Comprendre les enjeux de la COP 22 en cinq questions

La 22ème conférence sur le climat de l’ONU ou COP 22 s’est ouverte hier à Marrakech, au Maroc. Décryptage en cinq points-clé.

12 décembre 2015. Laurent Fabius, président de la COP 21, s’avance, chancelant, face aux représentants de 195 pays. Tac ! Son maillet frappe le pupitre d’un bruit sourd :  l’accord de Paris est adopté. « Un tournant historique », selon l’ex-ministre des Affaires étrangères, les yeux rougis. Reste à transformer les paroles en actes : tout l’enjeu de la COP 22, qui a débuté hier à Marrakech.

logo cop 22À quoi sert la COP 22 ?

Si la COP 21 a posé les jalons d’un accord global visant à réduire le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2‎°C, la COP 22 vise à transformer l’essai.  « Nous allons voir si nous passons des mots aux actes », résumait lundi matin le député écologiste Pascal Durand au micro de RFI. L’étape diplomatique réussie, il s’agit désormais de s’assurer que tous les pays respecteront leurs promesses dans les faits.

Que peut‐on attendre de plus que la COP 21 ?

L’accord de la COP 21, définitivement adopté le 4 novembre dernier, prévoit de façon proportionnelle pour chaque signataire la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre.

Si des efforts ont été consentis sur le papier, la conférence va définir comment vérifier si les pays appliquent concrètement leurs décisions. « L’enjeu le plus important à Marrakech, c’est de s’accorder sur une date butoir pour décider des règles d’application de l’accord », selon la négociatrice française Laurence Tubiana, pour qui la COP 22 servira à « achever les règles ». Sur les 195 états qui négocient, 189 ont fixé leur part de contribution. Mais cela ne suffit pas : si l’on additionne ces contributions, les experts estiment la baisse du réchauffement à 3‎°C d’ici 2020, supérieurs aux 2°C visés par l’accord de Paris. Par ailleurs, la ministre de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie Ségolène Royal a profité de l’inauguration de la COP 22 pour appeler les 95 derniers pays n’ayant pas encore ratifié l’accord de Paris à le faire.

Autre question épineuse : le financement. En 2009, lors du sommet de Copenhague, les pays du Nord s’engageaient à fournir 100 milliards de dollars (environ 90 milliards d’euros) aux pays du Sud d’ici 2020 pour les aider à faire face aux changements climatiques. La conférence de Marrakech servira de piqûre de rappel aux pays du Nord, plus pollueurs que les pays du Sud mais moins victimes des effets du réchauffement climatique. Une expertise de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que ce financement (public et privé) pourrait atteindre entre 77 milliards et 133 milliards de dollars.

Qui représente la France à la COP 22 ?

Devant un parterre de journalistes, la ministre de l’Écologie Ségolène Royal a inauguré fièrement le début de cette COP 22 en tant que présidente de la COP 21, aux côtés du président de la COP 22, Salaheddine Mezouar.

Mais celle qui représente la France au coeur des tractactions se nomme Laurence Tubiana. Moins connue du grand public, elle a pourtant joué un rôle primordial dans la réussite de l’accord historique de Paris. Dans les années 2000, elle fait ses armes aux côtés de Lionel Jospin, puis publie divers articles sur l’environnement dans la revue qu’elle a fondé, Courrier de la Planète. Forte de son succès et de sa réputation au niveau international, la négociatrice est candidate à la présidence Convention‐cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’instance compétente dans la lutte contre le réchauffement climatique à l’ONU. La Costaricaine Christiana Figueres, titulaire du poste, la connaît bien : « Laurence maîtrise la technique, elle doit désormais gérer la politique, c’est un défi. » L’élection se déroulera en juillet prochain.

royal cop 22

Pourquoi la COP 22 se déroule‐t‐elle au Maroc ?

Le Maroc symbolise ces pays vulnérables aux conséquences du changement climatique, notamment en Afrique et dans les pays les moins développés. Dépourvu de gisements d’hydrocarbures, le royaume couvre 95 % de ses besoins énergétiques par des importations de combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz. D’où son exemplarité sur le plan écologique : le pays a inauguré une des plus grandes centrales à énergie solaire du monde, Noor 1, en début d’année. Il dispose également du parc éolien le plus puissant d’Afrique, Tarfaya (300 MW).

Tarfaya

Quel rapport avec l’élection américaine ?

Cette nuit, les participants à la COP 22 prêteront une attention toute particulière aux résultats du duel entre Hillary Clinton et Donald Trump. Si, une fois élue, la première devrait s’accorder à respecter les efforts prévus par les COP 21 et 22, le deuxième est un farouche climato‐sceptique qui n’a pas l’intention de faire de l’écologie sa priorité. « Les chinois ont inventé le concept de réchauffement climatique », prétendait‐il dans un tweet en 2012. Les États‐Unis restent le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre (18%). L’élection de Trump pourrait bien briser la dynamique de l’accord de Paris.