette décision n’est donc pas encore effective. L’appel sera jugé les 7 et 8 décembre, par les onze juges de la Cour suprême. La décision devrait être rendue dans le courant du mois de janvier.

Si l’ensemble des juges de la cour suprême prennent la même décision en janvier alors Theresa May devra faire voter le déclenchement de l’article 50 par le parlement britannique. Les députés ne devraient pas revenir sur la décision de sortie de l’UE voté par la majorité des anglais par référendum mais ils pourraient ralentir son déclenchement et demander plus de transparence à Theresa May sur les modalités d’application du Brexit. Le gouvernement a toujours refusé jusqu’à maintenant de préciser sa stratégie. Les députés ne prendront pas le risque de revenir sur une décision votée par le peuple britannique. Ce serait analysé comme une atteinte à la souveraineté du peuple. La France avait du faire face à ce même débat lors de l’adoption du traité de Lisbonne après le refus par référendum de la constitution européenne. Les tabloïds anglais n’ont pas hésité ce matin à insister sur ce clivage en ciblant violemment les trois juges responsables de la décision que ces journaux combattent.

 

Cependant, les membres de la chambre des communes opposés au Brexit devraient tout faire pour ralentir la procédure en allongeant au maximum les débats parlementaires. De plus, les conservateurs n’ont pas la majorité à la chambre des Lords non élu. Or, le Labour (gauche) et les libéraux-démocrates (centristes) veulent le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Ils pourraient donc eux aussi allonger les débats au risque d’empêcher Theresa May de déclencher dès mars l’article 50 du traité pour sortir de l’UE. Un long combat d’obstruction parlementaire s’annonce entre une partie des MP’s et le Premier ministre. Theresa May n’est donc pas au bout de ses peines.