Ballon d’or : la victoire de Ronaldo, une défaite de la morale ?

Après 2008, 2013 et 2014, l’attaquant du Real Madrid Cristiano Ronaldo a ravi son quatrième Ballon d’or lundi. Peu contestable sur le plan sportif, mais entachée d’une faramineuse évasion fiscale, sa victoire interroge : le Ballon d’or doit-il tenir compte de la morale ?

C’est fait. Cristiano Ronaldo a empoché son quatrième Ballon d’or, pas dérangé pour un sou. Pourtant, une affaire de sous aurait bien pu le perturber. Le site Mediapart, associé au consortium de journalistes Football Leaks, révèle le 2 décembre que la superstar du Real Madrid a dissimulé, depuis 2008, 150 millions d’euros dans des paradis fiscaux, en Suisse et aux îles Vierges britanniques. C’est son agent, le tentaculaire Jorge Mendes, qui aurait été chargé d’organiser un système d’évasion fiscal inédit.

Élu “sportif le plus généreux du monde”

Au délit de fraude fiscale s’ajoute un décalage, plus gênant, avec l’image que Cristiano Ronaldo peine à se donner. Sur le terrain, le joueur transpire l’arrogance. Sa polyvalence, son style de jeu, ses attitudes et ses célébrations en font un symbole de l’individualisation du football. Il suffit de le voir enlever son maillot et exhiber ses pectoraux après avoir marqué un but sans enjeu pour le comprendre. Pourtant, ces dernières années, Ronaldo tentait de gommer cette image en multipliant les opérations de communication. Jusqu’à être sacré “sportif le plus généreux du monde” par l’association Do Something en 2015, qui saluait plusieurs dons et actions en faveur de victimes de catastrophes humanitaires. Des gestes forcément moins forts lorsqu’on sait que le sportif a placé des millions à l’abri des regards.

C’est pourtant écrit noir sur blanc dans les règlements de la FIFA et de France Football : le Ballon d’or doit récompenser « les distinctions pour les performances sur le terrain et pour le comportement d’ensemble, que ce soit sur le terrain ou en dehors. » Si la FIFA n’a plus la main sur le trophée, ce règlement sert de base aux journalistes qui votent chaque année. L’élection de Ronaldo se doit d’être relativisée : les votants ont fait leur choix avant les révélations de Football Leaks. Ils n’ont cependant jamais cherché à modifier leur sélection.

Un podium pas net

Depuis maintenant huit ans, Ronaldo et Messi s’échangent le Ballon d’or. Le dauphin de Cristiano a été épinglé par les Panama Papers, puis condamné l’été dernier à 21 mois de prison avec sursis et 2 millions d’euros d’amende pour une évasion fiscale de 4,1 millions d’euros organisée par son père. Neymar, sur le podium l’année dernière, n’a pas non plus été épargné par la justice. En février, le parquet brésilien a mis en examen l’attaquant du FC Barcelone pour évasion fiscale et falsification de documents sur la période entre 2006 et 2013. Il faudrait sans doute remonter loin dans le classement du Ballon d’Or pour y déceler un potentiel vainqueur au-dessus de tout soupçon. Les décideurs ont tout simplement décidé de ne pas accorder d’importance au critère moral. Peut-on les blâmer ? Une telle démarche apparaîtrait tellement en décalage avec ce que le football est devenu…

Si Albert Camus était vivant, il serait sans doute déçu par le sport-roi : à l’image du Ballon d’or, la morale qu’il chérit tant n’y a plus aucune place. Elle est vue comme un vestige désuet, d’une autre époque. Contesté pour ses attributions répétitives ou injustes, attaqué sur son aspect bling-bling ou blâmé pour son aveuglement de la morale, le plus gros défi du Ballon d’or reste encore de convaincre les fans de football qu’il a un réel intérêt.