Primaire à gauche : sept au départ, un seul à l’arrivée

Ils ont récolté les parrainages, déposé leurs candidatures, les sept ambitieux de la primaire doivent encore séduire le peuple de gauche les  22 et 29 janvier 2017.

Ils sont désormais sept candidats confirmés. Les 22 et 29 janvier, ils comptent tous sur les voix de la gauche et l’un d’eux sera investi candidat pour la présidentielle.

 

Les favoris

Manuel Valls, 54 ans : “J’ai la responsabilité de rassembler pour faire gagner la gauche”

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Et Manuel Valls fut enfin candidat. Le 5 décembre, depuis son fief d’Évry, le Premier ministre a déclaré qu’il participerait à la primaire de la Belle Alliance Populaire. En mai dernier, il était celui qui clamait qu’il existait deux gauches irréconciliables. Lors de sa déclaration de candidature, le ton était différent. “Il y a une exigence de rassemblement, et au fond de nous je sais qu’il y a une envie de se retrouver.” Comprendre avec ce plaidoyer : que la gauche se rassemble autour de moi ! Un sondage Odoxa publié le 30 novembre a encouragé ses ambitions : 74% des Français estiment qu’il ferait un meilleur candidat que François Hollande (65% chez les sympathisants de gauche).

Atout : il a le côté raisonnable de l’homme d’expérience, celui qui peut faire valoir son CV : ministre de l’Intérieur de 2012 à 2014,  puis Premier ministre.

Handicap : son expérience. Prêt à reprendre à son compte le quinquennat, Manuel Valls en portera aussi le bilan. Les Français, et en premier lieu les électeurs de gauche, ont vu filer l’occasion de demander des comptes à François Hollande. Gageons qu’ils se tourneront vers son second. Pour ne rien arranger, Manuel Valls souffre d’un déficit de popularité dans son propre camp. Nul n’a oublié qu’à la primaire de 2011, il avait plafonné à 5%. Et tous se souviennent du 49–3.

Mesures phares : ce n’est pas encore tout à fait un programme, mais l’ancien locataire de Matignon a ébauché les grands axes de sa future politique : lutte contre “le communautarisme”, “les discriminations qui (…) fracturent”, “baisse durable de l’impôt” et une refonte du projet européen.

Tactique : pour se hisser de Matignon à l’Élysée, Manuel Valls compte sur les voix hors gauche. Depuis Évry, le désormais ex- Premier ministre a élargi l’invitation à la primaire à tous les “progressistes” et “à tous les Français qui refusent l’extrême droite et le programme de François Fillon”. À la manière d’un Alain Juppé, en quelque sorte. Ou d’un Emmanuel Macron.

Rival : Manuel Valls aura à redouter le rassemblement de ses adversaires autour d’un Arnaud Montebourg bien décidé à le faire chuter. Dans une moindre mesure, Vincent Peillon peut escamoter quelques voix précieuses pour faire la différence.

Taux de compatibilité au hollandisme : 87%

Pour les fidèles d’Hollande, Manuel Valls a évincé le président de la compétition. Toutefois, sans le désistement de François Hollande il y a fort à parier qu’il ne se serait pas déclaré. C’est à lui que sera imputé le bilan du quinquennat.

Arnaud Montebourg, 54 ans : “Je suis revenu (…) pour réussir”

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La primaire est un exercice qui lui réussit : en 2011, Arnaud Montebourg crée la surprise avec un score de 17%. Deux ans après sa démission-éviction du gouvernement, l’ancien ministre du Redressement productif puis de l’Économie se porte candidat à la présidentielle le 21 août, lors de la Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse. Le 2 octobre, Arnaud Montebourg rentre dans le rang et inscrit sa candidature dans le cadre de la primaire.

Atout : Le candidat du Made in France est crédité de 25% des intentions de vote. Connu pour sa truculence et son goût du bon mot, Arnaud Montebourg est une figure médiatique.

