Camp de migrants Porte de la chapelle : “ramener de la misère sur de la misère”

Le centre d'accueil humanitaire pour migrants doit ouvrir dans la semaine Porte de la chapelle. Mais pourquoi implanter un tel centre dans un quartier déjà marqué par la pauvreté ?

Au milieu de la grisaille s’élève un chapiteau gonflable blanc strié de bandes jaune vif. Au 70 boulevard Ney dans le XVIIIème arrondissement de Paris, sur l’emplacement d’une ancienne friche de la SNCF près de la porte de la Chapelle, l’installation abrite le tout nouveau centre d’accueil humanitaire de migrants. Annoncée par la maire de Paris Anne Hidalgo en mai dernier, l’ouverture était prévue mi-octobre. Elle n’interviendra finalement que jeudi, la priorité étant d’abord d’évacuer en intégralité le campement de Stalingrad. Ainsi, jusqu’à 600 hommes seuls seront accueillis pour une période de cinq à dix jours. Depuis l’annonce du projet, les élus et les habitants du XVIIIème dénoncent un manque de concertation dans le choix de l’emplacement. Emplacement qui renforcerait selon eux les tensions déjà existantes.

Premier à débouler : le conseiller Les Républicains de Paris et élu du XVIIIème arrondissement Pierre-Yves Bournazel. Le jour même de l’annonce du projet par Anne Hidalgo le 6 septembre, il regrette dans un communiqué « le manque de concertation de la maire de Paris qui n’a consulté ni les élus ni les habitants ». Il poursuit : « Dans un quartier comme celui de la porte de la Chapelle, qui connaît déjà d’importants problèmes de précarité et de tranquillité, une co-construction s’avère indispensable pour qu’une décision sur un sujet aussi sensible soit comprise et acceptée ». 

Pierre Lisca est le deuxième élu à faire entendre sa voix. Conseiller LR du 18ème arrondissement, il lance une pétition en ligne contre “l’ouverture d’un camp de migrants au nord de Paris”. Elle est signée par 1132 personnes. Dans le texte, il précise :

Les quartiers du nord de Paris, et particulièrement la Porte de La Chapelle, concentrent déjà de nombreuses difficultés : pauvreté, insécurité, délinquance, trafic de drogue, prostitution, insalubrité, salle de shoot, etc. mais comme si cela ne suffisait pas, la Maire de Paris souhaite donc y ouvrir un camp de migrants de plusieurs centaines de personnes.

Un lieu à problèmes : c’est aussi l’avis de Moncef Farid qui travaille dans un café proche du centre. Il se confiait à France Info le 6 septembre : « C’est un quartier très populaire avec déjà des soucis. (…) On a des drogués, des prostituées… Rajouter un camp de migrants à ça, c’est ramener de la misère sur de la misère. » Olivier Ansart, président d’une association de riverain, parle même d’une « liste à la Prévert » de ce territoire cumulard : « Il y a beaucoup de personnes en grande précarité, des toxicomanes, des roms, des taxis clandestins. Et l’arrivée de l’autoroute provoque des nuisances sonores et de la pollution. Quand on installe une infrastructure de cette nature, il faut prendre en compte l’environnement. » Reynald Villaumé, un habitant de l’arrondissement, s’inquiète d’un “appel d’air aux abords du centre avec d’autres migrants qui viendraient s’installer dans des campements sauvages”. Et parie sur l’arrivée de “passeurs qui peuvent s’intégrer aux taxis clandestins”.

C’est aussi le thème d’une réunion publique organisée le 29 septembre en présence de Pierre Liscia et de Jean-François Lamour, député de la 13ème circonscription de Paris. Sur le tract, on peut lire: “insécurité, saleté, toxicomanie, délinquance, prostitution… et maintenant un camp de migrants porte de la chapelle. Trop c’est trop”

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La mairie, elle, affirme que le lieu est adapté puisque c’est celui où convergent la plupart des réfugiés et des migrants, beaucoup arrivant par l’autoroute du Nord.

“C’est sûr qu’on peut être pour tant qu’on n’habite pas dans le quartier !”

Pierre Lisca dénonce un cruel manque de concertation dans le projet. Selon lui, Anne Hidalgo aurait annoncé le projet lors du Congrès des maires, sans avoir consulté les élus de la ville, alors même que les conseils d’arrondissement se tenaient 24 heures plus tôt. « La maire de Paris a privé les élus comme la population, pourtant première concernée, de s’exprimer sur le sujet », affirme-t-il à l’Opinion.

Pour Olivier Ansart, le projet « a été fait entre les services de la mairie, l’Etat, et les associations humanitaires. Mais les habitants n’ont pas été consultés. » Reynald Villaumé confirme : “on a eu une réunion publique seulement la première semaine de septembre. Elle n’était pas réservée aux riverains. C’est sûr qu’on peut être pour tant qu’on n’habite pas dans le quartier !” Thierry, le patron du bar-tabac Celtic à 300m du boulevard Ney, note auprès de Marianne un manque de considération en comparaison avec le centre d’accueil de SDF dans le XVIe : « Il y a eu une consultation quand ils ont voulu faire un centre pour SDF. Ici, on ne nous considère pas, la preuve. »

En réponse, les associations de riverains ont demandé à la Mairie la « création d’un comité d’évaluation concernant la structure située à la porte de la Chapelle. » Il rassemblerait tous les trimestres des élus, des associations travaillant sur le centre, des policiers, et des membres de conseils de quartier. Objectif affiché : mesurer l’impact du centre sur le quartier. Tout ce beau monde est ensuite censé décider le cas échéant de « mesures et d’actions correctives afin que la tranquillité et la sécurité puissent être garanties dans l’espace public ». Le 28 septembre, le Conseil de Paris a approuvé cette idée. Sans donner plus de détails sur l’organisation du comité.

Une réunion publique a été organisée mercredi 9 novembre pour les habitants du quartier de la Chapelle afin de répondre aux questions sur le centre d’accueil. Le maire du XVIIIème ainsi qu’Emmaüs Solidarité — l’opérateur — étaient présents.