Sébastien Pietrasanta, démo-cramé

Marre des électeurs, marre des coups bas, marre du système électoral: le député PS d’Asnières a annoncé sa retraite politique mercredi. Une décision sans précédent, et sans langue de bois.

Ses adieux ont semé l’incrédulité dans les rangs socialistes. Usé par les batailles électorales, marri des courbettes aux électeurs, Sébastien Pietrasanta a préféré jeter l’éponge. Dans un billet publié sur son blog le 15 novembre, intitulé « Le début du reste de ma vie », le député annonce qu’il se retire de la politique, à seulement 39 ans.

Un « début » bien précoce pour cet élu des Hauts-de-Seine. A l’image de toute sa carrière. Seize ans à peine, sa carte d’adhérent socialiste en poche, Sébastien Pietrasanta s’engage dans la FIDL, le syndicat étudiant piloté par Julien Dray. Puis dans les rangs de SOS Racisme, dont il sera plus tard le vice-président. En 1998, celui qui n’est encore qu’un simple professeur d’histoire intègre le milieu associatif de sa ville natale, Asnières. Il s’impose rapidement dans l’équipe socialiste locale. Devient le plus jeune conseiller municipal de la commune à 23 ans, et le plus jeune maire des Hauts-de-Seine, six ans plus tard, en 2008.

Dans le quartier des Grillons, Julien, responsable d’une association locale qui souhaite garder l’anonymat, se souvient d’un  « politique comme on aimerait en voir plus souvent. Un maire « investi, ouvert, qu’on pouvait solliciter et qui comprenait la réalité des associations. » Il trouve « étonnante » cette retraite anticipée, puis émet une hypothèse : « Asnières, c’est un microcosme tendu, assez populiste. Peut-être que ça l’a blasé ? »

« Coups bas »à répétition

Possible. A Asnières, fief de Manuel Aeschlimann depuis 1999, les batailles politiques sont plus féroces qu’ailleurs.  Le « système » du maire LR a été épinglé par l’Express en 2006 : « Guérilla judiciaire », « esprit de famille », « communication outrancière », « discrédit des adversaires », le « Rastignac des Hauts-de-Seine » ne recule devant rien pour conserver son fauteuil. C’est contre ce baron aguerri que le jeune Pietrasanta remporte pourtant la bataille de 2008, mettant fin à neuf ans de règne de la droite. Mais quatre ans plus tard, le vent a tourné. Après un premier scrutin annulé par le Conseil d’Etat, en raison de « pressions » favorisant le vote UMP, Manuel Aeschlimann obtient sa revanche : il est élu avec plus de 46% des voix. « C’était il y a deux ans, mais ça a nourri ma réflexion quant à mon départ » concède aujourd’hui Sébastien Pietrasanta, joint par téléphone. « J’ai été marqué »,

Marqué aussi, par ces huit années de bras de fer avec un adversaire infatigable. Il fustige « la volonté du maire actuel de vouloir judiciariser (sic) la vie politique ». Référence à cette mise en examen pour concussion, dans l’affaire dite du « Porno soft ». Son tort ? Avoir exonéré de loyer son adjoint de l’époque, pour le tournage d’une scène de film érotique dans les locaux de la mairie. Une plainte déposée par Manuel Aeschlimann en personne, qui l’avait déjà accusé d’avoir volé 14 disques durs appartenant à des élus PS, juste après l’élection de 2012. L’affaire avait été classée sans suite.

Les « coups bas » à répétition ont pesé dans la décision de Sébastien Pietrasanta. « C’est tout ce que je déteste en politique », explique-t-il, amer. Pas de quoi émouvoir son successeur, qui attribue ce renoncement à un « désaveu très fort » aux municipales, « accentué par la chronique d’une défaite annoncée. » Celle du parti socialiste, menacé d’une nouvelle Bérézina aux législatives de 2017.

« Pas envie de perdre mon âme »

« Il ne s’agit pas d’une désertion », répond l’élu sur son blog. « J’ai souvent gagné alors qu’on ne m’attendait pas ! La relève est assurée. » Pourtant, « beaucoup de collègues me disent que ce n’est pas le moment ». D’autres affirment ne rien lui reprocher :  « Je sais qu’il a mûrement réfléchi. Ce n’est pas une fuite en avant, ce serait mal le connaître », estime Marie-Christine Baillet, cheffe de file du PS asnièrois. Reste à convaincre ses électeurs. Certains ne lui ont toujours pas pardonné sa démission du conseil municipal, dans la foulée de sa défaite de 2012.

Ses électeurs, justement. Sébastien Pietrasanta n’a plus envie de les ménager. Pire : il s’en prend à eux. Sans complexe : « Je n’ai pas envie de quémander, d’être esclave, de perdre mon âme pour les satisfaire… » Et leur consacre un long paragraphe dans son post d’au-revoir :

« Les électeurs ont les élus qu’ils méritent : le peuple abhorre les élus corrompus, mais vote pour eux dans la vraie vie… Ces électeurs qui dénoncent le clientélisme se comportent comme de vrais clients de la classe politique. »

Une « leçon apprise » aux allures de suicide politique, et une accusation à peine voilée contre les méthodes de son ancien rival. Qui n’y voit bien sûr, qu’une « sortie ratée, noyée dans un ramassis de vieilles haines recuites. »

« Désillusion d’un honnête homme », « Les plus incorruptibles s’en vont d’abord », estiment les commentateurs de la page Facebook de Sébastien Pietrasanta. Les messages de soutien ont afflué après l’annonce de son départ. Trop honnête pour la fonction? Le député n’a été condamné qu’une fois, pour diffamation en 2009, après avoir accusé un employé municipal d’être un « caïd ». 

Fatigué, Sébastien Pietrasanta n’a « pas envie de donner des leçons ». Il veut « surtout passer à autre chose ». C’est selon lui, la première raison qui a motivé son choix. « Des moments en famille, ça compte aussi. Je ne veux pas passer à côté », explique-t-il. Son mandat de député s’achèvera en juin prochain. L’ancien professeur d’histoire assure ne rien avoir décidé pour la suite, et n’exclut pas de revenir à la politique un jour. « Il n’aime pas que je dise ça, mais il aura forcément envie, assure Marie-Christine Baillet, il aime trop s’engager pour les gens. »