I‑Télé : les protagonistes de la grève

Autour de la grève à I-Télé gravitent des personnages et des groupes qui jouent un rôle dans ce conflit qui oppose une rédaction à sa direction. Petit tour d'horizon des forces en présence.

De la grève débutée le 17 octobre à i‑Télé, l’on sait que Jean-Marc Morandini y est pour quelque chose et que rédaction et direction peinent à trouver un terrain d’entente. Comprendre les ressorts de situation actuelle revient à s’intéresser de plus près aux différents personnages, à leurs rôles dans ce conflit, du plus haut gradé au plus petit échelon.

La direction

Inflexible face aux revendications des salariés, elle se compose de proches de Vincent Bolloré.

Vincent Bolloré, le grand patron

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L’ombre du propriétaire du groupe Canal+ (dans lequel se trouve I‑télé) plane sur la grève. Un journaliste de la chaîne le décrit comme « très attaché à la parole donnée ». Or, il a promis une émission à l’animateur Jean-Marc Morandini. C’est son refus de le débouter qui a déclenché le mouvement. À cela se greffe la réputation d’être dirigiste et de ne goûter que peu aux médias. Propriétaire de I‑Télé depuis un peu plus d’un an, il se traîne la chaîne comme un boulet. Il pourrait se permettre de regarder la grève (dont le coût est estimé à 120.000 euros par jour) avec le regard d’un homme assis sur des milliards, un homme qui peut se permettre d’attendre. Adrien*, l’un des journalistes grévistes estime que Vincent Bolloré ne “cédera pas”.

“Morandini à I‑Télé, c’est ma décision”, Vincent Bolloré

Serge Nedjar, l’homme de main

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Arrivé le 24 mai 2016, l’homme a deux attributions : celle de directeur général et celle de directeur de la rédaction. Une double casquette qui courrouce les salariés. Pour ne rien arranger, lorsqu’il débarque au sein de la rédaction, Serge Nedjar annonce tout de go la suppression de 50 postes. Et d’ajouter : « Il n’y aura rien à discuter parce que vous ferez ce qu’on vous dit de faire ». Il est derrière la décision de supprimer les émissions avant et après le débat de la primaire de la droite alors même que les équipes de la chaîne, pourtant en grève, s’étaient engagées à les concevoir. Adepte des provocations, il a lancé à des journalistes qui le pressaient de questions quant à l’avenir de la chaîne : « Si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à partir ». De quoi refroidir encore davantage les relations.

Stéphane Roussel, le bras-droit de Vincent Bolloré

Quand vient l’heure des négociations, il y a le méchant qui mord et le gentil qui panse les plaies. Chez Vivendi (maison mère du groupe Canal +), Stéphane Roussel fait partie de la deuxième catégorie. Appelé à la rescousse pour calmer le jeu avec les grévistes le 20 octobre, ce proche de Vincent Bolloré a évoqué la possibilité offerte aux journalistes de rompre leur contrat avec la chaîne : «  Notre objectif, ce n’est pas que les gens partent. Notre objectif, c’est que ceux qui le veulent puisse partir ». Tout en rondeur, il évoque « une porte de sortie ». Grande ouverte pour les journalistes offusqués par l’arrivée de Jean-Marc Morandini.

Jean-Christophe Thiery, le président du directoire de Canal+

Il est le signataire du courrier envoyé aux journalistes et dans lequel il adresse un message à ceux qui ne peuvent composer avec la présence de Morandini. Jean-Christophe Thiery leur propose de faire valoir leur clause de conscience et de quitter la rédaction, moyennant rétribution. Le 7 novembre, les conditions de départ “à l’amiable” ont été améliorées par la direction selon une source proche du groupe Vivendi. Les salariés sont donc sommés de choisir entre une éviction déguisée en démission ou rester dans la chaîne où oeuvre Morandini. L’homme est un fidèle parmi les fidèles de Vincent Bolloré (il a rejoint le groupe Bolloré en 2001) et ce dernier l’a nommé à la tête du directoire de Canal+ en 2015.

