Élections américaines : le concours de divination penche pour Trump

A quelques heures du scrutin présidentiel aux Etats-Unis, le Web fourmille de prédictions tentant d’anticiper le résultat. Loin des sondages officiels, la plupart annoncent une victoire de Donald Trump…

Comment mettre d’accord un professeur d’histoire reconnu de l’American University et un singe vivant dans la province du Hunan, au fin fond de la Chine ? En les interrogeant sur l’issue des élections américaines.

Allan Lichtman est un éminent universitaire, qui a transformé la prédiction électorale en une science : depuis 1984, il a annoncé les résultats de chaque élection américaine en avance grâce à son modèle des « 13 clés », basé sur l’historique des précédentes consultations. Les faits d’armes de Geda, le singe chinois, sont plus modestes : en juillet dernier, il a deviné que le Portugal remporterait la finale de l’Euro de football face à la France, en mangeant la banane posée sur le drapeau lusitanien.

Mais pour ce qui est du duel entre Hillary Clinton et Donald Trump, le savant humain et l’augure simien tombent d’accord : c’est le candidat républicain qui emportera la mise. Lichtman s’en est expliqué au Washington Post.

« Mes ‘’clés’’ indiquent toujours une victoire de Trump, même si cela se ferait par la marge la plus serrée qui existe. Nous n’avons jamais vu un candidat comme Donald Trump : un candidat qui peut bouleverser l’histoire, un candidat qui peut créer un précédent, un candidat dangereux, qui peut changer les modèles historiques qui ont prévalu depuis l’élection de Lincoln en 1860. »

On note la prudence de l’universitaire, qui admet que son modèle des « 13 Keys to the White House » (« Les 13 clés pour la Maison Blanche »), infaillible depuis des années, pourrait être contredit par l’ouragan Trump. Geda, le singe-devin, ne s’est lui pas embarrassé de précautions : « après mûre réflexion », a indiqué le parc à thèmes propriétaire de l’animal, le « roi des prophètes » s’est dirigé vers le portrait de Trump… avant de l’embrasser langoureusement.

Anecdotique ? Pas tant que ça. Le choix de Trump traduit une tendance profonde : les analyses partagées sur les réseaux sociaux penchent nettement plus pour le candidat républicain que pour Clinton.

Pour s’en rendre compte, il suffit de taper « US election prediction » dans la barre de recherches de YouTube : les cartes électorales qui apparaissent sont bariolées du rouge républicain, et les vidéos affichées en première page expliquent toutes comment Donald Trump va réussir à renverser sa rivale le 8 novembre.

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A la recherche de la raison

Ces explications arithmétiques se déploient aussi sur des chaînes de télévision de grande écoute comme la conservatrice Fox News, où l’analyste politique Sean Hannity explique en ces termes comment Trump va gagner l’élection 2016 :

https://www.youtube.com/watch?v=JRs0Yd7icFk

« Trump doit absolument garder le contrôle de la Caroline du Nord. Il doit la gagner s’il veut être président. Il doit prendre la Floride, supposant qu’il va gagner en Géorgie. Iowa est un Etat qu’il faut absolument gagner. Disons qu’il puisse gagner en Virginie ou en Pennsylvanie… Le New Hampshire est la clé. Il y a un chemin vers 2017. Il est difficile, très étroit, mais possible. »

Un examen des vidéos amateur de prédictions confirme la tendance : à la manière des sites de « réinformation » de la fachosphère, les soutiens de Trump profitent du Web pour publier des pronostics qui divergent considérablement des sondages diffusés par les médias. Leurs séquences sur Youtube s’ouvrent fréquemment par des prophéties, comme Michael Dugan qui prévient que « Clinton va s’effondrer », ou Sean Hannity vilipendant les médias mainstream qui prétendraient que « l’élection est déjà jouée ». Ensuite, on a généralement le droit à la traditionnelle carte détaillant Etat par Etat les scrutins qui permettront à Donald Trump de réunir les 270 grands électeurs nécessaires à son succès.

Signe de cette omniprésence, l’intelligence artificielle indienne MogIA, qui a deviné les résultats des trois derniers scrutins, a misé sur Trump cette année. Explication plausible : le système se base sur 20 millions de points de données collectés sur Google, Facebook, Twitter et YouTube. Or, les soutiens de Trump inondent les réseaux sociaux. Il n’en fallait pas plus pour que les sites pro-Trump triomphent : « Le super ordinateur qui ne s’est jamais trompé par le passé prédit que Trump va gagner ! », titre USA Politics Today.

Médias contre réseaux sociaux

Des outils un peu moins farfelus existent. Les médias outre-Atlantique proposent leurs propres modèles de prédiction, tous concurrents, tous à peu près semblables : différents organismes de sondage sont sollicités, on prend en compte ou non les fameux swing states (Etats-pivots, au vote indécis, qui peuvent faire basculer une élection pour un camp), on inclut des données économiques ou historiques… On peut triturer les données dans tous les sens, ABC, AP, CNN, Fox ou encore NBC prédisent unanimement une victoire d’Hillary Clinton, la créditant d’environ 50 à 100 « grands électeurs » d’avance sur son adversaire.

Le projet Five Thirty Eight, adapté au Web, est mis à jour minute par minute en fonction des dernières études. Il propose à l’internaute de choisir entre trois prévisions, plus ou moins détaillées. Les trois donnent entre 63,8% et 64,2% de chances à la candidate démocrate de l’emporter.

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Pour connaître la vérité, une seule solution : attendre quelques heures.