Handicap : Il besogne pour faire oublier qu’il a été deux ans ministre de François Hollande. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’attend de pied ferme avec quelques questions « Pourquoi lui, le “démondialisateur”, le keynésien, a‑t-il avalé tout cru le traité européen et le pacte de responsabilité ? Pourquoi a‑t-il choisi Manuel Valls ? Voilà l’ambiguïté. »

Mesures phares : L’instauration de la VIème République, l’annulation des hausses d’impôts décidées depuis cinq ans, la mise en place d’un service national obligatoire,  la réservation de 80 % des marchés publics aux PME. L’ancien ministre qualifie son projet de “socialiste mais pas seulement”. Son programme est disponible ici.

Tactique : s’il parvient à décrocher une des deux premières places au premier tour, Arnaud Montebourg n’a plus qu’à compter sur une mobilisation record des électeurs de Benoît Hamon et des autres potentiels perdants. Il peut espérer le ralliement des radicaux, des communistes, des écologistes mais aussi… d’une partie de la droite, à qui il a lancé un appel le 24 novembre sur RTL.

Rival : Manuel Valls. Selon un sondage Ifop publié le 5 décembre, l’ancien Premier ministre l’emporterait face à Arnaud Montebourg avec un score de 45%.

Taux de compatibilité au hollandisme : 15%

Il souhaiterait l’oublier, et surtout le faire oublier, mais Arnaud Montebourg a été ministre de François Hollande pendant 2 ans, avant sa démission-éviction du gouvernement.

Benoit Hamon, 49 ans : “J’ai la capacité de rassembler au-delà du PS”

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L’ancien protégé de Martine Aubry est candidat à la primaire depuis le 16 août dernier. Retraité en même temps qu’Arnaud Montebourg des ors ministériels, le député de Trappes se dit lassé des “hommes providentiels” et des “motivations narcissiques”. Il souhaite une gauche unifiée et récuse le diagnostic de Manuel Valls : “Il n’y a pas deux gauches irréconciliables, en tout cas pas sur le fond. S’il y a détestation, c’est celle des hommes”.

Atout : sa constance. Benoît Hamon rappelle, clame et martèle qu’il a quitté le gouvernement en 2014. L’échec du quinquennat ne serait donc pas le sien et il considère que ses idées “n’ont même pas été tentées”.

Handicap : comme Arnaud Montebourg, Benoît Hamon est comptable de deux années passées aux côtés de François Hollande. “Je me suis trompé, nous nous sommes trompés, des millions d’électeurs se sont trompés.” Si l’ancien ministre conjugue le regret comme personne, il n’est pas certain que cela suffise à convaincre.

Mesures phares : l’instauration de la VIe République, l’abrogation de la loi travail, le soutien scolaire gratuit pour tous à l’école, un revenu universel. Son programme complet est disponible ici.

Tactique : Il refuse de s’incliner devant les sondages, qui le donnent bon troisième avec 14% des suffrages. Il brûle sans doute de déjouer les pronostics à la manière d’un François Fillon. Dans Libération, il décline poliment la proposition de Marie-Noëlle Lienemann d’une candidature commune dès le premier tour. Benoit Hamon estime qu’avant l’alliance, il y a le temps “du choix”.

Rival : Arnaud Montebourg. Ils ont bu la cuvée du Redressement productif avant de quitter concomitamment le gouvernement. Malgré quelques points d’achoppement (notamment sur le souverainisme et le productivisme), les deux candidats s’adressent à la même frange d’électeurs. Mais Hamon, s’il n’était pas qualifié pour le second tour, pourrait toutefois choisir Montebourg.

Taux de compatibilité au hollandisme : 15%

Benoît Hamon campe sur une ligne beaucoup plus sociale que libérale, ce qui lui a valu d’être écarté manu(el) militari du gouvernement Valls en août 2014.

Vincent Peillon, 56 ans : “Je veux être le candidat du rassemblement (…) de l’éthique politique”

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L’un après l’autre, les anciens ministres de François Hollande se sentent investis d’une mission : porter la voix de “la vraie gauche” au sein de la primaire. Le dernier en date c’est Vincent Peillon. Ministre de l’éducation deux ans durant sous François Hollande, il dit avoir pris la décision dans “la solitude de sa conscience”.

