“Rogue one” : les spin-offs, une mine inépuisable

Rogue One, le spin-off dérivé de la saga à succès Star Wars, sort en salles mercredi. Depuis dix ans, Hollywood a fait du procédé sa poule aux oeufs d’or. À se demander s’il n’est pas plus qu’un simple recyclage.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures… ou plutôt, les confitures qui se vendent le mieux. Avec le spin-off, oeuvre créée autour d’un personnage secondaire présent dans une autre oeuvre, Hollywood a compris la recette. Depuis dix ans, ces films dérivés se multiplient dans le paysage cinématographique : Wolverine (tiré de X‑Men), Le Chat Potté (tiré de Shrek), et plus récemment, Les Animaux Fantastiques (tiré de Harry Potter) et Rogue One (tiré de la saga Star Wars).

Prenez une saga à succès, extrayez-en quelques ingrédients, ajoutez une pincée de nostalgie et hop : vous obtenez un (nouveau) blockbuster. Au risque de dénaturer le goût original ? Rafik Djoumi, journaliste à Arte et rédacteur en chef du magazine télé BITs, n’y croit pas une seconde : « On ne peut pas parler de manque d’originalité ! Le cinéma, depuis ses origines, est un art… et une industrie. Quand il a une bonne idée, il l’exploite jusqu’à plus soif. Ce que l’on prend pour de la paresse reste le b.a.-ba de la production. »

Le spin-off ne serait donc pas un énième tour de passe-passe des majors en panne d’inspiration. Son origine serait même ancestrale : « Si l’on remonte aux premiers pas du spin-off, il faut se demander la plus-value artistique de L’Odyssée d’Homère par rapport à L’Iliade ! » poursuit Rafik Djoumi. « Shakespeare, aussi, a construit sa carrière sur des récits reconnus auxquels il a ajouté des spin-offs : Richard III, Richard II… C’est un des premiers à avoir compris que le public s’était accoutumé à son univers, et qu’il pouvait lui proposer quelque chose de décalé. » Aujourd’hui, Richard II ou Richard III s’appellent Thor ou Loki. Ce sont les producteurs de Marvel qui s’inspirent de Shakespeare. Et le public est encore au rendez-vous.

Inspirant spin-off

Si ce n’est l’évident apport pécuniaire, les franchises ont toutes les raisons de chercher à produire des spin-offs. Souvent, ils naissent d’une entente tacite entre créateurs et spectateurs, comme le raconte le magazine BiTs dans une vidéo consacrée au sujet. En 1963, La Panthère Rose met en scène la traque du “Fantôme”, un larron interprété par David Niven, personnage principal du film. Celui qui le pourchasse se nomme Peter Sellers. L’Anglais vampirise le film par son humour décapant : la star, c’est lui, et la production pressent l’appétit du public pour ses aventures. La suite de La Panthère Rose, Quand l’inspecteur s’emmêle (1964), n’en est pas vraiment une, et l’Inspecteur Clouseau devient le personnage principal. Le recadrage est une réussite pour les producteurs, qui ont su s’adapter et faire oublier l’oeuvre d’origine.

Plus que de remettre un film sur de bons rails, le spin-off peut ouvrir la porte à un tout nouvel univers. Il permet même de s’élever artistiquement. Le procédé réduit parfois une saga à un personnage ou une histoire, en observant un univers par le petit bout de la lorgnette. Paradoxalement, il permet aussi d’élargir la vision du spectateur en lui livrant une toute nouvelle représentation de sa saga préférée. Baptiste, créateur de la chaîne Youtube Chroniques du Désert Rouge, abonde : « Ce n’est pas parce que l’on connaît déjà le monde dans lequel évoluent les personnages que le spin-off n’est pas original : il permet justement de se focaliser sur d’autres angles auxquels on n’aurait pas pensé. A partir du moment où l’on accepte qu’un monde pré-existant puisse être étendu, tout est possible. »

Et lorsque les réalisateurs se répondent entre eux, le processus créatif est à son comble. « Un des meilleurs spin-offs que j’ai vu était un court-métrage qui suivait les aventures de l’esquimau que rencontre Sandra Bullock dans Gravity (Aningaaq, de Jonas Cuaron, ndlr) », poursuit Baptiste. Lorsqu’on vit une histoire à travers le regard de plusieurs réalisateurs, c’est génial !. » Tous les spin-offs participent de l’extension d’un monde imaginaire… à condition d’être inventif : la formule n’est pas une recette miracle, et la redondance peut vite tanner le spectateur. Pour Adrien Gombeau, journaliste à France Culture, ce seront toujours les idées du réalisateur qui feront la différence : « Le spin-off, c’est comme les effets spéciaux : si on utilise toujours les mêmes explosions de voiture, c’est lassant ; mais si c’est Christopher Nolan qui y met sa patte, c’est merveilleux. »