Syrie : à Alep, des habitants racontent leur “dernier jour”

Depuis lundi soir, des habitants d’Alep dénoncent le massacre de civils en pleine offensive du régime sur la ville.

Des témoignages glaçants et remplis d’émotion. Alors que la ville d’Alep est sur le point d’être reprise totalement par le régime de Bachar al‐Assad, des messages postés depuis lundi soir sur les réseaux sociaux décrivent des habitants assiégés, terrorisés et attendant la mort.

Rami Zien, un journaliste syrien sur place, explique ainsi qu’il ne « reste plus que quelques heures avant que l’armée ne les tuent ». Zouhir Al‐Shimale, un autre journaliste freelance, évoque « des bébés qui meurent de froid dehors » et des « douzaines de familles dans les rues sans abris ».

Depuis Alep, un enseignant syrien a tourné une vidéo sur Périscope pour lancer son « dernier appel », demandant au monde de se rappeler d’eux comme « des gens libres ». Il commente ce qu’il pense être son « dernier jour » dans une ruelle de la ville détruite.

Ces témoignages sont à prendre avec prudence mais proviennent de personnes, activistes non armés ou habitants, qui tweetent régulièrement sur la situation à Alep. L’horreur et l’agonie que vit la ville d’Alep est également racontée sur le compte certifié d’une petite fille de 7 ans, Bana Al‐Abed. Avec son vocabulaire d’enfant et ses tweets écrits par sa mère, son récit est ultra‐médiatisé. Ces dernières heures, elle « pleure » devant la blessure de son père et dit vivre « ses derniers moments de vie ou de mort ».

“Un hurlement dans la nuit”

En France et dans le monde, de nombreux journalistes spécialisés, comme Laura‐Maï Gaveriaux, ont passé la nuit à relayer les messages reçus de la part de leur source à Alep, faisant état de l’horreur sur place.

Nicolas Delessalle, reporter à Télérama, qui a consacré plusieurs articles à Alep, évoque le témoignage de Yousef Seddik, « chef du Centre des médias d’Alep, réfugié en Turquie », qui lui « confirme la mort d’au moins 80 civils exécutés ».

Un journaliste américain du nom de Bilal Abdul Kareem fait part, dans une courte vidéo, de l’arrivée de l’armée syrienne. Il craint de ne pas pouvoir republier de vidéos dans les prochaines heures.

Les rebelles syriens ne tiennent plus que deux principaux quartiers, Soukkari et Al‐Machad, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’armée syrienne, contrôlée par le président Bachar al‐Assad, affirmait lundi soir que la bataille d’Alep était dans sa « phase finale ». La télévision d’État s’est alors empressée de diffuser des scènes de joies collectives d’habitants « célébrant leur joie avec la victoire contre les terroristes ».

https://twitter.com/syria_hashtag/status/808400520759177217

Ces images auraient été filmées du côté ouest de la ville et non pas à l’est, où les combats font rage. Les pro‐Assad parlent également de reddition de rebelles pendant l’attaque, et montre des soldats au service des blessés et de la population.

En perdant ses dernières positions à Alep, la rébellion essuie son pire revers depuis le début de la guerre en mars 2011. Le régime d’Al-Assad contrôle désormais les cinq principales villes de Syrie avec celles de Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Selon l’ONU, au moins 82 personnes ont été tuées par les forces syriennes à Alep‐Est.