Doherty, le talent aspiré par les polémiques

Dans Quotidien, Pete Doherty est suspecté d'avoir sniffé en direct de la cocaïne. Une nouvelle fois, son talent passe au second plan. Mais il n'y est pas pour rien.

Il se lève, retire ses oreillettes, monte sur la petite scène du plateau de Quotidien. De sa démarche toujours un peu titubante, il s’empare de sa guitare, se retourne, dos au public. Puis Pete Doherty sort quelque chose de la poche avant de sa veste, le renifle et le range au même endroit. Pour les internautes en grande majorité, l’enfant terrible du rock anglais vient de se faire un rail de coke en direct et en access prime time. Pour d’autres, il vient juste de se moucher. Qu’importe. C’est possiblement une frasque de plus dans la carrière foisonnante mais tortueuse de l’un des compositeurs les plus influents de ces dernières années. Mais depuis trop longtemps déjà, ce ne sont plus ses chansons qui font parler. Seulement sa vie privée, qui prend le pas sur son talent.

Les icônes rock sont rares. Parfois éphémères. Pete Doherty a été l’idole inconditionnelle de toute une génération d’adolescents au début des années 2000. Tête pensante des Libertines avec son acolyte Carl Bârat, il règne en maître durant deux albums. Surtout avec Up The Bracket, un sublime enchaînement d’hymnes punk enflammés. Il s’en va ensuite créer une autre formation, les Babyshambles en 2004, où il est un leader incontesté. La qualité des opus est fluctuante : parfois géniale (Down In Albion), souvent moyenne voire à de rares moments catastrophique (Shotter’s Nation).

En solo, c’est encore pire. Grace/Wastelands, sorti en 2009, n’est qu’une succession de titres fades, plombés par une production catastrophique. Le songwritter fabuleux devient un banal compositeur. Son dernier single publié il y a juste un mois, I Don’t Love Anyone (but You’re Not Just Anyone), première comptine peu originale de son nouveau disque solo Hamburg Demonstrations, en est d’ailleurs le meilleur exemple.

Porté aux nues à ses débuts, Pete Doherty a souffert de ce culte de la personnalité. Il l’évoque à Télérama cette année au moment d’introduire son nouveau groupe The Puta Madres :

« Je n’ai pas envie d’être un artiste solo. J’aimerais que les gens puissent croire encore à la magie d’un groupe plutôt que de s’accrocher à un individu. Ce culte de la personnalité n’est bon pour personne, surtout pas pour moi. Parce que les gens pardonnent tout, trouvent tout ce que l’on a fait génial, alors que ma production a été inégale. »

Entre ses « inégales » escapades solo, sans souffle et sans aspérité créatrice, Doherty revient à ses premiers amours en reformant les Libertines en 2010. Tournée dite triomphale, elle symbolise plutôt le paradoxe du chanteur. Au Zénith de Paris en 2014, le dandy britannique est capable de jouer plusieurs chansons sans accorder sa guitare, préférant chamailler Carl Barât entre deux titres. Mais, sa virtuosité ressurgit quand, seul sur scène, il interprète le fameux Fuck Forever. Extatique, la foule se libère et rugit comme quinze ans plus tôt, l’espace d’un court instant.

“Vivre trois cent soixante‐cinq jours de plus”

Mais ce moment de grâce n’est qu’une accalmie dans la multitude d’affaires qui entourent Doherty. Plusieurs fois arrêté pour possessions de drogues en Angleterre, l’image de bad boy ingérable prend le pas sur celle de génie du rock. Pire, la première vampirise la seconde. Et l’Anglais ne parvient plus, par ses chansons, à faire oublier ses frasques. Qu’il renifle ou non de la cocaïne en direct ne change, en réalité, pas grand chose tant le mal est fait dans l’espace public comme chez les spécialistes.

Pour la suite de sa carrière, Pete Doherty voit à court terme. « Qu’est-ce que je peux espérer pour 2017 ? Vivre trois cent soixante‐cinq jours de plus », confesse‐t‐il à Télérama. Ce sera peut‐être suffisant pour marquer à nouveau l’Histoire du rock.