Affaire Tapie-Crédit lyonnais : Lagarde récuse les accusations de négligence

Celle qui était ministre de l'économie lors de l'arbitrage Tapie, accordant 400 millions d'euros à l'homme d'affaire, explique avoir été "abusée". Overbookée, mise à l'écart... Elle refuse le qualificatif de "négligence".

La chevelure blanche, le tailleur sombre, le foulard coloré : à son procès, Christine Lagarde n’a “pas l’intention de se taire”. La Cour de justice de la République doit déterminer si elle est coupable d’une “négligence”, qui aurait permis un détournement d’argent public au profit de Bernard Tapie. La directrice du FMI a tenté de se défendre :

“Ai-je été abusée ? Avons-nous été plusieurs à être abusés ? Si oui, par qui ? Nous le saurons peut-être un jour. Moi je souhaite le savoir. Ai-je été négligente ? Non.”

Christine Lagarde refuse cependant de citer les noms des responsables de “l’abus”. Rappel de l’affaire : en 2008, une procédure d’arbitrage accorde plus de 400 millions d’euros à Bernard Tapie. La raison ? Il aurait été lésé par la revente dans les années 90 du groupe Adidas par le Crédit lyonnais. L’ancienne banque publique a revendu Adidas bien plus cher qu’elle ne l’avait acheté à son propriétaire précédent, Bernard Tapie.

L’arbitrage rendu et les 400 millions d’euros ont été annulés en 2015 pour fraude, avec obligation de rembourser. L’indépendance des juges arbitres a notamment été remise en question.

En 2008, Christine Lagarde est ministre de l’économie. Les instructeurs l’accusent d’avoir fait preuve de négligence, d’une part en abandonnant la voie judiciaire classique pour choisir l’arbitrage, d’autre part en ne faisait pas appel de cette sentence désastreuse pour les contribuables. La directrice du FMI risque jusqu’à un an de prison et 15.000 euros d’amende.

Pour se défendre, elle affirme voir “agi en conscience et en confiance avec pour seul objectif l’intérêt général”, et se décrit en ministre overbookée éternellement en voyage, débordée par les problèmes “macro-économiques” et par la crise financière.

Pour Lagarde, cela “valait la peine d’explorer” la voie de l’arbitrage. Il fallait bien mettre fin à ce contentieux interminable : neuf procédures parallèles étaient en cours depuis les années 90. Interminable, mais aussi couteux. Les honoraires d’avocats coûtaient 32 millions d’euros par an à l’Etat

Un paquebot au “code particulier”

Sauf que l’Agence des participations de l’Etat rend un avis hostile à l’arbitrage. Et la ministre décide de s’en affranchir. Pas de sa faute, se défend-elle, soulignant qu’elle reçoit “8.000 à 9.000 notes par an”, et que c’est son équipe qui fait le tri.

Des hauts fonctionnaires puissants, un paquebot au “code particulier” : Christine Lagarde explique ne pas être au courant de tout. Ni des réunions à l’Elysée sur ce sujet, ni de la nouvelle rédaction du compromis d’arbitrage (celui-là même qui ouvrait la voie à la reconnaissance d’un “préjudice moral” de Bernard Tapie).

Mercredi 7 décembre, de nouveaux témoins seront convoqués : son directeur de cabinet de l’époque Stéphane Richard, ainsi que Jean-François Rocchi et Bernard Scemama, chargés à l’époque de liquider une partie des actifs du Crédit lyonnais. Ils sont tous les trois — avec Bernard Tapie — mis en examen dans le volet non-ministériel de l’enquête toujours en cours.

Le procès s’achèvera le 20 décembre. Christine Lagarde espère sûrement un autre cadeau de Noël que la prison.