Atout : Vincent Peillon peut s’appuyer sur de nombreux soutiens au sein du parti socialiste. Au moment où le pays se crispe sur la loi Travail et où la gauche s’entredéchire sur la déchéance de nationalité, Vincent Peillon est ailleurs, loin des bisbilles socialistes. Son CV est vierge de ce qui a pourri les deux dernières années du quinquennat.

Handicap : À ce stade, un de plus dans la compétition, c’est toujours un de trop. Il est délicat d’apprécier le véritable apport de Vincent Peillon en terme de subtilité politique. Sur les réseaux sociaux les railleries vont bon train. De nombreux tweets lui prédisent un score à la Jean-François Copé.

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Mesures phares : Il ne dispose pas de programme clairement établi mais les fondamentaux du PS en feront sûrement partie. Défense de l’Europe contre Montebourg, rejet d’une réforme des 35 heures et suppression du 49.3 face à Valls : “Ce n’est pas dans la culture politique de la gauche” a t‑il affirmé sur France inter.

Tactique : Vincent Peillon veut déplacer le centre de gravité du PS vers la gauche. Il pense pouvoir se nicher entre Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Sa stratégie consistera sans doute à défendre le bilan… des deux premières années du quinquennat. Il garde le livre mais arrache les derniers chapitres. Une alternative à ceux qui refusent de voter Manuel Valls, accusé d’avoir scindé la gauche en deux.

Rival : La principale motivation de Vincent Peillon est de contrer Manuel Valls. Son positionnement plus centriste le situe entre Arnaud Montebourg et l’ancien premier ministre.

Taux de compatibilité au hollandisme : 91%

Sur France 2, Vincent Peillon a justifié sa candidature par la défection du “candidat naturel” François Hollande. Un petit pied de nez à Manuel Valls accusé de ne pas avoir laissé le choix au président. Vincent Peillon se pose en unique héritier légitime du président mais rejette déjà les deux dernières années du quinquennat.

Les outsiders

François de Rugy, 43 ans : “C’est moi qui porterai les couleurs de l’écologie dans la primaire”

Issu d’un parti indépendant, il n’a pas besoin de parrainage.

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Issu d’Europe-Écologie les Verts, qu’il a quitté en dénonçant la  “dérive gauchiste”, François de Rugy est à la tête du parti qu’il a fondé, « Écologistes ! », dont il porte les couleurs à la primaire. Il se définit comme “écologiste et réformateur”. Dans sa déclaration de candidature, François de Rugy insiste sur la nécessité de faire le  “bilan sans concession” du quinquennat écoulé.

Atout : il est la voix principale de l’écologie à la primaire. Vice-président de l’Assemblée nationale depuis la disgrâce de Denis Baupin, François de Rugy a été invité à quatre émissions radio ou télévisée durant le mois de novembre. Contre 0 pour l’autre tenant de l’écologie, Jean-Luc Bennahmias.

Handicap : loin d’être le parent pauvre de la primaire de la gauche, l’écologie est un thème développé par l’ensemble des candidats. Par ailleurs, le candidat d’Europe-Écologie les Verts, Yannick Jadot risque bien de lui souffler le gros de son électorat.

Mesures phares : pour le moment, François de Rugy a concentré son programme sur l’écologie : une production électrique 100% renouvelable d’ici 2050 et une transformation du secteur des transports. Fait notable dans cette primaire, le député de Loire-Atlantique a vanté les hausses d’impôts dans sa déclaration de candidature.

Rival principal : Jean-Luc Bennahmias, qui le concurrence dans le domaine de l’écologie.

Taux de compatibilité au hollandisme : 60%

Au sujet du quinquennat de François Hollande, François de Rugy explique qu’il ne tombera “ni dans le dénigrement systématique, ni dans le béni oui-oui”.

Jean-Luc Bennahmias, 62 ans : “Il faut faire du neuf”

Issu d’un parti indépendant, il n’a pas besoin de parrainage.

