Candidats à la primaire de la gauche : le jeu des 7 différences

Parcours, idées, notoriété, programmes… Le point sur les différences entre les six candidats déclarés à la primaire de la gauche.

“Je ne peux me résoudre à une dispersion de la gauche, à son éclatement.” En renoncant à sa candidature à l’élection présidentielle, François Hollande semble avoir mesuré le risque de division qui menace son camp. Pour qu’un seul candidat du PS et des partis associés se présente, la primaire de la Belle alliance populaire aura lieu les 22 et 29 janvier 2017. Ce qui ne signifie pas que les divergences sont mises sous le tapis.

Six candidats se sont déjà déclarés (Arnaud Montebourg, Benoit Hamon, Gérard Filoche, Marie‐Noëlle Lienemann, Jean‐Luc Bennahmias, et François de Rugy), en attendant probablement Manuel Valls. Six candidats… et sept espaces de différences. 

Aucun professionnel de la politique… sauf Hamon

Hamon est le seul vrai bébé politique. Il milite au PS depuis ses 19 ans, débute comme assistant parlementaire, devient conseiller jeunesse de Lionel Jospin, puis conseiller de Martine Aubry au ministère de l’Emploi de 1997 à 2000. Son premier mandat ? Celui de député européen, en 2004. Pour l’instant, sa vie, c’est la politique.

À l’inverse, les autres ont une vie en dehors de la politique, et même un métier. Ou plusieurs, à l’image de Gérard Filoche. Fils de cheminot, il obtient une maîtrise de philosophie en 1968 et exerce une ribambelle de métiers – facteur, conducteur de train, enseignant de philosophie, journaliste, ouvrier du Livre – avant de devenir, en 1985, inspecteur du travail.

Arnaud Montebourg, lui, est avocat au Barreau de Paris. Il défend en 1993 l’assassin de René Bousquet Christian Didier, et fait réhabiliter en 1995 la mère du petit Gregory. Il touche à la politique sans vraiment le vouloir en obtenant du procureur de la République de Paris le déménagement du premier ministre de l’époque, Alain Juppé. Il est élu pour la première fois en 1997. Et comme pour montrer qu’il n’est pas enchaîné à la politique, il profite de son éviction du gouvernement en 2014 pour reprendre des études de commerce. À la clé : son entrée au Conseil de surveillance de l’entreprise Habitat.

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Marie‐Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris

Marie‐Noëlle Lienemann, normalienne, professeur de physique‐chimie, entre en politique en tant que conseillère générale de l’Essonne en 1979. Un journaliste, également : Jean‐Luc Bennahmias. Il exerce cette activité de 1975 en 2002, date où il devient député de Marseille.

Tous élus… sauf Filoche

Marie‐Noëlle Lienemann a un véritable tableau de chasse à son actif : député européenne à plusieurs reprises, député de l’Essonne, maire d’une ville de l’Essonne, ministre dans le gouvernement Beregovoy, secrétaire d’Etat dans le gouvernement Jospin, conseillère régionale du Nord‐pas‐de‐Calais, et — enfin — sénatrice de Paris depuis 2011.

Les autres ont une liste relativement courte en comparaison : Montebourg est député de Saône‐et‐Loire de 1997 à 2012, et conseiller général (2008–2015). Il fait un passage remarqué de deux ans au gouvernement après l’élection de François Hollande en 2012, avec un ministère inventé pour lui : celui du redressement productif, auquel s’ajoute le portefeuille de l’économie. Benoit Hamon, son collègue au gouvernement — et son collègue de démission — fut ministre délégué à l’économie, avant de succéder à Vincent Peillon à l’éducation.

Pour les autres, pas de ministère. Jean‐Luc Bennahmias a été député de Marseille, député européen et conseiller régional de Provence‐Alpes‐Côte d’Azur ; et François de Rugy a exercé un mandat de député de Loire‐Atlantique.

Gérard Floche est le seul au bataillon à n’avoir jamais eu de fonction élective. Jamais élu local, jamais parlementaire… Il siège pourtant au bureau national du PS depuis 2000.

Tous dans l’ombre d’un “ogre” médiatique

Parmi ces six candidats, un seul apparaît régulièrement dans les médias, les abreuvant de ses bons mots et de sa truculence.

En 2007, le porte‐parole Arnaud Montebourg déclame sur le plateau de Canal + : « Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon. » Depuis, les médias se délectent des coups d’éclat de l’ancien avocat. Comme la couverture du Parisien magazine en octobre 2012, marinière Armor Lux sur le dos et mixeur Moulinex dans les mains.

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Certaines déclarations vont même jusqu’à provoquer son éviction du gouvernement : « Je vais lui envoyer une bonne bouteille de la cuvée du redressement, au président ! ».

Gérard Floche, dans une moindre mesure, a aussi fait parler de lui. Pour ses larmes de colère sur un plateau de télé après l’aveu de Jérôme Cahuzac sur son compte en Suisse. Ou pour avoir qualifié sur Twitter Christophe de Margerie, ex‐PDG de Total, de « suceur de sang », le jour de sa mort en octobre 2014. Sa dernière saillie fut contre le président actuel : « Même une chèvre gagnerait contre Hollande ».

https://www.youtube.com/watch?v=-bpMUhpM4H8

Les autres candidats restent dans l’ombre. En regardant les chiffres de novembre 2016 de Politiquemedia (un site internet qui recense les interventions médiatiques pour chaque personnalité politique), on voit qu’Arnaud Montebourg a été invité six fois à la radio ou à la télévision durant le mois. Lienemann une seule fois, et Bennahmias zéro. Montebourg est également le seul candidat à la primaire de la gauche à s’être rendu aux très regardés “L’Emission politique” de France 2, et “Ambition intime” sur M6, qui a réuni 3,1 millions de téléspectateurs en octobre dernier.

