Élections américaines : derrière Clinton et Trump, pourquoi les autres candidats peinent à exister ?

Hillary Clinton et Donald Trump ne sont pas les seuls à briguer le poste de président des Etats-Unis. Derrière les deux favoris, les « petits candidats » tentent d’exister dans un système politique qui leur est pourtant très hostile.

Aux Etats-Unis, démocrates et républicains règnent en maître sur la scène politique. Dans la nuit du mardi 8 et du mercredi 9 novembre, la victoire pour le poste de président se jouera à coup sûr entre Hillary Clinton et Donald Trump. La première est créditée de 46% des intentions de vote contre près de 43% pour son adversaire selon un sondage du New York Times. Autour de ces deux mastodontes, les autres prétendants ne récoltent que des miettes et peinent à se faire entendre. La faute à un système électoral au suffrage universel indirect.

Winner takes all, un système majoritaire

Contrairement à la France, les citoyens américains ne votent pas pour un président mais pour un collège de 538 “grands électeurs”, élus État par État. Ce sont eux qui conduiront, le 12 décembre prochain, l’élection du 45e président des Etats-Unis. Or, dans la plupart de ces circonscriptions, le candidat qui gagne la majorité des voix remporte la totalité des « grand électeurs » quel que soit son score à l’arrivée. Ce système du « winner takes all » est majoritaire : seul le Maine et le Nebraska induisent une dose de proportionnelle en fonction du résultat. Ainsi, pour les petits partis, il est presque impossible de remporter des « grand électeurs » car ils n’ont aucune de chance de gagner le moindre État à la majorité.

Autre problème pour les candidats, l’accès aux bulletins de vote ou « ballot access ». La loi diffère entre chaque État pour savoir qui aura des bulletins imprimés à son nom le jour du scrutin. Les candidats doivent réunir un certain nombre de signatures venant d’officiels du Congrès ou du Sénat, avant une date précise. Si les prétendants n’obtiennent pas assez de soutien, ils peuvent toutefois être inscrits en « write-in ». L’électeur américain a alors la possibilité d’inscrire sur un bulletin de vote vierge le nom du candidat à la main. Si le candidat ne parvient pas à obtenir l’inscription sur les bulletins ou le « write-in », personne ne peut voter pour lui. Il est alors exclu et ne peut se présenter dans l’État en question.

Programmes peu mobilisateurs

Discrets dans l’espace médiatique, les prétendants derrière Trump et Clinton incarnent des causes qui les distinguent mais moins fédératrices que les deux “challengers”. C’est le cas du leader du Parti libertarien, Gary Johnson, considéré comme le troisième homme de cette campagne présidentielle — les sondages lui accordent entre 3 et 5% des intentions de vote. Dans ses principaux combats, la légalisation du cannabis ou la diminution des impôts tiennent une place importante. Né dans le Dakota en 1953, Johnson avait déjà été candidat en 2012 et avait recueilli 1% des suffrages.

Invité par la chaîne MSNBC, celui qu’on surnomme « Governor veto » pour sa proportion à bloquer des lois lorsqu’il était gouverneur du Nouveau-Méxique de 1995 à 2003, n’est pas parvenu à répondre à une question sur la Syrie, se demandant ce qu’était la ville d’Alep. Quelques  semaines plus tard il était incapable de citer un chef d’État étranger.

Également présente en 2012 où elle avant 0,36% des voix, Jill Stein est la candidate du Parti Vert. Ses idées s’orientent vers une démocratie participative qui prône le pacifisme, la justice sociale et l’environnement — un sujet peu évoqué par Trump ou Clinton pendant la campagne. Agée de 66 ans, cette ancienne médecin est créditée de 2,1% d’intentions de vote selon RealClearPolitics.

https://twitter.com/DrJillStein/status/795430671225331713

Un autre candidat retient l’attention : Evan McMulin, ex-agent de la CIA surfe sur la vague du #NeverTrump. Issu d’une famille mormone, cet indépendant a annoncé sa candidature en août 2016. Proche des idées du Parti républicain, il espère réunir derrière lui les déçus de Trump, notamment dans son État de l’Utah où un sondage le plaçait en deuxième position avec 29% des intentions vote, à un point derrière Donald Trump.

Quel poids pour ces partis ?

Pour participer aux débats avant les élections, les prétendants doivent réunir 15% des intentions de vote dans les sondages.

Ainsi, difficile d’exister dans les urnes. Le dernier candidat, hors républicain et démocrate, à avoir obtenu un « grand électeur » est le libertarien John G. Hospers en 1972. Le membre du Parti réformiste, Ross Perot, est également le seul à avoir dépassé la barre des 10% lors de l’élection de 1992 (18,87%) — pour aucun « grand électeur ». Pire, lors des trois dernières élections, aucun des « petits candidats » n’a dépassé la barre des 1%.

Sans visibilité et bloqué par un verrouillage institutionnel, les petits partis peinent à exister sur le plan national. L’argent, primordial aux États-Unis pour survivre comme candidat, manque. La dernière campagne a coûté près de 3 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), un record, selon le site opensecrets.org. Ces faibles structures ne peuvent être présentes sur tout le territoire pour créer un réseau de militants dans chaque circonscription.

Enfin, ces prétendants possèdent une image négative dans l’électorat populaire. Celui-ci a l’impression que ces micro-partis « prennent » des voix aux candidats (républicains ou démocrates) dont ils sont proches. Cette accusation avait été faite en 2000 au candidat du Parti vert, Ralph Nader, accusé d’avoir volé des suffrages à Al Gore en Floride, ce qui a permis l’élection du républicain Georges W. Bush.