Les sujets oubliés de la campagne de Fillon

Lors des débats de la primaire de la droite et du centre, on aura entendu parler terrorisme, éducation et dépenses publiques. Moins de culture, d’écologie ou encore de numérique… Zoom sur la partie oubliée du programme de Fillon. Où le candidat se révèle parfois original, parfois creux, mais toujours économe et libéral.

Immigration, lutte contre le terrorisme, “roman national” ou encore liens franco-russes… nombreux sont les thèmes clivants qui ont rythmé la primaire de la droite et du centre. Avec un score de 66,5 % au second tour, François Fillon en est sorti vainqueur dimanche 27 novembre en surfant sur les thèmes de l’IVG, l’adoption pour les couples homosexuels et la suppression du nombre de fonctionnaires. Sans que l’on connaisse vraiment ses positions sur les sujets oubliés de la campagne : culture, écologie, Europe, institutions ou encore numérique. Pour comprendre à quoi s’attendre avec le candidat des Républicains à la présidentielle de 2017, on a passé son programme au peigne fin.

 

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Un des thèmes les plus négligés de la campagne. Pour preuve, le mot “culture” n’a pas été prononcé lors des quatre débats télévisés de la primaire de la droite et du centre.

Investir 400 millions d’euros par an pour la restauration du patrimoine

Le patrimoine est l’un des rares domaines dans lesquels Fillon veut voir l’État investir. Très frileux quant à la moindre dépense publique dans son programme, il s’offusque que “la gauche” ait laissé “les monuments se dégrader”. Budget prévu : 2 milliards d’euros sur 5 ans, soit 400 millions par an en moyenne, pour “mettre fin à la dégradation des monuments et objets d’art”, au lieu des 328M€ en 2015 et 326M€ en 2016.

Adapter l’audiovisuel public au numérique

François Fillon souhaite lancer une “mission de réflexion sur l’adaptation de l’offre du service public” à la révolution numérique : “applications, replays, téléchargements via ordinateurs, tablettes, téléphone, consoles, montres, etc”. Une idée déjà promue par Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, qui parlait de faire de son entreprise “un vrai groupe numérique” dès son entrée en fonction l’été 2015. La création de la chaîne Franceinfo et son développement sur le web et ses supports est un premier pas, même si Radio France reste à la traîne. Fillon ne prendrait pas trop de risques en poursuivant une manoeuvre entamée sous le gouvernement Hollande.

Cure d’austérité pour les intermittents du spectacle

Fustigeant “l’engrenage infernal” dans lequel “la gauche” aurait entraîné le régime des intermittents, François Fillon propose de le conserver mais d’en “exclure toute forme d’emploi permanent”. Il souhaite également réserver ce statut aux artistes et techniciens “qui collaborent à des œuvres de création originale dont la fabrication ou l’exécution est limitée dans le temps”. Un cadeau au Medef, qui réclame 80 millions d’économies à l’État sur le régime des intermittents d’ici 2018.

 

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Dans son programme, François Fillon reprend à son compte une expression du Général de Gaulle, parlant d’ “Europe des Nations”. Entre souverainiste et pro-européen, sa position ambigüe pose question. Alors qu’il souhaite limiter les compétences de la Commission (dans l’agriculture ou sur la question de la GPA, par exemple), il prône aussi une intégration européenne plus forte sur certaines questions, comme l’euro.

Renégocier Schengen

François Fillon souhaite conclure un nouveau traité de Schengen (qui désigne un espace de libre circulation des personnes entre les États signataires). Celui-ci renforcerait le contrôle des frontières extérieures en “triplant le budget de Frontex” (l’agence de gestion des frontières extérieures des pays membres de l’UE) et en créant un corps “de garde-frontières”. Les États qui n’assumeraient pas leurs obligations seraient “suspendus” de l’accord. Toujours dans l’idée de réguler les flux d’arrivées, Fillon propose de définir un “quota d’immigration maximum” aux niveaux français et européen.

Créer un gouvernement de la zone euro

Fillon souhaite créer un gouvernement restreint de la zone euro (19 pays, et non 27 dans l’Union Européenne), dont l’action serait circonscrite autour de trois thèmes majeurs : sécurité des frontières, souveraineté économique, investissement dans le recherche et l’innovation. Réuni tous les trois mois, ce gouvernement sera chargé de fixer des objectifs d’harmonisation budgétaire, fiscale et des règles d’endettement, ainsi que de conduire avec la Banque Centrale Européenne la politique monétaire de l’euro. Jusqu’à imaginer “une fois la convergence fiscale achevée, un Trésor européen avec une mise en commun des dettes.” Une idée très fédérale pour un souverainiste.

Renouer avec la Russie

François Fillon n’a jamais caché sa volonté de réchauffer les relations froides qu’entretient aujourd’hui la France avec la Russie, un “allié historique” selon lui. Pour ce faire, il commencerait par invalider les sanctions économiques à l’égard des Russes, “qui nuisent gravement à nos entreprises et particulièrement à nos agriculteurs”. Objectif : signer un nouveau partenariat commercial entre l’Union Européenne et la Russie. En revanche, pas un mot sur le couple franco-allemand, qui a rythmé le mandat de François Hollande sur les questions de la Grèce ou des migrants.

