“Malade”, “pédé” : quand les gays deviennent des cibles sur les réseaux sociaux

Avec l'affaire des affiches de la campagne de prévention contre le VIH, la communauté homosexuelle est de plus en plus la cible d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux. Les associations dénoncent un climat homophobe.

“Il n’y a pas de place pour les homosexuels dans ce monde”. Une insulte parmi d’autres sur les réseaux sociaux, loupe grossissante du climat autour de la communauté homosexuelle ces dernières semaines. Une polémique, en particulier, aurait fait exploser, s’il existait, le compteur de tweets homophobes. Elle commence samedi 19 novembre, date de lancement de la campagne de prévention du gouvernement contre le VIH. Sur les affiches, on voit deux hommes s’enlacer, avec les inscriptions : « Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu. Les situations varient les modes de protection aussi. »

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Les politiques s’en mêlent

Les images provoquent un tollé en ligne. Robert Ménard ne pouvait pas passer à côté. Le maire de Béziers, expert des “coups de com’”, a fait revisiter une des affiches dans les rues de sa ville. Son message affichait plus de 1000 retweets vendredi.

La présidente du Parti chrétien‐démocrate Christine Boutin, en réponse à un tweet d’un militant de la Manif Pour Tous qui venait de prendre en photo une affiche vandalisée, accompagnée du texte : “Nettoyage en cours à deux pas d’une école primaire”, a affirmé ressentir de la “honte”… en voyant les affiches de la campagne.

Le sujet monte dans les compteurs de “bruit médiatique” et fait réagir de nombreux internautes… jusqu’à la ministre de la Famille :

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Le débat prenant de l’ampleur, le gouvernement a répondu en la personne de Marisol Touraine. La ministre entend engager des poursuites au nom de l’État contre les maires qui refusent d’afficher la campagne dans leurs villes. Elle a également appelé les internautes a retweeter les images de la discorde, récoltant plus de 17.000 retweets jeudi 1er décembre.

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Procédures contre Facebook et Twitter

Les sites conservateurs de la “fachosphère” se sont empressés de mener une contre‐campagne. Le site d’extrême droite Fdesouche y a même consacré un suivi en “live”. Le blog catholique Le Salon Beige a publié les communiqués des maires souhaitant retirer les affiches, notamment à Asnières et Versailles

Actives sur les réseaux sociaux, les associations LGBT essaient d’endiguer la vague de propos haineux. « On est actuellement en procédure judiciaire avec Facebook, Twitter et Youtube pour qu’ils modèrent leurs contenus », explique Virginie Combe, porte‐parole de l’association SOS Homophobie. Elle pointe une “constante augmentation” des témoignages de victimes d’homophobie.

Le site NoHomophobes.fr recense chaque jour le nombre de tweets avec les mots “pédé”, “sodomite”, “tapette” et “gouine”. Sur Internet, c’est encore pire : l’anonymat libère le venin destrolls” en tout genre. « À chaque fois, ça part de la nébuleuse Manif Pour Tous, de leurs sites et comptes satellites », pointe Terrence Katchadourian, fondateur de l’association Stop Homophobie. « On nous traite de sympathisants gauchistes, cathophobes, sodomites… »

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Tweets promotionnels et rappels à la loi

Où se situe la responsabilité de Twitter lorsque de tels propos sont tenus ? Pour Terrence Katchadourian, répondre au cas par cas ne sert à rien. La solution ? Signaler le contenu sur la plateforme du ministère de l’Intérieur Pharos ou « traîner en justice » les auteurs, comme il l’a récemment fait pour un militant de la Manif pour Tous qui déversait son fiel. 

En 2013, à l’issue d’une rencontre Twitter et des associations LGBT, SOS Homophobie s’est vue octroyer la possibilité de diffuser des tweets “promotionnels” ou tweets mis en valeur sur les comptes des utilisateurs, qui affichent des messages contre l’homophobie et rappellent la loi. Lors de l’apparition du hashtag antisémite #UnBonJuif, Twitter a fourni à la justice française “les données susceptibles de permettre l’identification de certains auteurs” de tweets condamnables. Mais il ne l’a pas fait pour les tweets homophobes.

Certains médias ont décidé de réagir en affichant les commentaires discriminants de leurs lecteurs en ligne. C’est le cas du quotidien L’Union qui, le 23 novembre, a publié les commentaires homophobes de ses lecteurs sur Facebook sous un article évoquant la campagne de prévention du VIH.

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Un court éditorial explique la démarche : « Deux hommes qui s’embrassent, et la Toile s’embrase. Propos homophobes, sous‐entendus graveleux, insultes… c’en est assez ! La rédaction a décidé de s’engager, et d’exposer dans ces colonnes les lamentables commentaires qui ont pollué notre site. » Une méthode de dénonciation humiliante, mais qui a le mérite de mettre en lumière l’homophobie.