Des programmes pour tous, des chiffres pour Filoche 

Arme de communication massive ou réelle conviction, la plupart essayent de mettre en avant leur programme, plus ou moins chiffré. Le revenu universel et la dépénalisation du cannabis pour Hamon, le “made in France” pour Montebourg, l’écologie pour Jean‐Luc Bennahmias et François de Rugy…

Gérard Filoche, lui, résume son programme à une suite de chiffres. « 1800–32-60–20-5 ». Traduction : le SMIC à 1 800€ par mois, la semaine de 32 heures, la retraite à 60 ans, aucun salaire supérieur à 20 fois le SMIC et pas plus de 5 % de travailleurs précaires dans l’entreprise. Son programme, c’est cinq chiffres.

Un Bennhamias girouette de la gauche…

Adhérent au PS depuis 1981, Arnaud Montebourg n’a connu qu’un seul parti. Tout comme Marie‐Noëlle Lienemann, entrée en 1971 au PS, ou Benoit Hamon, qui milite depuis ses 19 ans.

Gérard Filoche, lui, a évolué. Jeune militant communiste, trotskiste, il se fait virer du parti communiste et fonde alors les “Jeunesses communistes révolutionnaires” avec Alain Krivine. Militant de mai 68, permanent de la Ligue communiste révolutionnaire, il rejoint tout de même le PS en 1994 avec 150 camarades, « sans renoncement » à ses idées révolutionnaires. Il n’a depuis jamais quitté son parti. Quant à François de Rugy, il quitte EELV en 2015 en dénonçant sa « dérive gauchiste » et l’absence de débat interne. Il créé alors un nouveau parti : « Écologistes ! ».

Par Matthieu Riegler, CC-by, CC BY 3.0
Par Matthieu Riegler, CC‐by, CC BY 3.0

Jean‐Luc Bennahmias est le seul à avoir autant navigué entre les partis. Il débute au Parti socialiste unifié, mais manifeste également avec la Ligue communiste. Il est élu plusieurs fois sous l’étiquette des Verts, et décide de rejoindre le Modem après la présidentielle de 2007. Il voit ce parti centriste comme « le cassage des blocs et une façon de faire de la politique différemment ». En désaccord avec Bayrou, il quitte le Modem en 2014 pour créer le Front démocrate, parti de centre gauche qu’il représente à cette primaire. Jean‐Luc Bennahmias est donc le grand cumulard de cette primaire : pas moins de 5 partis différents.

… mais seul défenseur de Bruxelles

En 2005, le référendum sur le traité constitutionnel divisait déjà la gauche. Montebourg, Lienemann, Hamon, et un point commun : ils se sont tous trois opposés à la Constitution européenne. Leur programme est toujours emprunt de ce désir d’une autre Europe. Montebourg entend remettre en cause les traités européens sur la base du refus de l’austérité budgétaire et monétaire, et créer un « gouvernement économique » de la zone Euro pour « impliquer les citoyens » dans l’avenir de l’Europe. Il veut décréter la « fin de l’austérité », soit l’abandon du plafond de 3 % du déficit public autorisé au sein de l’UE. Face à Léa Salamé dans L’Emission politique, il a répété son souhait d’aller « casser la vaisselle » à Bruxelles. De la même façon, Gérard Filoche entend « faire sauter le verrou de la politique libérale de l’Union européenne ».

À l’inverse, Jean‐Luc Bennahmias consacre une partie de son programme à la défense de l’Europe : mise en place d’un budget européen d’investissement, et création d’un « noyau européen de pays de situations économiques comparables ». Ce noyau de pays serait chargé d’assurer aux européens une garantie de niveau de vie, “avec des minimas sociaux, un salaire minimum, et une fiscalité commune”.

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Hamon met le citoyen au coeur de la décision politique

Un point commun à tous ces candidats : la volonté de réformer nos institutions. Tous les six s’accordent sur l’introduction d’une dose de proportionnelle à l’assemblée nationale. Plusieurs militent pour une VIème République, à l’image d’Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, qui défendent tous deux un septennat non renouvelable et la réduction du nombre de députés et de sénateurs (dont 100 sénateurs tirés au sort parmi les citoyens).

D’autres veulent conserver la Vème République en la réformant. Marie‐Noëlle Lienemann supprimerait le 49.3 et le droit de dissolution et demanderait au Parlement de désigner le premier ministre. Jean‐Luc Bennahmias limiterait chaque mandat à une seule réélection, et imposerait une limite d’âge de 66 ans pour les mandats électifs. Quant à François de Rugy, il est le seul à proposer le vote obligatoire.

Benoît Hamon sort du lot en mettant le citoyen au coeur du système politique. Il propose la reconnaissance du vote blanc et souhaite l’introduction d’un 49.3 citoyen, qu’il appelle « droit d’initiative citoyenne ». Celui‐ci permettrait à 1 % des inscrits sur les listes électorales (environ 400 000 personnes) de peser sur les décisions. Comment ? En signant une pétition pour soumettre un texte à l’examen du Parlement, en proposant à référendum un projet de loi, ou en suspendant la promulgation d’une loi. Autre changement, Hamon souhaite mettre en place une « conférence citoyenne » qui associerait durant un an « les élus du nouveau Parlement et des citoyens tirés au sort », afin de bâtir la Constitution de la VIe République.