A Marrakech, les acteurs de la COP face au défi de l’énergie en Afrique

La COP22 s’est ouverte lundi à Marrakech, avec parmi ses principaux enjeux le développement écologique du continent africain. Au-delà de la dimension environnementale, l’accès même à l’énergie en Afrique reste une des thématiques cruciales sur la table des négociations.

La COP21 et son accord historique sur le climat signé à Paris puis entériné par une centaine d’états : la 22e édition de la conférence des parties a pu débuter au Maroc sous les meilleurs auspices. Destinée à fixer le cadre d’application de cette décision de principe, la COP22 de Marrakech s’annonce d’ores et déjà celle du continent africain, un des principaux acteurs de la transition écologique. Avec une expansion démographique colossale, l’Afrique aura un impact majeur sur ces questions dans les prochaines décennies.

En attendant, le continent accuse un retard, notamment en terme d’accès à l’énergie, qui a été souligné à l’ouverture de cette COP22 lundi 7 novembre. Ségolène Royal a ainsi rappelé que “quelque 700 millions d’Africains sont exclus de l’accès à l’électricité”, près de 70% de la population du continent. Outre le retard de développement d’infrastructures, la ministre a aussi pointé la nécessité d’une énergie verte encore à développer.

Le paradoxe africain

Mais si l’Afrique est une des régions les plus exposées au changement climatique, son urgence immédiate reste de faire face au défi de la pauvreté. La question de l’accès à l’énergie sur le continent reste suspendue à cette équation aux variables difficilement conciliables. Les réseaux énergétiques doivent être construits ou modernisés, des grands travaux particulièrement coûteux pour les Etats qui se rabattent alors sur des solutions moins chères mais très polluantes comme les centrales à charbon.

Le continent est d’autant plus tenté par la production à base d’hydrocarbures que les récentes campagnes d’exploration menées en Afrique de l’Ouest ont permis de découvrir d’importants gisements. Le Ghana, la Mauritanie, le Niger, la Côte d’Ivoire ou encore le Bénin… Tous ces “nouveaux riches” sont bien décidés à profiter de leurs ressources. De quoi faire de la région un des possibles plus grands centres de production mondiale d’énergie. Au Sud‐Est, le Mozambique dispose même de réserves de gaz si importantes (5,6 trillions de mètres cubes, les plus importantes d’Afrique Subsaharienne) qu’il pourrait devenir le troisième producteur mondial devant les Etats‐Unis.

L’exemple parfait de ce tiraillement entre nécessité d’énergie propre et volonté d’exploiter ses ressources est le Sénégal. Le pays a annoncé en mars dernier la construction de sa première centrale solaire, baptisée Senergy 2 et considérée comme “la plus grande de l’Afrique de l’Ouest”. Cette unité de 20 mégawatts construite à Bokhol — à 400 km au nord de Dakar — permet depuis octobre de fournir jusqu’à 160 000 personnes en électricité. Dans le même temps, l’Etat dirigé par Macky Sall se targue des dernières découvertes faites le long de sa côte atlantique. Bilan : six immenses centrales à charbon commandées au nom du “Plan Sénégal émergent”. L’une d’entre elle est érigée à Bargny (20 fois plus puissante que celle de Bokhol), au sud de Dakar, au risque de polluer l’air et l’eau de cette petite ville de pêcheurs. Pour assurer l’électricité à la population, une priorité en chasse une autre.

Le président sénégalais Macky Sall devant le champ de panneaux solaires de Senergy 2. Crédit photo : Paris Match
Le président sénégalais Macky Sall devant le champ de panneaux solaires de Senergy 2.
Crédit photo : Paris Match

Une énergie toujours liée au charbon

L’ONG The Shift Project Data, spécialisée dans les statistiques sur l’énergie et le climat, chiffre l’emploi de charbon à 33% des sources d’énergie pour produire l’électricité en Afrique. Le gaz est juste derrière avec 32%. Les énergies renouvelables (énergie hydraulique ou hydroélectricité, la géothermie, et autres) représentent à peine un quart des sources d’énergies utilisées pour produire de l’électricité.

Certes, de la COP21 de Paris est née l’Initiative Africaine pour les Energies Renouvelables (AREI), coalition de 54 pays africains dont l’objectif est la mise en place d’une stratégie globale de développement énergétique sur le continent. La construction d’au moins 10 gigawatts de capacités de production nouvelles et supplémentaires d’ici 2020 et d’au moins 300 gigawatts d’ici 2030 a été engagée contre une aide de 10 milliards de dollars d’ici quatre ans de la part du G7, de l’UE et des États membres des Nations Unies. Mais les subsides ne sont pas encore arrivés…

Une vieille promesse en passe d’être tenue

Un des principaux enjeux de COP22 remonte à l’accord de Copenhague de 2009 et la promesse d’une aide aux pays émergents par les pays industrialisés d’ici à 2020. Le serment de 100 milliards par an (environ 90 milliards d’euros) n’a encore jamais été concrétisé. 

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’agence pour les énergies renouvelables (Irena) avancent qu’un investissement moyen de 70 milliards de dollars par an sera nécessaire jusqu’en… 2031 pour réellement changer la donne. En 2014, un peu plus de 20 milliards seulement avaient été mobilisés.

Malgré ces “retards de paiement”, les premiers projets bons pour l’avenir parviennent tout de même à voir le jour. Outre le projet sénégalais de Senergy 2, au Maroc, la plus grande centrale solaire au monde est entrée en fonction en février 2016. Noor (la lumière, en Arabe) produit aujourd’hui 500 gigawatts‐heures par an, soit la consommation de 600.000 Marocains.

Certains Etats africains n’ont d’ailleurs pas attendu ces versements pour amorcer leur transition énergétique vers des infrastructures plus respectueuses de l’environnement. Les disparités entre les pays restent toutefois trop importantes pour livrer des conclusions à l’échelle du continent, alors que la Zambie, le Kenya figurent parmi les bons élèves de la planète. Mieux, l’Ethiopie est le seul pays avec la Norvège à utiliser 100% d’énergies renouvelables dans la production de son électricité.

Pour poursuivre leurs efforts, les pays africains conditionnent leur conversion vers un modèle vert de production d’énergie à un appui financier conséquent de la part des pays industrialisés, coupables à leurs yeux de la situation environnementale actuelle (moins d’une tonne d’émission de gaz à effet de serre par habitant par an en Afrique, contre 5 pour la moyenne mondiale). Cette stratégie est clairement indiquée dans les contributions nationales, inscrites dans l’accord de 2015. Le Rwanda, au plan de développement sans carbone très ambitieuxattend un soutien de 24,5 milliards de dollars d’ici à 2030 de la part des bailleurs occidentaux. L’Ouganda demande également que 70% de ses besoins soient couverts.

A ce jour, 100 pays ont (déjà) ratifié l’accord de Paris, alors que 55 suffisaient à le mettre en application. Le continent africain espère y voir un bon signe, couplé aux dispositions espérées de la COP22 au Maroc. Pour ne plus vivre dans le noir, et voir l’énergie en vert.