Pour son grand oral, Cazeneuve cible Fillon

Le nouveau Premier ministre a profité de son discours de politique générale devant les députés mardi 13 décembre pour attaquer le programme du candidat de la droite et défendre la réussite de la majorité à « protéger les Français ».

15h50 : Bernard Cazeneuve, en costume noir et cravate violette, se rassoit sur les bancs du Palais Bourbon, assoiffé. Le nouveau Premier ministre vient de prononcer un discours de politique générale de 45 minutes devant les députés. En ce mardi 13 décembre, il demande un vote de confiance pour son gouvernement, à deux mois et demi de la fin de la cession parlementaire, et à plus de quatre mois de l’élection présidentielle. À peine cinq mois d’exercice pour Bernard Cazeneuve, qui restera dans l’histoire comme le chef de gouvernement le plus court de la Vème République. Même s’il sait que sa « mission sera brève », il veut « utiliser chaque instant pour préparer l’avenir ». Citant Pierre Mendès France, il dit croire « en la renaissance nationale vigoureuse et rapide ».

 

Aussi proche d’une telle échéance, l’exercice avait des allures de campagne. Une bonne partie du discours de Cazeneuve ressemblait à une adresse directe à François Fillon. Sur les fonctionnaires, sur la santé : le Premier ministre s’est efforcé de montrer la prééminence de la gauche dans la « protection des Français ». « On peut réformer sans abîmer. On peut moderniser sans détruire. » François Fillon peut se sentir visé. Son programme de réforme de la Sécurité sociale faisait dresser sur leur tête les cheveux de ses opposants comme de son propre camp. En premier lieu, son idée de prise en charge par la Sécu des seuls « gros risques ». L’agitation était telle que Fillon a dû écrire lundi une chronique dans Le Figaro pour rassurer. Promis, il n’entend pas “privatiser l’assurance maladie”. Promis, elle “continuera à couvrir les soins comme aujourd’hui”.

Déjà des annonces

Cazeneuve profite de la polémique : « Quand certains, dans cet hémicycle, se situent dans une perspective de déremboursement des dépenses de santé, mon gouvernement, lui, agira inlassablement pour renforcer le droit de nos concitoyens à se faire soigner ». Il rappelle « les valeurs » et « le bilan » de la majorité : le déficit du régime général de la Sécu ramené à 400 millions en 2017 (premier désendettement de l’organisme depuis 2002), création de 31 000 postes de personnel soignant depuis 2012, et une amélioration des conditions de travail à l’hôpital. Le nouveau Premier ministre se permet même d’annoncer quelques mesures pour début 2017. Elles seront destinées à « assurer l’accès des patients aux soins dans les territoires », à « lutter contre les déserts médicaux », et à « inciter les professionnels de santé à y exercer ».

Deuxième emportement au perchoir : la critique des 500 000 suppressions de postes de fonctionnaires. « Proposer de supprimer des centaines de milliers de postes de fonctionnaires en quelques mois, c’est remettre tout simplement en cause la capacité de l’Etat à assumer ses missions les plus élémentaires », c’est être condamné à « assurer la sécurité avec moins de policiers et de gendarmes ». Alors même que les agents de l’État sont essentiels dans cette époque bouleversée par le terrorisme islamique. L’occasion de défendre le bilan du gouvernement : 9 000 postes de gendarmes et de policiers créés, 6 235 dans la magistrature… Et ce n’est pas tout. Comment soigner « avec moins de personnel hospitalier » ? Comment éduquer nos enfants « avec moins d’enseignants » ? se demande Cazeneuve. Applaudissements dans l’hémicycle. L’ancien étudiant de Sciences Po Bordeaux a réussi son « grand O ».