Hamon, l’aile gauche différemment

En meeting mercredi soir à Paris, Benoît Hamon est confronté à la multiplication des candidatures de l'aile gauche du PS. Il doit chercher à s'en démarquer... Sans insulter l'avenir.

Le très à gauche Benoît Hamon expérimente un souci de bourgeois : comment faire remarquer son joli pavillon, quand toutes les maisons du lotissement sont les mêmes ?

C’est le défi auquel est confronté le député des Yvelines : se différencier de candidats positionnés sur une ligne politique proche de la sienne. À la gauche du Parti socialiste (PS), c’est l’embouteillage en vue de la primaire. Gérard Filoche et surtout Arnaud Montebourg occupent le créneau avec un credo : le quinquennat Hollande est un échec, le gouvernement de Manuel Valls a trahi les valeurs de la gauche et il faut réorienter la politique économique dans un but de justice sociale. Bref, le décor est assez uniforme.

Pour attirer les regards vers sa bâtisse, il est nécessaire de s’adapter. Hamon ne construit pas de piscine dans son jardin, mais il marque sa différence avec Arnaud Montebourg, son rival le plus sérieux. “Je suis moins productiviste, moins souverainiste, plus européen, attaché à un modèle de développement plus tempérant”, scande l’ancien ministre de l’Éducation dans une interview au Parisien.

Et à y regarder de plus près, les différences sont réelles entre les deux têtes d’affiche de l’aile gauche : alors que Montebourg annonce vouloir “casser de la vaisselle” à Bruxelles, Hamon a refusé sur France 2 le “rapport de force” avec les partenaires européens ; Montebourg s’oppose à la dépénalisation du cannabis, Hamon en a fait un axe majeur de son programme. Enfin, l’ancien ministre du redressement productif prône une relance économique basée sur l’investissement et l’industrie, tandis qu’Hamon préconise de sortir du productivisme. En bref, abandonner l’idée de croissance à tout prix et prioriser la réduction du temps de travail.

Les ennemis de mon ennemi… 

Signe de cette volonté de démarcation, Benoît Hamon s’est approprié ces rares différences entre tenants de l’aile gauche, et il en fait la base de son discours. Dans L’Émission politique, sur France 2, il a martelé ses propositions originales : revenu universel dès 18 ans, passage aux 32 heures de travail… Surtout, Hamon entend articuler travail et environnement pour les mettre au coeur de son projet. “Je ne conçois plus d’être socialiste sans être écologiste”, martèle Hamon, qui fait de la protection de la planète le moteur de ses propositions sociales.

Voilà donc la façade repeinte : Hamon s’est trouvé une identité, et a convaincu lors de son passage sur France 2 le 8 décembre dernier. Mais il doit aussi penser à la suite de l’histoire : après le premier tour de la primaire, il ne restera qu’un tenant de l’aile gauche, qui sera vraisemblablement opposé à Manuel Valls. L’heure du rassemblement aura alors sonné… Benoît Hamon l’a compris, lui qui insiste sur ses “valeurs communes” avec Montebourg et “assume ses passerelles avec Jean-Luc Mélenchon.

L’objectif est clair, régler le débat à gauche et liquider “l’option sociale-libérale” représentée par Manuel Valls. Car les rivaux de Benoît Hamon au premier tour se transformeront en alliés au second. Même si on a la plus belle maison de la rue, il faut toujours bien s’entendre avec ses voisins…