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L’épouvantail

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Jean-Marc Morandini, le catalyseur de la grève

Il est celui par qui est le drame est arrivé. Sa présence à elle-seule fait figure d’épouvantail pour les journalistes de la chaîne, puisqu’une majorité d’entre eux a refusé de travailler avec lui. L’ancien animateur de la chaîne NRJ12 (propriété de Vincent Bolloré) est mis en examen pour corruption de mineurs aggravée. En réponse à la Société Des Journalistes (SDJ) d’i‑Télé qui lui demande de plier bagages, il publie une tribune-réponse dans Le Monde le 13 octobre où il demande à ses « confrères d’i‑Télé » de le « laisser travailler ». Pour la première de son émission Morandini Live (tous les jours de 18 à 19h sur i‑Télé), qui mêle divertissement et information, il a prétendu faire intervenir une correspondante des États-Unis qui se trouvait en réalité à Londres. Une autre fois, il a fait passer une consultante en ressources humaines pour une spécialiste en débats politiques.

La rédaction

A l’intérieur même d’i-Télé, ils ferraillent contre la direction pour obtenir le départ de Jean-Marc Morandini et des garanties d’indépendance vis-à-vis de Bolloré.

Chez I‑télé, ce sont 150 journalistes et techniciens et plus de 90%  d’entre eux qui se sont mis en grève le 17 octobre. La rédaction, échaudée par les limogeages express et les remplacements par des fidèles de Bolloré, a perçu l’arrivée de Morandini comme une ultime provocation. Les revendications des grévistes ? La signature d’une charte d’éthique censée garantir aux journalistes une totale indépendance, le refus de voir Serge Nedjar cumuler son titre de directeur général avec celui de patron de la rédaction et le retrait de l’antenne de Morandini. Ils entament la quatrième semaine de grève, sans salaire et sans grand espoir que la direction donne suite à leurs réclamations.

La Société Des Journalistes, le porte-glaive

C’est le principal organe de communication des journalistes pour parlementer avec la direction. Dès le départ, la SDJ s’est emparé du dossier et est allée négocier. Actuellement présidée par le présentateur Antoine Genton, l’association de journalistes élus a notamment demandé dans une tribune du Monde à Jean-Marc Morandini de renoncer à I‑télé. La SDJ estimait alors que s’il venait « ce serait désastreux pour l’image de la chaine ». C’est aussi la SDJ qui a écrit au CSA pour dénoncer l’intervention du patron Bolloré dans la ligne éditoriale de la chaine et le douteux mélange entre information et divertissement de l’émission de Morandini. La SDJ est soutenue en interne par les syndicats du groupe Canal+.

Les soutiens extérieurs

Ils aimeraient pouvoir en faire davantage pour soutenir la rédaction d’i-Télé mais demeurent cantonnés à un rôle de supporter.

Le CSA

Parfois moqué pour sa supposée impuissance, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a écouté les doléances de la Société des Journalistes de Itélé (SDJ) et des syndicats du groupe Canal+. Les sages de l’audiovisuel ont, le 3 novembre, adressé deux remontrances dans lesquelles ils critiquent l’attitude de la direction de la chaine. Le CSA fustige notamment le traitement de l’information dans l’émission Morandini Live et rappelle à I‑télé de veiller à ne pas semer «  la confusion entre information et divertissement ». Un carton jaune et puis c’est tout. Le CSA n’a pas les pouvoirs d’aller beaucoup plus loin que ce froncement de sourcils désapprobateur.

#Jesoutiensitélé

Derrière ce slogan #Jesoutiensitélé, ils sont des dizaines, des centaines, de plus ou moins anonymes, qui sur twitter ou dans la rue manifestent leur solidarité. Des figures du monde médiatique et politique sont venues grossir les rangs des grévistes devant les locaux de verre de la chaine : Stéphane Guillon, Roselyne Bachelot, Yann Barthès, Léa Salamé, Benoit Hamon, Nathalie Kosciusko-Morizet. Et des têtes moins connues, des confrères mais aussi des citoyens sensibles à la cause des grévistes.

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*le prénom a été modifié