DATA. Revenu universel, cannabis, loi travail : les différences des candidats à la Primaire de gauche

Alors que les huit prétendants à la primaire organisée par le PS ont déposé leur candidature, des divergences apparaissent déjà clairement dans leurs propositions respectives. Maintien des 35 heures, laïcité, revenu universel, légalisation du cannabis : tour d’horizon des principales prises de positions des candidats de la Belle Alliance populaire.

Sur le revenu universel

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Un revenu universel distribué à tous les citoyens majeurs, chômeurs ou salariés : c’est l’une des idées phare défendue par les candidats de la primaire de gauche. Portée principalement par Benoît Hamon, elle offrirait “à toute personne majeure (…) la liberté et le pouvoir de travailler moins sans réduire ses revenus”, estime l’ancien ministre de l’Education. Selon lui, son montant à terme devra atteindre 750 euros par mois et par citoyen âgé de plus de 18 ans.

A quelques nuances près, l’ex Premier ministre, Manuel Valls, s’est lui aussi déclaré favorable à l’instauration d’un « minimum décent », entre « 800 et 850 euros » mensuels. « Je crois que l’idée d’un minimum décent est plus claire que la simplicité d’un revenu universel qui pourrait donner le sentiment que tout le monde va avoir un revenu, de Mme Bettencourt à celui qui est au chômage, sans travailler », a‑t-il annoncé, en précisant que ce montant résulterait de l’addition d’une dizaine de minina sociaux déjà existants.

Si le candidat du Front démocrate, Jean-Luc Bennahmias, a également pris position pour la mise en place d’un revenu universel, Arnaud Montebourg, qui avait été l’un des premiers à évoquer l’idée dès 2012, n’en a évoqué ni le montant ni les modalités.

Les autres participants à la primaires, eux, n’y font pas (encore) fait mention.

Sur le cannabis

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Dépénaliser le cannabis, c’est une idée qui revient souvent sur la table et qui divise, à gauche aussi. Benoît Hamon est l’un des principaux candidats favorable à la légalisation du cannabis, affirmant qu’il faut mettre un terme à ce “numéro d’hypocrite”. “Je préfère, sur la consommation et l’encadrement de la distribution, qu’on entre dans le débat de la légalisation”, déclare l’ancien ministre, qui souhaite la mise en place d’une distribution contrôlée par l’Etat, pour mettre un frein à “l’économie souterraine et les violences ».

Au Parti radical de gauche, représenté par sa présidente Sylvia Pinel, la légalisation est aussi un enjeu crucial. Dans leur programme, les membres du parti estiment que la législation française, “hyper répressive (…) est à l’évidence un échec”. Par la légalisation, ils entendent couper les réseaux criminels qui distribuent la drogue et ouvrir la voie à l’usage thérapeutique du cannabis.

La dépénalisation ne suscite pourtant pas l’unamité au sein des candidats. Plusieurs d’entre eux y sont fermement opposés, à l’instar d’Arnaud Montebourg ou de Manuel Valls. En avril dernier, l’ex Premier ministre affirmait encore que “toute société doit savoir fixer des interdits”. “Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un”, ajoutait-il.

Enfin, Vincent Peillon, dont une prise de position pro-légalisation en 2012 avait suscité un tollé au sein du gouvernement, n’est pas revenu sur ce thème depuis l’annonce de sa participation. François de Rugy et Gérard Filoche n’ont pas encore fait clairement part de leurs intentions à ce sujet.

Sur les 35 heures

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Manuel Valls est le candidat qui déclare le plus fermement son intention de revenir sur l’héritage aubryste. L’ancien Premier ministre désormais candidat se défend de revenir sur le principe de la durée légale du travail. Il se montre en revanche plus conciliant sur la négociation des heures supplémentaires au sein des branches professionnelles. “Je crois plus que jamais que c’est dans l’entreprise que la négociation doit avoir lieu, concluait-il la semaine dernière à l’antenne de RMC. Je veux faire davantage confiance aux partenaires sociaux, aux syndicats.”

Ses anciens ministres Benoît Hamon et Vincent Peillon refusent quant à eux une altération du principe des 35 heures. Dans la bouche des deux candidats, ce thème devient emblématique pour critiquer implicitement les prises de positions de Manuel Valls.  Dès le lendemain de sa déclaration de candidature, Vincent Peillon attaquait :  “J’ai mon identité politique, mon projet. Je n’ai jamais changé de ligne. J’ai toujours défendu les 35 heures.”

