Benoit Hamon, ou l’appel à la « vraie gauche »

En meeting à Paris mercredi soir, le candidat à la primaire a mis en avant son ancrage à gauche et attaqué un quinquennat qui a "échoué".

“J’espère que le coeur de la gauche va battre très fort ce soir.” Dès le début de son discours, Benoit Hamon annonce sa stratégie. Au milieu d’un petit gymnase du 11ème arrondissement de Paris mercredi 14 décembre, il s’affirme comme le représentant de la vraie gauche. Celle qui ne croit pas à la croissance du PIB à tout prix, celle qui rejette le consumérisme, celle qui accueille.

“Je veux assumer le rôle de la France, terre d’asile. (…) Le mot hospitalité a un sens dans ce pays”. Première opposition à la “fausse” gauche, donc. Celle de Manuel Valls. “J’avais honte, oui, honte, quand un premier ministre issu de la gauche est allé tancer la chancelière Merkel de ne pas en faire autant en matière de réfugiés”. Hamon joue de la différence, affirme vouloir donner des “moyens plus importants à l’apprentissage du français pour les migrants”, ou encore leur “donner la possibilité de travailler dès trois mois de présence en France”.

Sa cible première, c’est son propre camp. “Dans ce quinquennat, la social-démocratie a échoué sur deux points : le social, et la démocratie”. Il sourit, fier de son bon mot. “Elu président de la République, la première mesure que je déciderai sera l’abrogation de la loi Travail”. Sifflements, et immense ovation dans la salle. Le pacte de responsabilité, le CICE, sont pour lui “40 milliards sacrifiés”, car “la croissance ne revient pas”.

Il préconise un nouveau modèle de développement. Ne plus regarder le PIB, mais le taux d’inégalité, le taux d’éducation, le taux de pauvreté. “Quelle sottise d’avoir cru qu’à travers la croissance du PIB on allait construire le bonheur des individus, comme si le fait d’acheter, de consommer, de renouveler leur garde-robe allait leur apporter du bonheur.”

“Hamon, c’est le PS qui me correspond”

Selon lui, le numérique, la robotisation, vont entraîner la “raréfaction du travail”. Il faut donc “réorganiser la protection sociale”, “réduire le temps de travail”, pour que “chacun choisisse le temps libre qui correspond à son épanouissement personnel”.  Le député parle plus de 2 heures, déroule son programme et ses objectifs ancrés à gauche. Pêle-mêle, un revenu universel d’existence, une revalorisation de tous les minimaux sociaux de 10%, la mise en place d’une “police des discriminations” et du récépissé pour les contrôles de police, la jolie promesse de “sortir du consumérisme”, “doubler la part de l’économie sociale et solidaire”, et… le droit de vote des étrangers aux élections locales. La salle hurle. “Benoît, Benoît !”.

Car Benoît séduit. Clément n’est plus membre du PS depuis deux ans. La raison de cette désertification ? “Je veux faire des choses qui ont plus de sens que militer dans une coquille vide”. La messe (laïque) est dite. Sauf qu’il revient voter à la primaire, pour Benoit Hamon. Parce que le candidat “a compris que la politique n’est pas une somme de propositions techno, qu’elle n’est pas un catalogue La Redoute”. Et parce que “la gauche libérale et autoritaire”, ce n’est “pas sa came”. Pour Basile, l’homme qui est ce soir derrière le pupitre est celui qui “représente le plus les valeurs socialistes”. Alexandre, lui, admet être “complètement perdu après ce quinquennat raté”. Ce “déçu de 2012 et de Hollande” décèle en Hamon une “vision sur les décennies à venir”. Guilhem a également arrêté de militer il y a deux ans. Il ne “soutient plus l’action gouvernementale, qui n’a plus grand chose à voir avec la gauche”. Et refuse de se résigner à avoir Valls comme candidat. “Hamon, c’est le PS qui me correspond”. Comme un air de slogan consumériste.