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L’actuel leader du Front démocrate aime à papillonner. Journaliste de 1975 à 2002, Jean-Luc Bennahmias entame sa carrière politique au Parti Socialiste et à la Ligue Communiste. Puis il va se poser chez les Verts avant d’aller butiner du côté du Modem. En 2014, il déploie ses ailes et crée son propre parti : le Front démocrate. Écologiste pro-gouvernement, il n’insulte pas l’avenir et salue — il est le seul — la candidature de Manuel Valls.

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Atout : ancien député de Marseille, député européen et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte‑d’Azur, Jean-Luc Bennahmias est si peu connu qu’il peut espérer insuffler un vent de renouveau.

Handicap : 

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Mesures phares : l’instauration d’une VIème République, la dépénalisation du cannabis, la construction “d’éco-quartiers populaires” et la défense de l’Europe. Son programme est disponible ici.

Tactique : Jean-Luc Bennahmias n’a pas la prétention de gagner “Je veux participer mais je ne suis pas sûr que je puisse l’emporter.” Son but est de contraindre les autres candidats à répondre à la question : “Quelle France dans dix ans ?”

Rival : François de Rugy pour le pré-carré de l’écologie.

Taux de compatibilité au hollandisme : 75%

Jean-Luc Bennahmias a réitéré son soutien à François Hollande en dépit de “certaines erreurs, comme la déchéance de nationalité”.

Sylvia Pinel, 39 ans :

Issue d’un parti indépendant, elle n’a pas besoin de parrainage.

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Catégorique quant à son refus de participer à la primaire de la gauche si François Hollande y concourrait, le Parti Radical de Gauche a revu sa feuille de route. Investie le 30 novembre par les militants de son parti pour une candidature autonome, la présidente du PRG participera finalement à la primaire des 22 et 29 janvier. Ultime candidate à la veille du dépôt de candidatures et unique touche féminine de la compétition.

Atout : Sylvia Pinel porte la candidature de son propre parti. Le vote des militants radicaux devraient naturellement lui revenir. Sa candidature est surtout un atout pour l’image de la primaire exempte de femmes jusqu’alors.

Handicap : Malgré sa participation aux gouvernements Ayrault et Valls, l’ancienne ministre est peu connue des français. La décision du comité directeur du parti contredit la volonté d’autonomie des militants. Le 1er décembre, Sylvia Pinel justifiait son statut de cavalier seul sur France Info“C’est le choix des militants du parti, que je respecte.” Handicap suprême, Sylvia Pinel a été ministre de François Hollande jusqu’en février 2016 sous les gouvernements Ayrault et Valls.

Mesures phares : l’instauration d’une VIe République, la mise en place d’une Europe fédérale et une refonte des traités. Sur les sujets de société, la légalisation du cannabis, la procréation médicalement assistée (PMA) et l’euthanasie.

Tactique : Sylvia Pinel veut faire peser la subtilité des radicaux sur la primaire. Il s’agit pour elle de faire un score suffisant pour montrer que le PRG existe encore et dispose même d’une base solide.

Rival : Comme chaque outsider, Sylvia Pinel aura à redouter les “gros candidats”. Sur le strict plan du programme, Benoît Hamon peut lui dérober une partie de son électorat. Hors primaire et selon un sondage Ifop du 7 décembre, Sylvia Pinel était créditée de 0% d’intentions de vote.

Taux de compatibilité au hollandisme : 77%

Ministre de François Hollande, Sylvia Pinel a été une alliée majeure du quinquennat en dépit de sa non-appartenance au PS. Aucune critique n’est sortie de sa bouche après la capitulation du président, qui “laisse le pays dans une situation assainie et offre à la gauche de nouvelles perspectives pour rassembler les Français”. À la loupe, son programme est plus proche des idées défendues par Benoit Hamon.

Taux de compatibilité au hollandisme : le bilan

Difficile de prédire si le prochain candidat du PS sera “Hollando-compatible” : le légendaire art de la synthèse du président peut s’avérer précieux pour recomposer un PS déchiré… Mais la figure du chef de l’État fait désormais figure de repoussoir pour une bonne partie de la gauche, notamment les ténors socialistes.

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