Benoit Hamon est pourtant celui qui porte le plus fort la défense des 35 heures, qu’il intègre dans un propos plus général sur la réduction du temps de travail, au point que lui a été prêtée la volonté de réduire encore le temps de travail à 32 heures. Il s’en est défendu, tout en affirmant que la diminution des heures travaillées passerait par une généralisation du temps partiel.

Le passage aux 32 heures est pourtant une des mesures clef du programme de Gérard Filoche, qui y voit un moyen de lutter contre le chômage et le temps partiel contraint.

Sur le burkini

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Les polémiques autour du burkini avaient alimenté les débats cet été, notamment dans la classe politique. Manuel Valls soutenait alors qu’il fallait interdire le port du vêtement sur les plages « au nom de la laïcité ». Des propos qu’il réitère au mois d’octobre, lors d’une intervention à Evry (Essonne) : « Marianne elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! ».

Alors que Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ont préféré parler d’une affaire « subalterne » et « sans importance », Vincent Peillon s’est posé lundi en défenseur « d’une idée humaniste de la laïcité républicaine qui est celle de 1905 », affirmant ne pas comprendre « qu’on ait pu soutenir des arrêtés contre le burkini

Plus mesuré, le Parti radical de gauche de Sylvia Pinel, lui, a estimé « qu’un tel arrêté (pouvait) exacerber les tensions à l’heure où il faut, au contraire, se rassembler. », sans pour autant condamner formellement les mesures prises par les maires. Dans la même vague d’idée, Benoît Hamon s’est indigné de la situation : « Jusqu’où va-t-on aller dans la stigmatisation des musulmans Français dès lors qu’ils montrent qu’ils appartiennent à une religion ? ».

Sur les heures supplémentaires

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« La défiscalisation des heures supplémentaires n’a rien changé et a détruit l’emploi », constatait Manuel Valls en septembre 2011. Arnaud Montebourg n’était pas plus tendre face à la mesure en février 2012, la qualifiant d’« idiotie » qui supprime « des milliers d’emplois ». Mais il semblerait qu’aujourd’hui les deux candidats aient changé d’avis : l’ex-Premier ministre a reconnu à plusieurs reprises ces deniers temps que la suppression de la défiscalisation, mesure instaurée sous le quinquennat Sarkozy abrogée en 2012, avait pesé sur le pouvoir d’achat des Français. Tous deux estiment qu’il faut la rétablir au moins partiellement.

Benoît Hamon, lui, campe sur la positon selon laquelle la défiscalisation des heures supplémentaires supprimerait des emplois en France. Il s’appuie sur les propos tenus par le président Hollande selon lesquels « l’impact de la défiscalisation des heures supplémentaires (…) avait coûté 100 000 emplois à la France. »

Sur la loi travail

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En mai 2016, l’ancien Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, l’affirmait : « la réforme doit aboutir ». La loi Travail est pourtant loin d’avoir fait consensus à gauche, notamment dans le clan socialiste.

L’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg souhaite aujourd’hui abroger la loi s’il venait à devenir président de la République. « C’est une loi qui semble-t-il fait l’unanimité contre elle du côté des partenaires sociaux, affirmait-il en octobre dernier devant les représentants syndicaux. Donc moi, ma position est une position d’abrogation. » Même positionnement du côté de Benoît Hamon (« Président, j’abrogerai la loi Travail (…). Avec la Loi Travail, on travaillera plus en gagnant moins.») et de Gérard Filoche pour qui la loi El Khomri « a brisé les principes fondamentaux de 100 ans de droit du travail ».

A l’inverse, le Parti radical de Sylvia Pinel et le Parti écologiste de François de Rugy, eux, ne se sont jamais formellement opposés à l’adoption du texte. Le Parti radical de gauche — tout en soutenant la mesure — a simplement demandé à ce que le texte « évolue sur un certain nombre de points ».

Mise à jour : Fabien Verdier, secrétaire national du Parti socialiste chargé de la production et de la répartition des richesses, a finalement obtenu suffisamment de parrainages pour se présenter à la primaire de la gauche.