Fidel Castro, tyran ou sauveur du peuple : ce qu’en disent les politiques français

L'ancien dirigeant cubain Fidel Castro n’est plus. Les politiques français se séparent en trois camps, les fervents admirateurs, les diplomates critiques et les détracteurs de cette figure de la révolution cubaine. Avec des surprises dans les prises de position.

Le 25 novembre 2016, la mort de l’ancien chef de la révolution cubaine est annoncée en direct. Des trémolos dans la voix, son frère Raúl Castro prononce une brève allocution et s’adresse notamment aux “amis d’Amérique et du monde”. En France, les personnalités politiques prennent aussitôt la parole pour commenter l’héritage du “Lider Maximo” et se divisent en trois clans. Ceux qui encensent le libérateur de Cuba. Ceux qui saluent le révolutionnaire mais dénoncent l’absence de liberté démocratique. Et ceux qui refusent même l’idée d’un hommage.

Les endeuillés, Jean-Luc Mélenchon et le Parti Communiste

Les tiers-mondistes du monde entier pleurent la mort de celui qui, avec le Che, fut à la tête de la révolution cubaine. Figé dans son image de révolutionnaire ardent, adversaire de “l’empire américain” Fidel Castro fait figure de légende à leurs yeux.

La France Insoumise (Jean-Luc Mélenchon) : “Tout le monde fait des erreurs”

Parmi les premiers à avoir réagi, le dirigeant du parti de La France Insoumise a aussitôt commenté la mort de Fidel Castro par un tweet ésotérique.

Jean-Luc Mélenchon fait même référence à “l’épée de Bolivar”, le “Libertador” vénézuélien qui entrepris de délivrer les pays d’Amérique du Sud du joug espagnol au début du XIXe siècle. Le député européen invite ceux qui le souhaitent à venir se rassembler le lendemain, 26 novembre, à 18h à Paris sous la statue de Simon Bolivar. Sa posture ne manque pas de susciter quelques remontrances acerbes. L’essayiste Michel Onfray s’indigne : “Jean-Luc Mélenchon a t‑il fumé la moquette ?”, et les réseaux sociaux s’enflamment.

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Un internaute répond à Jean-Luc Mélenchon

Ces critiques n’ont pas eu raison de l’admiration du fondateur de La France Insoumise. Sous la statue de Simon Bolivar où il a réuni 200 personnes le 26 novembre, Jean-Luc Mélenchon tonne : “Faire des erreurs de gouvernement, c’est à la portée de tout le monde, survivre, mener la lutte jusqu’au bout, rester digne, voilà ce qui n’est pas à la portée de tout le monde et telle est la grandeur particulière de Fidel.

Le Parti Communiste (PC) : “Avec Fidel Castro, la lutte pour l’indépendance s’est jointe à celle de la construction d’une société nouvelle et socialiste”

Le Parti Communiste joint sa voix à celle de Jean-Luc Mélenchon. L’hommage rendu par le secrétaire du PC, Pierre Laurent, est en symbiose avec celui du député européen. Si Jean-Luc Mélenchon admet des “erreurs de gouvernement”, le PC salue lui de bout en bout la politique menée pendant 47 ans par Fidel Castro. Dans un communiqué publié sur le site du parti, Pierre Laurent se souvient de “l’artisan de l’une des plus importantes révolutions initiées au XXe siècle et une personnalité majeure de notre histoire.” Il vante “son sens politique, sa grande culture” et rappelle “l’envoi de milliers de médecins cubains à travers le monde”.

Quant à l’ancien président du PC, Robert Hue, il fait part de son émotion et loue “un homme passionné, battant, volontaire”, une “figure majeure de l’histoire du XXe siècle”.

Mais aussi… le député socialiste Pascal Cherki : “Repose en paix Fidel”

Le député de Paris se définit sur Twitter comme un “socialiste qui ne renonce pas”. Réputé proche de l’extrême-gauche, Pascal Cherki adopte le même ton qu’elle pour louer Fidel Castro.

