« Rogue One » : pourquoi les spin‐offs marchent‐ils aussi bien ?

Ils se multiplient et le public répond présent. Les spin-off cartonnent au cinéma. La raison est autant générationnelle que commerciale.

C’est un phénomène récent qui prend une ampleur insoupçonnée. Les spin-offs squattent le box‐office français depuis 2010. Les plus gros succès s’appellent Les Minions (6.588.715 entrées), Le Chat Potté (3.794.833) ou Deadpool (3.735.249). « Ça fait dix ans qu’on en bouffe et le public ne se lasse pas », résume Rafik Djoumi, journaliste à Arte et rédacteur en chef de l’hebdo BITs. Mieux, les spectateurs en redemandent.

Les raisons sont nombreuses à une telle adhésion. Le spin‐off s’appuie sur une oeuvre de fiction déjà existante qui se focalise sur un personnage souvent secondaire en l’incorporant à une nouvelle histoire. Pour Baptiste, youtuber et créateur de la chaîne Chroniques du Désert Rouge, « il y a quelque d’hypnotique et d’agréable à voir un monde imaginaire s’étendre et se renouveler ». Le spin‐off joue ainsi sur plusieurs registres : l’émotion, la mélancolie et la surprise.

Mais ce genre cinématographique s’explique également par une conjonction entre plusieurs éléments. Depuis la fin des années 90, la culture geek explose. Ses adeptes « adorent mettre un univers à l’épreuve » comme dans un spin‐off et vont « vérifier le moindre élément d’une intrigue », explique Rafik Djoumi. Un appétit vorace, capté par les producteurs hollywoodiens, qui flairent le bon filon. Ceux‐ci réalisent que « leur pouvoir n’est plus dans l’objet mais dans la licence. L’enjeu n’est plus d’avoir des copies, mais d’avoir les droits sur quelque chose et d’en faire ce qu’ils veulent », poursuit Djoumi.

Le paradoxe du spin‐off

Un opportunisme qui plaît néanmoins au public, qui aime revenir dans une galaxie connue par une autre porte. Comme Chloé, 21 ans, une adepte d’Harry Potter qui s’est ruée au cinéma pour voir le spin‐off Les Animaux Fantastiques. « En tant que fan, ça me plaît d’aborder d’autres histoires dans l’histoire », explique‐t‐elle. Celle qui « attend toujours sa lettre de Poudlard », l’école des sorciers d’Harry Potter, estime que ce long‐métrage, vu par plus de 2 millions de spectateurs en seulement deux semaines, « relance la franchise, sans le côté infantilisant que certains peuvent reprocher à la saga ».

Rogue One, issu de la saga Star Wars, est le spin‐off le plus attendu de l’année. Maxime, graphiste de 22 ans, est impatient de le découvrir. Lui qui a connu cet univers unique avec la seconde trilogie des années 2000, regrette juste que la sortie d’un Star Wars ne soit « plus un événement ». « On a l’impression d’attendre la nouvelle saison de Game Of Thrones. Ça perd un peu de son charme ».

Si le risque de lassitude pourrait toutefois pointer le bout de son nez, la recette fonctionne toujours. « Il y a un tel matraquage publicitaire aujourd’hui que même des films dépréciés par le public finissent par rentrer dans leurs frais », regrette Adrien Gombeaud, journaliste à France Culture. Un paradoxe pour un genre capable du pire comme du meilleur.