Sécurité sociale : quand Fillon joue au funambule

Le programme radical de François Fillon était un atout pendant la primaire. Il pourrait devenir un handicap pour la présidentielle, et condamne le candidat à une stratégie risquée.

François Fillon s’est condamné à exceller dans le numéro habituel des politiques : celui de l’équilibriste. L’ex-Premier ministre, par ses atermoiements sur la sécurité sociale, va désormais devoir osciller sur la voie du compromis… sans tomber dans la compromission.

Tout part d’un succès : celui de la primaire de la droite, pendant laquelle François Fillon a mené une campagne dure, radicale, très libérale. Se grimant en Thatcher à la française, Fillon propose des remèdes de cheval pour redresser l’économie du pays. Parmi eux, des dispositions controversées concernant la sécurité sociale : le Sarthois propose de réserver à l’Assurance-maladie la charge des affections lourdes, laissant aux mutuelles et aux complémentaires santé le remboursement des affections courantes. Ni plus ni moins qu’une “privatisation” de la Sécurité sociale pour la gauche… Le projet a même inquiété une bonne partie du camp de François Fillon, plusieurs députés Les Républicains (LR) exprimant leurs inquiétudes lors d’une réunion le mardi 6 décembre. Même Jérôme Chartier, porte‐parole de François Fillon, est apparu singulièrement mal à l’aise au micro de France Inter lundi, en assurant que les remboursements allaient “dépendre du rhume”

Volte‐face tactique 

Une mise au point était nécessaire, mais en fait de clarification, on a plutôt eu droit à un rétropédalage le soir du lundi 12 décembre. Dans une tribune au Figaro, François Fillon réaffirme “l’universalité” de la Sécurité sociale, promet qu’il n’est “pas question de toucher à l’Assurance-maladie”, et indique même que “les réformes se feront dans la concertation avec tous les acteurs”. On peine à reconnaître le briseur de syndicats de la primaire… Même s’il le nie, Fillon tourne le dos à des mesures initialement inscrites dans son programme… et supprimées depuis de son site de campagne !

Une telle volte‐face peut sembler surprenante. Elle est en réalité rationnelle, motivée par des considérations tactiques. Lors de la primaire, François Fillon s’adressait à un électorat de droite réduit : le succès incontestable de l’élection a fait oublier que les 4,38 millions de votants représentaient une part réduite, et largement partisane, de l’électorat. La force de Fillon était son programme, qui répondait parfaitement aux attentes de ces votants : ultra‐libéral sur l’économie, ultra‐conservateur sur les sujets de société. Mais les électeurs de la primaire ne sont pas la droite, et la droite n’est pas la France.

C’est dans une autre course que François Fillon est désormais lancé : la radicalité de son programme peut devenir une faiblesse, car le projet du député de Paris est susceptible d’effrayer une large partie de la population qui votera à l’élection présidentielle en avril. On comprend d’autant mieux l’adoucissement du docteur Fillon…

Sauf que le candidat joue un jeu dangereux : il a construit toute sa campagne sur son inflexibilité, sa détermination à ne pas reculer devant les vents contraires à l’ultra-libéralisme. Reculer à la première contrariété, c’est s’exposer à un procès en faiblesse, voire en trahison. S’obstiner avec des mesures radicales, c’est risquer de se couper d’une importante partie de l’électorat. À François Fillon de continuer à marcher sur un fil… Pendant plusieurs mois.