Affaire Tapie : de quoi Christine Lagarde est-elle accusée ?

La responsable du FMI, Christine Lagarde, comparaît ce lundi devant la Cour de justice de la République dans le cadre de l'affaire Tapie. Elle est accusée de "négligence" dans un arbitrage qui a permis à l'ancien président de l'Olympique de Marseille d'empocher 400 millions d'euros dans l'affaire qui l'opposait au Crédit lyonnais.

Christine Lagarde a‑t-elle, par sa “négligence”, permis un gigantesque détournement d’argent public au profit de Bernard Tapie ? C’est ce lundi que la Cour de justice de la République (CJR) doit répondre à cette question, cour devant laquelle l’ex-ministre et actuelle patronne du FMI comparaît à 14 heures.

Elle risque jusqu’à un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende dans l’affaire de l’arbitrage intervenu dans le conflit entre Bernard Tapie et l’ancienne banque publique Crédit Lyonnais sur la revente en 1994 de l’équipementier sportif Adidas.

La Cour de justique de la République lui reproche d’avoir fait preuve “d’une incurie et d’une précipitation critiquables” et d’avoir ainsi “privé l’État d’une chance d’éviter que ses fonds soient détournés”. À l’automne 2007, elle avait autorisé, avec “légèreté” selon les enquêteurs, le choix d’une procédure privée d’arbitrage dans l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais.

Un an plus tard, en juillet 2008, elle a renoncé, un peu vite selon les magistrats instructeurs, à engager un recours contre la sentence arbitrale qui attribue à l’homme d’affaires plus de 400 millions d’euros (avec les intérêts), pris sur les deniers publics. Le recours à l’arbitrage se préparait cependant avant son arrivée à Bercy. La responsable du FMI n’est d’ailleurs pas intervenue dans le choix, très controversé, des arbitres.

Bernard Tapie a quant à lui été obligé de rembourser son avantage après l’annulation de l’arbitrage en sa faveur en 2015. Au pénal, les enquêteurs soupçonnent un “simulacre” organisé au bénéfice de l’homme d’affaires, par le biais de son avocat, qui avait des liens avec l’un des arbitres.

“Pas de cadeau” selon Tapie

Dans un reportage diffusé dimanche soir sur France 2, Christine Lagarde s’est défendue : “J’ai essayé de faire tout mon travail, le mieux possible dans la limite de tout ce que je savais”. Elle s’est aussi dit “confiante et déterminée”.

“La négligence est un délit non intentionnel. Je pense qu’on est tous un peu négligent quelque part dans sa vie”, a ajouté celle qui sera le septième membre de gouvernement à comparaître devant la CJR, chargée depuis 1993 de juger les ministres pour les crimes et délits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

La Cour veut également, selon des sources proches du dossier, citer les deux prédécesseurs de Mme Lagarde à Bercy, Thierry Breton et Jean-Louis Borloo, ainsi que deux anciens piliers de l’Elysée: l’ex-secrétaire général de la présidence Claude Guéant, et l’ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy, le banquier François Pérol.

Bernard Tapie, qui se défend d’avoir floué le contribuable et conteste l’annulation de l’arbitrage, a affirmé dimanche au JDD que Christine Lagarde ne lui “a jamais fait de cadeau”. “En tant que ministre, elle a fait ce qu’elle avait à faire. Ni plus, ni moins.”