Comparé à Fillon, Macron entretient le flou sur sa modernité

Interrogé sur les similitudes de son programme économique avec celui de François Fillon, Emmanuel Macron a opposé sa vision du libéralisme à celle « conservatrice » de l’ancien premier ministre. Mais en économie, le,conservatisme ne désigne rien de précis. Une façon pour l'ancien ministre de l'économie d'affirmer une nouvelle fois sa volonté d’incarner la modernité.

 

« En France, on confond volontiers libéral et conservateur ». Jeudi 24 novembre, Emmanuel Macron a été l’invité du Club de l’économie du Monde. Le candidat à la présidentielle est venu y présenter son livre Révolution, dans lequel il décrit à grands traits la politique qu’il souhaiterait mener s’il parvenait à la tête de l’Etat.

Interrogé sur le programme économique de François Fillon, tout juste désigné candidat de la droite et du centre par la primaire, l’ancien ministre de l’Economie a assuré ne pas se retrouver dans les mesures proposées par le candidat Les Républicains. Souvent présentés tous deux comme des libéraux en termes d’économie, M. Macron oppose sa vision à celle de l’ancien premier ministre : « Je ne crois pas que le programme de François Fillon soit ­libéral sur le plan économique, il est au contraire profondément conservateur ». Et l’ancien banquier de compléter : « En France, on ­confond volontiers libéral et ­conservateur, parce que nous n’avons pas de tradition libérale ».

Emmanuel Macron introduit ici une notion assez floue en économie, celle de conservatisme. Entre la pure communication et le contenu des programmes, il faut regarder les enjeux cachés derrière la formule de M. Macron.

Qu’est-ce que le libéralisme en économie ? 

En matière économique, le libéralisme est une doctrine qui défend la libre entreprise et la liberté du marché. Le principe fondamental du libéralisme est qu’il existe un ordre naturel qui tend à conduire le système économique vers l’équilibre.

Comme tout concept, le libéralisme économique n’a pas une unique définition arrêtée. Plusieurs courants de pensée se sont succédés depuis son expansion au XIXè siècle, à l’aube de la première Révolution industrielle : le laissez-faire, le libéralisme néo-classique, l’école de Chicago, celle de Vienne… Ces courants se distinguent notamment sur le plan théorique, ne prenant pas en compte les mêmes hypothèses de base pour penser l’économie. Toutefois, ils se retrouvent souvent quand il s’agit des politiques à adopter :

  • réduction de l’intervention de l’Etat ;
  • diminution des dépenses publiques ;
  • fiscalité allégée pour les entreprises ;
  • privatisation des services publics ;
  • diminution de l’impôt sur les ménages ;
  • une politique de l’offre qui permet une plan grande marge de manoeuvre pour les entreprises, notamment dans les négociations avec les partenaires sociaux.

Fillon et Macron sont deux libéraux 

Oui, clairement. Du côté de François Fillon, c’est même un vrai choc libéral, avec ces trois axes phares :

  • une baisse de 100 milliards de l’ensemble des dépenses publiques en cinq ans, ce qui représente à peu près une baisse de 8%.
  • une diminution de 500 000 postes dans la trois fonctions publiques et en ciblant aussi les contractuels.
  • une politique de l’offre clairement orientée vers les entreprises et un choc fiscal de plus de 40 milliards d’euros de réductions de charges sociales et fiscales pour la compétitivité des entreprises.

L’étiquette libérale colle aussi au dos d’Emmanuel Macron. Et son dernier ouvrage ne va pas la lui arracher. Il partage avec François Fillon, une même volonté par exemple de déconcentrer le dialogue social et de laisser les entreprises et les salariés se mettre d’accord au plus près des réalités du terrain en neutralisant l’influence des syndicats. On peut y ajouter sa volonté d’alléger le coût du travail, de favoriser l’apprentissage au lieu de vouloir un SMIC jeunes, réduire les cotisations salariales et cotisations payées par les indépendants pour augmenter le salaire net, introduire un plafond et plancher pour les dommages et intérêts aux prud’hommes…

Fillon, Juppé, Macron, à chacun son libéralisme

Avec François Fillon et Alain Juppé, il y a un libéralisme de droite et un autre de centre droit, qui ne se confond cependant pas avec une troisième offre en cours de construction : celle d’Emmanuel Macron. Le libéralisme redevient à la mode. Encore faut-il savoir le porter.

Qu’est-ce que le conservatisme en économie ? 

Hé bien, pas grand chose. En économie le conservatisme n’est pas un concept qui a été véritablement théorisé. Il y a bien la notion de conservatisme fiscal mais celle-ci n’est qu’un tenant de l’idéologie libérale. Ce conservatisme prône, lui aussi, la baisse des impôts et des dépenses publiques minimales.

Qui est le plus « conservateur » des deux ? 

Par sa déclaration, Emmanuel Macron déplace le champs du débat de l’économie vers la société. L’ancien conseiller de François Hollande intègre son programme économique dans une dynamique qui se veut progressiste. Il veut oeuvrer en faveur d’« une société du choix libérée des blocages de tous ordres, d’une organisation obsolète, et dans laquelle chacun pourrait décider de sa vie ».

Le volet social, voilà ce qui sépare finalement les deux candidats à la présidentielle. Quand François Fillon se présente comme le garant de l’ordre établi, avec ses mesures en faveur des grandes entreprises et de la famille, Emmanuel Macron se pose comme le fringuant maitre d’oeuvre d’un chantier social qu’il désire moderne.

Emmanuel Macron président de la République : ” Un choc de confiance ”

Mathieu Laine, président d’une société de conseil en stratégie, estime que le ministre de l’économie n’est pas déconnecté de la réalité sociale. Pour lui, Emmanuel Macron propose au contraire de réconcilier les Français.

La modernité d’Emmanuel Macron est-elle concrète ? 

Pour le moment, Emmanuel Macron ne rentre guère dans les détails. Il ne propose que des esquisses de son plan. Sa modernité est à l’heure actuelle, d’avantage une posture qu’une réalité politique ou économique. Régulièrement, l’enarque de 37 ans est critiqué tant à gauche qu’à droite pour cette modernité de façade, qui rompt avec ses mesures peu ambitieuses prises lorsqu’il était locataire de Bercy. A voir si une fois abouti, son programme sera à la hauteur de ses promesses.

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