Lyon, la jeunesse qui se fane

Les jeunes lyonnais ne brillent décidément pas en Ligue des Champions. De quoi remettre en cause la politique sportive du club septuple champion de France.

Le défi était de taille mais la marche définitivement trop haute. Dans l’obligation de l’emporter avec deux buts d’écart face au club espagnol du FC Séville, l’Olympique Lyonnais n’a pas réussi à réaliser un exploit improbable (0–0). La France ne connaîtra pas la joie inédite de placer trois de ses clubs en huitièmes de finale de la Ligue des Champions après les qualifications de Monaco et du Paris Saint-Germain. De son côté, Lyon échoue pour la deuxième année consécutive à atteindre ce stade de la compétition. Une contre-performance qui interroge sur la politique sportive du club, du moins sur la scène européenne.

Hier, au Parc OL, Lyon n’a pas démérité face à Séville. Il a toutefois manqué le principal : la capacité à emballer un match, à aller au-delà de ses qualités. Entreprenants, volontaires et dominateurs — surtout en première période — les hommes de l’entraîneur Bruno Génésio ont été malchanceux en touchant par deux fois la barre transversale par Valbuena et Tolisso. Mais ils ont également été naïfs en ne parvenant pas à se sortir du faux-rythme imposé par les espagnols dans la dernière demi-heure du match. Un manque de maîtrise criant et suicidaire en Ligue des Champions. Un mal récurrent pour un groupe lyonnais habitué à décevoir dès que le niveau s’élève en Europe.  

Un bilan famélique

Depuis plusieurs saisons, la stratégie sportive de l’OL abandonne les gros transferts et s’oriente vers le centre de formation. Hier, ils étaient 6 Lyonnais au coup d’envoi à être passés par l’académie des Gones (Lopes, Diakhaby, Gonalons, Tolisso, Ghezzal et Lacazette). Si cette politique a permis au club rhodanien de régulièrement se placer en haut du classement en Ligue 1, en Ligue des Champions, elle est un frein aux ambitions de son président Jean-Michel Aulas.

En 2015, dans une interview accordée au Monde, alors que Lyon retrouve à peine la plus belle des compétitions européennes, JMA assure être à la tête d’un « programme ambitieux », aidé par l’inauguration du futur Parc OL (59 000), pouvant « si tous les clignotants sont au vert » permettre à son club de « passer le cap des huitièmes de finale ».

Seulement depuis maintenant deux ans, les feux restent au rouge. Le bilan est catastrophique : en deux ans l’OL affiche un total famélique de 3 victoires, 3 nuls et 6 défaites. Lors de la saison 2015–2016, Lyon avait même échoué à une piteuse quatrième place dans un groupe pourtant au pire « équilibré » selon Jean-Michel Aulas, au mieux franchement abordable, en récoltant trois malheureux points face à des équipes de seconde zone européenne comme Valence, le Zénith Saint-Pétersbourg ou La Gantoise.

Un rôle de figurant

Cette saison, c’est un peu moins ridicule, malgré un départ une nouvelle fois catastrophique. L’OL est même parvenu à accrocher l’un des favoris, la Juventus sur son terrain (1–1). Mais collectivement, la jeune garde lyonnaise semble encore trop friable pour se hisser au niveau des meilleures formations européennes.

La jeunesse peut suffire au niveau national mais la Ligue des Champions demande une part d’expérience beaucoup plus importante. Impossible de rivaliser avec les meilleurs formations européennes en alignant l’arrière droit Jordy Gaspar (19 ans) à l’aller contre Séville (2–0), qui effectuait alors son premier match professionnel. Même chose, lorsque Diakhaby  (20 ans) concède bêtement un pénalty dans les premières minutes du match contre la Juventus.  

Les (jeunes) cadres ne jouent également pas pleinement leur rôle. Anthony Lopes (26 ans) peine à se montrer convaincant dans les buts. Maxime Gonalons (27 ans), Corentin Tolisso (22 ans) ou Alexandre Lacazette (25 ans), encore transparent dans un gros match hier soir, sont de très bons joueurs… qui ne parviennent pas à passer le cap en Ligue des Champions. Ils sont pourtant tous parfaitement au courant de la situation et du cap fixés par le club. Samuel Umtiti, depuis parti au FC Barcelone, s’est confié en 2013 sur le sujet dans une interview accordée à l’AFP : « On connaît la nouvelle stratégie du club qui est de faire confiance au centre de formation. On a vraiment de bons jeunes. C’est sûr qu’il faut des joueurs plus expérimentés et ça va peut-être nous manquer à un certain moment ». Depuis, rien n’a changé. Et Lyon est toujours promis à un rôle de figurant.