Les précautionneux, le Parti Socialiste mais aussi les écolos, Debout la France, le NPA …

Entre la rive de l’hommage sans nuance et celle de l’opprobre  sans retenue, se trouvent les équilibristes. Ils saluent la lutte du tribun populaire mais rappellent qu’il fut aussi un tyran brutal. Diplomates, ils forment un clan hétéroclite qui mêle droite et gauche.

Le Parti Socialiste : “Les zones d’ombre ont toujours pris le pas sur la légende”

Le Parti Socialiste a gardé de son ancien secrétaire François Hollande l’art de la synthèse. Sur le site du parti, un communiqué évoque une “figure du tiers-monde” qui a oeuvré avec énergie au “développement de Cuba” mais dont “les zones d’ombre ont toujours pris le pas sur la légende”. Plus bas, le texte se fend de critiques contre l’absence de démocratie sur l’île : “Mais Fidel Castro aurait été un héros mondial si son socialisme tropical avait été un modèle démocratique”.

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L’Elysée : “Des manquements aux droits de l’homme à Cuba”

François Hollande avait rencontré Fidel Castro en mai 2015. La visite du président avait arraché des grimaces à la droite française. En déplacement à Madagascar, le président a salué la mémoire de Fidel Castro. Voulant cumuler un hommage à la “grande figure du XXe siècle” et une critique des “manquements aux droits de l’homme à Cuba”, François Hollande président exécute un exercice d’équilibre.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) : “Nous avons aussi marqué nos désaccords (…) vis-à-vis de son soutien à la bureaucratie soviétique” 

Surprise : plus prudent que ses compagnons d’extrême-gauche, le NPA fait un éloge plus contenu, teinté de quelques critiques. Dans le communiqué, on honore “celui qui a renversé une dictature sanglante, celle de Batista. Celui qui s’est opposé durant plus de cinq décennies à l’impérialisme américain.” La louange s’amoindrit ensuite : “Si nous avons toujours défendu la révolution cubaine, nous avons aussi marqué nos désaccords, notamment sur la politique de l’État cubain vis-à-vis de son soutien à la bureaucratie soviétique et sur les conceptions des révolutionnaires cubains quant à la démocratie politique” Le texte finit tout de même par un “Hasta la victoria siempre !”.

Debout la France : “Le libérateur (…) mais aussi un terrible dictateur” 

Le souverainiste de droite, Nicolas Dupont-Aignan y est allé de son tweet. Le commentaire est sommaire mais nuancé par rapport à ceux de sa famille politique.

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Les Verts : “s’incliner (…) sans oublier ce que les cubains ont dû subir”

Le site d’Europe Ecologie les Verts ne contient aucune mention de la mort de Fidel Castro. De son côté, François de Rugy s’est exprimé au nom du Le Parti Ecologiste (LPE) et a assumé l’ambiguïté du personnage.

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Les pourfendeurs, de la droite à l’extrême-droite

Ils le martèlent depuis l’annonce de la mort et la floraison des premiers panégyriques du révolutionnaire : Fidel Castro était un dictateur militaire à la tête d’un régime brutal. Eux refusent tout bonnement l’hommage.

Les Républicains : “Une dictature implacable” 

Aucune trace d’un quelconque communiqué sur le site Les Républicains. Le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca parle d’une “dictature implacable”. Son collègue Dominique Dord, député de la Savoie est “stupéfait de l’hommage sans nuance”.

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Le Front National (FN) : “Pas une larme pour Fidel Castro”

Le député du Gard Gilbert Collard estime qu’avec le trépas de Fidel Castro, c’est surtout “un assassin de moins”. Le FN ne veut retenir du “Lider Maximo” que l’homme de la répression. En 1959, lors de son accession au pouvoir ce sont entre 5000 et 15.000 exécutions selon les estimations. Les figures du parti de Marine le Pen fustigent la censure et la collaboration avec l’URSS. Pour le FN, le dictateur ne fut jamais à la hauteur de la révolution qu’il avait fait miroiter à son peuple. Robert Ménard, maire de Béziers et membre du rassemblement Bleu Marine dit avoir “une pensée pour toutes les victimes du dictateur communiste”.

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