 

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Grande absente des débats de la primaire — à part dans la bouche de NKM, ex-ministre de l’Écologie -, l’écologie ne semble pas la priorité de François Fillon. En ce sens, il reste sur la même ligne que Nicolas Sarkozy, qui déclarait en 2010 au Salon de l’Agriculture : “ces questions d’environnement, {…} ça commence à bien faire”. Une seule phrase résume sa pensée sur le sujet dans son programme “Pour vous” : “Concilier protection de l’environnement et croissance économique”.

Consolider la filière nucléaire

François Fillon souhaite prolonger l’exploitation des centrales nucléaires de 40 à 60 ans. Il s’oppose à la fermeture de celle de Fessenheim, “un investissement du peuple français”. Pour Julien Bayou, porte-parole du parti Europe-Écologie-Les Verts, le candidat de droite n’a « malheureusement aucune vision écologiste de l’avenir ». François Fillon propose “un mariage entre énergie nucléaire modernisée et énergies alternatives”. Enfin, il tient à abandonner le diesel, “à terme”. Plutôt flou, comme calendrier.

Supprimer le principe de précaution de la Constitution

Le principe de précaution, inscrit dans la Constitution, empêche une mesure présentant un risque pour l’environnement d’être prise, même s’il subsiste un doute scientifique sur la question. Le gaz de schiste en est un exemple. François Fillon estime que ce principe représente un frein à l’innovation et souhaite s’en débarrasser« En écologie, on est censé avancer. Avec Fillon, on recule. Il va même à l’encontre du pape François en la matière », juge Julien Bayou, faisant référence à l’encyclique sur l’écologie du pape François en juin 2015.

 

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Avec sa volonté de renforcer l’État et ses institutions, Fillon n’est pas le candidat d’une VIème République. Bien au contraire.

Restaurer “l‘autorité de l’état”

François Fillon désire “mettre l’accent sur la sécurité, la justice et la défense”. Concrètement, cela signifie d’investir “12 milliards d’euros sur 5 ans pour la police et la justice”, comme le promettait le candidat LR dans un discours à Villeurbanne en octobre dernier. La majeure partie de ce budget serait consacrée à la “lutte contre le terrorisme” : le budget de la Défense passerait “à 1,9% du PIB en 2022, et se rapprocherait de 2% en 2024”. Un milliard d’euros serait injecté dans la Justice, 16 000 places de prison supplémentaires financées. Enfin, le reste des 12 milliards serait réservé à “l’amélioration des moyens immobiliers, d’équipement et de fonctionnement de la police”. Notamment la mesure controversée visant à armer la police municipale.

Utiliser les ordonnances pour certaines réformes

L’article 38 de la Constitution précise : « Le gouvernement peut, pour l’exécution de son programme, demander au Parlement l’autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi.». Fillon compte se servir de cet article pour faire passer de grandes réformes avant le 1er octobre 2017 à l’aide d’un gouvernement “commando”. Cette méthode expéditive compte néanmoins quelques gardes-fou : le gouvernement est tenu de soumettre ses projets d’ordonnances au Conseil d’État, et le Parlement doit les entériner après coup pour les valider définitivement. Un procédé très utilisé au début de la Vème République, puis 112 fois entre 2001 et 2006, principalement pour des directives européennes.

Faire appel au référendum… cinq fois

Cinq sujets seraient soumis au vote du peuple : l’inscription de l’équilibre budgétaire dans la Constitution, la réforme les collectivités territoriales, la fin des régimes spéciaux de retraites et la réduction du nombre de parlementaires. Cinq référendums en un quinquennat ? Ce serait du jamais vu : depuis sa création en 1958, la Vème République en compte seulement dix.

 

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Une partie des critiques contre Fillon ciblait le caractère rétrograde et classique de son programme. En l’occurence, ses propositions très limitées dans le domaine du numérique tiennent plus du minitel que du dernier processeur.

Former les patrons et les demandeurs d’emploi aux cultures numériques

François Fillon souhaite mettre en place des modules de formation pour “permettre aux petites et moyennes entreprises de s’établir sur Internet”. “Établir”, un mot fourre-tout censé désigner des “plateformes publiques” qui sensibiliseraient les PME au “commerce électronique”. Qui n’ont sans doute pas attendu François Fillon pour le faire.

Enseigner le code au collège et au lycée

François Fillon réclame la formation de professeurs “spécialisés en informatique” dès le collège. Celle-ci permettrait d’enseigner la programmation, le codage et l’algorithmique sur le temps alloué à la technologie. Les technologies de e‑learning et MOOC (cours en ligne massifs) seraient mise en avant. Au lycée, Fillon voudrait “généraliser rapidement” l’option Informatique et Sciences du Numérique. Sans préciser la filière concernée pour autant.

Développer l’open data dans le secteur public

Via l’open data (jeux de données numériques publiques), François Fillon appelle à “une transparence entre les collectivités territoriales, les services déconcentrés de l’Etat et le Ministère de l’Education nationale”. Comme pour l’audiovisuel et la culture, ces propos vagues n’engagent à rien l’ex-Premier ministre : la loi sur le numérique, adoptée en septembre, a déjà pour but de développer cette pratique dans l’administration.