Ivan, un bénévole au service des réfugiés

Les campements de réfugiés du nord de Paris ont été évacués ce matin, dans un calme relatif. De nombreuses associations et leurs bénévoles oeuvrent auprès des migrants. Parmi eux, Ivan.

On est inquiet pour les mineurs isolés, et pour les retardataires, ceux qui n’étaient pas là à temps”. L’opération d’évacuation de Stalingrad a commencé depuis plusieurs heures. Ivan était là, parmi les bénévoles présents pour veiller au bon déroulement des opérations. Le jeune homme fait partie des 3600 adhérents d’Utopia 56, jeune association née en janvier 2016.

Evacuation du campement de Stalingrad le 3 novembre. ©VictoireChevreul
Evacuation du campement de Stalingrad le 3 novembre. ©VictoireChevreul

Ivan, 21 ans, a abandonné son contrat d’aide-soignant pour devenir bénévole à plein temps à Utopia. Il a participé à la coordination du camp de La Linière et était présent au démantèlement de la “jungle” de Calais, même si à ses yeux, les associations n’ont pas été assez associées au processus et tout s’est passé dans l’urgence. Désormais, Ivan oeuvre à Paris. Hier, les associations ont été prévenue officieusement de l’opération de ce matin, mais elles s’y attendaient. Ivan raconte : “depuis mardi on est présents tous les matins dès six heures, dans la rue, en prévision de ce démantèlement puisqu’on ne savait pas quand il allait avoir lieu.” Pendant l’évacuation, il s’agissait surtout d’une veille, pour “faire en sorte que ça se passe bien pour les enfants, les femmes enceintes etc.

Les réfugiés attendent pour monter dans les bus. ©VictoireChevreul
Les réfugiés attendent pour monter dans les bus. ©VictoireChevreul

Ivan a participé aux débuts d’Utopia 56 en Bretagne. L’association s’est vite étendue au le nord de la France, à Calais, pour des tâches de nettoyage, et surtout au camp de La Linière à Grande-Synthe où elle était chargée de la coordination. “A Grande-Synthe on gérait vraiment tout, de la sécurité jusqu’à la distribution des repas, en passant par la laverie, le nettoyage du camp, la préparation des repas…”. Mais comme Médecins Sans Frontières, les bénévoles  d’Utopie 56 décident durant l’été de quitter le camp suite à la décision de l’Etat de ne plus accueillir les hommes et les femmes seuls. “On part du principe qu’on ne peut pas juger de toi tu restes, toi tu pars, toi t’es vulnérable, toi tu l’es pas”, explique Ivan.

Une ville éphémère

Utopia 56 cumule déjà 20 000 journées de bénévolat, en seulement 10 mois d’existence. L’association recrute très bien en raison de sa flexibilité. Et pour cause. Elle fonctionne comme un festival. Yann Manzi, l’un des responsables de l’association, est très impliqué dans la régie des Vieilles Charrues. Malgré les apparences, il y a beaucoup de ressemblances entre un camp de migrants et un festival, explique Ivan. “C’est une ville éphémère, avec des bénévoles qui sont là”. Evidemment, tout n’est pas pareil. Mais les savoirs-faire associatifs se ressemblent, “dans la transmission de savoir, rapide et efficace, la facilité d’accès au bénévolat…”.

Yann Ganzi présente le travail de l’association à Calais, en mars dernier.

Utopia 56 fonctionne pour le moment uniquement avec des bénévoles. Mais l’association grossit et s’apprête à recruter des salariés, dont Ivan espère faire partie. Elle met en place des points de collecte dans des lieux publics et s’étend peu à peu à toute la France, l’objectif étant de mettre en place un réseau national de collecte. A Paris 80 points de collecte de vêtements, de nourriture et de produits d’hygiène sont prévus, avec quatre lieux par arrondissement. Après l’évacuation de Stalingrad et Jaurès, les bénévoles savent que des personnes auront toujours besoin d’aide dans la rue. D’autant que le camp humanitaire de la porte de la Chapelle, qui devrait ouvrir d’ici le 7 novembre, n’accueillera que des hommes seuls, même si une bulle sera prévue pour rediriger les femmes et les familles.

Ivan se demande ce qu’il va arriver aux personnes “dublinées”, dont on a pris les empreintes dans un autre pays. Bernard Cazeneueve a promis que les réfugiés de Calais et de Paris resteraient en France, mais pour le jeune homme, l’essentiel aujourd’hui est “que les citoyens restent vigilants”.